Un club de cancres joyeux
Enregistrement : Audiocite.net
Publication : 2026-05-05
Lu par Daniel Luttringer
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UN CLUB DE CANCRES JOYEUX
Quatre-vingts ans. Apparence : soixante.
Pas d’hôpital. Très peu de chimie. L’hiver : thym, respiré, bu.
Trois fois par semaine : cinq kilomètres de marche forcée.
Quatre-vingt-unième année.
Pancréas. Cancer. Inopérable.
Stupéfaction. Les neurones bouillonnent.
La mort ? Quand. Comment ?
Une idée nette : finir. Proprement.
Non : attendre. Avec le plus de sérénité.
Ictère. Jaunisse.
La bile s’arrête.
Plus faim.
Eviter les protéines pour ne pas surcharger l’activité du foie.
Bouche amère.
Nuits d’urticaire.
Jours somnolents.
Un mois : dix kilos en moins.
Opération.
Souhait secret : ne pas revenir. Assez. Éviter la lente casse.
Non:pas en parler au chirurgien.
Il ouvre. Il crée la dérivation. Ça recircule.
Jour après jour, le corps remonte.
Les dix kilos reviennent.
Le sommeil et la faim aussi. Peau tranquille.
La vie revient.
Mais la table déborde de médicaments.
Et ce bâton. Pour passer escaliers, trottoirs.
Je marche quand même. Trois jambes au soleil, ma sœur à côté.
Reste ce qu’il y a dans la tête du pancréas.
Que laisser ? Des écrits, des images. Comme d’autres avant moi.
À cinquante ans : j’ai remercié la Nature. Le reste — cadeau. Trente ans de plus.
L’oncologue. Une femme. « On tente d’abord la chimio. Pas d’inquiétude. Pas de douleur. Ton apparence reste identique. »
Soulagement.
Première séance.
La salle. Presque un café. Des rires.
Un liquide entre dans mes veines.
À côté : un homme. Allongé. Jambes croisées. Comme à la plage.
Il me voit.
« C’est ma première fois », dis-je.
Il sourit.
« Ici, c’est un club. On vient. On repart.
Moi : six ans de cancer du foie. Et je vis. Les autres, aussi.
Un conseil : ignore l’intrus. Vis sans lui. L’eau contourne les obstacles.
Un jour. Dix ans.
Mais chaque jour — prends-le. Prends tout et au mieux. »
Il se lève. Part. Léger.
Une voix : « Tu as peur. »
Moi : « Plus vraiment. J’espère retourner à mes cinq kilomètres trois fois par semaine. Sinon, je me contenterai de la distance parcourue. »
Amis —
Pas de tristesse.
Fêtez.
Oran.
04 Mai 2026.
Cet enregistrement est mis à disposition sous un contrat Creative Commons BY (attribution) NC (Pas d'utilisation commerciale) SA (Partage dans les mêmes conditions).
Commentaires :
Message de véro
merci cher Daniel, merci Kadour pour ce magnifique texte que j'ai bien aimé. c'est un très beau poème avec beaucoup d'espoir de vivre. bonne continuation dans l'écriture, c'est agréable de vous lire.
merci cher Daniel, merci Kadour pour ce magnifique texte que j'ai bien aimé. c'est un très beau poème avec beaucoup d'espoir de vivre. bonne continuation dans l'écriture, c'est agréable de vous lire.
Message de Kadour
Chère Claude,
oui, parfaitement, un "texte chemin pour garder l'essentiel". Merci de le préciser !
Chère Claude,
oui, parfaitement, un "texte chemin pour garder l'essentiel". Merci de le préciser !
Message de Daniel Luttringer
Merci Kadour, c'est ton texte qui dicte ma lecture !
Merci Kadour, c'est ton texte qui dicte ma lecture !
Message de Kadour
Très cher Daniel,
encore une fois merci pour ta lecture toujours sensible, précise, touchante !
Kadour
Très cher Daniel,
encore une fois merci pour ta lecture toujours sensible, précise, touchante !
Kadour
Message de Claude Fée
Cher Kadour,
Votre poème évoque si bien les nécesaires évasions pour que le parcours d'une journée diffère d'un journée de maladie..Avec précision, vous tracez un texte-chemin pour garder l'essentiel. Merci!
Cher Kadour,
Votre poème évoque si bien les nécesaires évasions pour que le parcours d'une journée diffère d'un journée de maladie..Avec précision, vous tracez un texte-chemin pour garder l'essentiel. Merci!





Chère Véro,
merci pour l'appréciation et l'encouragement à continuer ! Partager, c'est vivre !