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Illustration: Poésies - Catulle

Poésies

(Extrait)

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Illustration: Lawrence Alma-Tadema - The Roses of Heliogabalus - Domaine public




[I]
A CORNELIUS NEPOS


A qui dédier ces vers badins et d'un genre nouveau, ce livre que la pierre ponce vient de polir ?

A toi, Cornelius, à toi qui daignais attacher déjà quelque prix à ces bagatelles, alors que tu osas, le premier des Romains, dérouler en trois livres toute l'histoire des âges, oeuvre savante, grands dieux ! et laborieuse !

Accepte donc ce livre et tout ce qu'il contient, quel qu'en soit le mérite. Et toi, Muse protectrice, fais qu'il vive plus d'un siècle dans la postérité.
[II]
AU PASSEREAU DE LESBIE


Passereau, délices de ma jeune maîtresse, compagnon de ses jeux, toi qu'elle cache dans son sein, toi qu'elle agace du doigt et dont elle provoque les ardentes morsures, lorsqu'elle s'efforce, par je ne sais quels tendres ébats, de tromper l'ennui de mon absence ; puissé-je me livrer avec toi à de semblables jeux, pour calmer l'ardeur qui me dévore, et soulager les peines de mon âme. Ah ! sans doute, ils seraient aussi doux pour moi que le fut, dit-on, pour la rapide Atalante, la conquête de la pomme d'or qui fit tomber enfin sa ceinture virginale.
[III]
IL DEPLORE LA MORT DU PASSEREAU


Pleurez, Grâces ; pleurez, Amours ; pleurez, vous tous, hommes aimables ! il n'est plus, le passereau de mon amie, le passereau, délices de ma Lesbie ! ce passereau qu'elle aimait plus que ses yeux !

Il était si caressant ! il connaissait sa maîtresse, comme une jeune fille connaît sa mère : jamais il ne quittait son giron, mais sautillant à droite, sautillant à gauche, sans cesse il appelait Lesbie de son gazouillement.

Et maintenant il suit le ténébreux sentier qui conduit aux lieux d'où l'on ne revient, dit-on, jamais. Oh ! soyez maudites, ténèbres funestes du Ténare, vous qui dévorez tout ce qui est beau ; et il était si beau, le passereau que vous m'avez ravi !

O douleur ! ô malheureux oiseau ! c'est pour toi que les beaux yeux de mon amie sont rouges, sont gonflés de larmes.
[IV]
DEDICACE D'UN VAISSEAU


Amis, voyez-vous cet esquif ? il fut, s'il faut l'en croire, le plus rapide des navires. Jamais nul vaisseau ne put le devancer à la course, soit que les voiles, soit que les rames le fissent voler sur les ondes. Il vous défie de le nier, rivages menaçants de l'Adriatique, Cyclades périlleuses, illustre Rhodes, Thrace inhospitalière, Propontide, et vous, rivages de ce terrible Euxin, où naguère, forêt chevelue, il étendait ses rameaux : oui, les sommets du Cytore ont souvent retenti du sifflement de son feuillage prophétique. Tout cela, dit-il, vous est connu, et vous pourriez l'attester encore, Amastris, et toi Cytore couronné de buis ; car il s'élevait sur vos cimes chenues depuis l'origine du monde. Ses rames se plongèrent pour la première fois dans les ondes qui baignent votre base. C'est de là qu'à travers les vagues déchaînées, il a ramené son maître, soit que le vent soufflât du couchant ou de l'aurore, soit qu'Eole propice vînt frapper ses deux flancs à la fois. Pourtant, jamais on n'offrit pour lui de voeux aux dieux du rivage, depuis le jour où, parti d'une mer lointaine, il vint mouiller sur les rives de ce lac limpide. Tel fut son passé ; et maintenant, il vieillit dans le calme du port, et se met sous votre tutelle, Castor et Pollux, divins jumeaux.
[V]
A LESBIE


Vivons pour nous aimer, ô ma Lesbie ! et moquons-nous des vains murmures de la vieillesse morose. Le jour peut finir et renaître ; mais lorsqu'une fois s'est éteinte la flamme éphémère de notre vie, il nous faut tous dormir d'un sommeil éternel. Donne-moi donc mille baisers, ensuite cent, puis mille autres, puis cent autres, encore mille, encore cent ; alors, après des milliers de baisers pris et rendus, brouillons-en bien le compte, qu'ignoré des jaloux comme de nous-mêmes un si grand nombre de baisers ne puisse exciter leur envie.
[VI]
A FLAVIUS


Flavius, si la beauté qui te captive avait quelque chose d'aimable, de gracieux, tu voudrais me le dire, tu ne pourrais le taire à ton cher Catulle. Mais tu aimes je ne sais quelle courtisane maladive, et tu n'oses me l'avouer. Tes nuits, je le sais, ne se passent pas dans le veuvage ; ton lit, bien que muet, dépose contre toi ; les guirlandes dont il est orné, les parfums qu'il exhale, ces carreaux, ces coussins partout foulés, les craquements de cette couche élastique et mobile, tout me révèle ce que tu voudrais me cacher. Pourquoi donc ces flancs amaigris, s'ils ne trahissent tes folies nocturnes ? Ainsi, fais-moi part de ta bonne ou peut-être de ta mauvaise fortune. Je veux, dans mes vers badins, immortaliser Flavius et ses amours.
[VII]
A LESBIE


Tu me demandes, Lesbie, combien de tes baisers il faudrait pour me satisfaire, pour me forcer à dire : Assez ? Autant de grains de sable sont amoncelés en Libye, dans les champs parfumés de Cyrène, entre le temple brûlant de Jupiter et la tombe révérée de l'antique Battus ; autant d'astres, par une nuit paisible, éclairent les furtives amours des mortels, autant il faudrait à Catulle de baisers de ta bouche pour étancher sa soif délirante, pour le forcer de dire : Assez. Ah ! puisse leur nombre échapper au calcul de l'envie, à la langue funeste des enchanteurs !
[VIII]
CATULLE A LUI-MEME


Infortuné Catulle, mets un terme à ta folie ; ce qui te fuit, ne cherche plus à le ressaisir. De beaux jours ont brillé pour toi, lorsque tu accourais à ces fréquents rendez-vous où t'appelait une jeune beauté, plus chère à ton coeur que nulle ne le sera jamais ; heureux moments ! signalés, par tant de joyeux ébats : ce que tu désirais, Lesbie ne le refusait pas. Oh ! oui, de beaux jours alors brillaient pour toi ! mais, hélas ! elle ne veut plus ; ne pouvant mieux, cesse toi-même de vouloir ; ne poursuis plus la cruelle qui te fuit : pourquoi traîner tes jours dans le malheur ? Supporte l'infortune avec constance, endurcis ton âme. Adieu donc, ô Lesbie ! déjà Catulle est moins sensible ; tu ne le verras plus chercher, supplier une beauté rebelle. Toi aussi, perfide, tu gémiras, lorsque tes nuits s'écouleront sans que nul amant implore tes faveurs. Quel sort t'est réservé ? qui te recherchera maintenant ? Pour qui seras-tu belle ? Quel sera ton amant ? De qui seras-tu la conquête ? Pour qui tes baisers ? Sur quelles lèvres imprimeras-tu tes morsures ?... Mais toi, Catulle, courage ! persiste ! endurcis ton âme.
[IX]
A VERANNIUS


Verannius, ô le premier, le plus cher de mes nombreux amis, te voilà donc enfin rendu à tes dieux domestiques, à tes frères qui te confondent dans un même amour, à ta vieille mère ! te voilà donc de retour ! Pour moi, quelle heureuse nouvelle ! Je vais te revoir échappé aux dangers, je vais écouter ces récits où, selon ta coutume, tu nous peindras les contrées de l'Espagne, ses hauts faits, ses peuples divers. Penché sur ton cou, je baiserai tes yeux, je baiserai ta bouche. O vous, les plus heureux des mortels, en est-il un parmi vous plus joyeux, plus heureux que moi ?
[X]
SUR LA MAITRESSE DE VARRUS


Oisif, je me promenais au Forum ; Varrus, mon cher Varrus m'entraîne chez l'objet banal de ses amours. Au premier coup d'oeil, elle ne me parut dénuée ni de charmes ni de grâces. A peine entrés, la conversation s'engage sur différents sujets, entre autres sur la Bithynie : Quel était ce pays, sa situation actuelle ? Mon voyage m'avait-il été profitable ? - Je répondis, ce qui était vrai, que ni moi, ni le préteur, ni personne de sa maison, n'en étions revenus plus riches : le moyen qu'il en fût autrement avec un préteur perdu de débauche, et qui se souciait des gens de sa suite comme d'un poil de sa barbe. - «Cependant, les porteurs les plus renommés viennent de ce pays ; et l'on assure que vous en avez ramené quelques-uns pour votre litière». - Moi, afin de passer aux yeux de la belle pour plus heureux que les autres : «Le destin, lui dis-je, ne m'a pas été tellement contraire dans cette triste expédition, que je n'aie pu me procurer huit robustes porteurs». (A vrai dire, je n'en avais aucun, ni chez moi, ni ailleurs, qui fût capable de charger sur ses épaules les débris d'un vieux grabat). - A ces mots, avec l'effronterie d'une courtisane consommée : «Veuillez, je vous prie, mon cher Catulle, me les prêter pour quelques instants ; je veux aller au temple de Sérapis. - Un moment, ma belle ; je ne sais comment j'ai pu vous dire qu'ils étaient à moi. Vous connaissez Caïus Cinna, mon compagnon de voyage, c'est lui qui les a ramenés. Au reste, qu'importe qu'ils soient à lui ou à moi ? je puis m'en servir comme s'ils m'appartenaient. Mais c'est bien mal à vous, c'est bien indiscret, de ne pas permettre aux gens la moindre distraction».
[XI]
A FURIUS ET AURELIUS


Furius, Aurelius, compagnons de Catulle ; soit qu'il pénètre jusqu'aux extrémités de l'Inde, dont les rivages retentissent au loin, battus par les flots de la mer Orientale ;

Soit qu'il parcoure l'Hyrcanie et la molle Arabie, le pays des Scythes et celui du Parthe aux flèches redoutables, ou les bords du Nil, qui par sept embouchures va colorer la mer de son onde limoneuse ;

Soit que, franchissant les cimes ardues des Alpes, il visite les trophées du grand César, le Rhin qui baigne la Gaule, ou les sauvages Bretons, aux bornes du monde ;

Je le sais, vous êtes prêts à me suivre partout où me conduira la volonté des dieux. Mais, aujourd'hui, je ne réclame de votre amitié que de porter à ma maîtresse ces tristes paroles :

Qu'elle vive et se complaise au milieu de cette foule d'amants qu'elle enchaîne tous ensemble à son char, sans en aimer aucun sincèrement, mais qu'elle épuise les uns après les autres.

Mais qu'elle ne compte plus, comme autrefois, sur mon amour, sur cet amour qui a péri par sa faute, comme la fleur que sur le bord d'un pré a touché en passant le soc de la charrue.
[XII]
CONTRE ASINIUS


Asinius le Marruccin, tu n'as pas la main très honnête quand le vin te met en gaieté : tu profites de l'inattention des convives pour escamoter leurs mouchoirs.

Tu trouves peut-être cela plaisant ? Tu ignores, sot que tu es, que c'est une action basse et ignoble. Tu en doutes? Crois-en donc Pollion, ton frère, qui voudrait à prix d'or effacer le souvenir de tes larcins, dût-il en coûter un talent : car il est, lui, un bon juge en fait de gaietés et de plaisanteries.

Ainsi, ou renvoie-moi mon mouchoir, ou compte sur des milliers d'épigrammes.

Ce n'est pas le prix de cette bagatelle qui me la fait regretter ; mais c'est un souvenir d'amitié, c'est un de ces mouchoirs de Sétabis, présent de Fabullus et de Verannius, qui me les ont envoyés d'Espagne ; je dois y tenir comme à tout ce qui me vient de Fabullus et de Verannius.
[XIII]
A FABULLUS


Quel joli souper, mon cher Fabullus, tu feras chez moi dans quelques jours, si les dieux te sont propices, si tu apportes avec toi des mets délicats et nombreux, sans oublier nymphe jolie, bons vins, force bons mots, et toute la troupe des Ris ! Viens avec tout cela, mon aimable ami, et le souper sera charmant : car, hélas ! la bourse de ton pauvre Catulle n'est pleine que de toiles d'araignée. En échange, tu recevras les témoignages d'une amitié sincère ; et, ce qui surtout rend un repas élégant, agréable, je t'offrirai des parfums dont les Grâces et les Amours ont fait don à ma jeune maîtresse ; en les respirant, tu prieras les dieux de te rendre tout nez des pieds à la tête.
[XIV]
A CALVUS LICINIUS


Si je ne t'aimais plus que mes yeux, aimable Calvus, pour prix d'un pareil présent je te haïrais plus qu'on ne peut haïr un Vatinius. Qu'ai-je fait, moi, qu'ai-je dit, pour que tu m'assassines de tant de mauvais poètes ? Que les dieux accablent de tout leur courroux celui de tes clients qui t'envoya tant d'ouvrages maudits. Si, comme je le soupçonne, c'est Sylla le grammairien qui t'a fait ce cadeau, aussi neuf que piquant, je ne m'en plains pas ; je me félicite, au contraire, je me réjouis de voir tes travaux si bien payés ! Grands dieux ! quel horrible, quel exécrable fatras tu as envoyé à ton pauvre Catulle, pour le faire mourir d'ennui dans un aussi beau jour que celui des Saturnales ! Mauvais plaisant, tu n'en seras pas quitte à si bon marché ; car demain, dès qu'il fera jour, je cours bouleverser les échoppes des libraires : oeuvres de Césius, d'Aquinius, de Suffenus, je fais collection de toutes ces drogues poétiques, et je te rends supplice pour supplice. Et vous, détalez au plus vite de mon logis, retournez chez le bouquiniste, d'où vous êtes venus à la malheure, fléaux du siècle, détestables poètes !
[XV]
A AURELIUS


Je me recommande à toi, Aurelius, moi et mes amours : c'est, je pense, une demande raisonnable ; et si jamais ton âme conçut le désir de trouver pur et intact l'objet de tes feux, conserve chastement le dépôt que je te confie. Ce n'est pas contre la foule des galants qu'il faut le défendre, je crains peu ces hommes qui passent et repassent uniquement occupés de leurs affaires ; c'est de toi seul que je me défie, de ton priapisme redoutable à tous les adolescents, beaux ou laids. Satisfais tes désirs libertins où il te plaira, comme il te plaira, et tant que tu voudras, dans toutes les ruelles où tu trouveras un mignon de bonne volonté : je n'en excepte que le mien seul ; ce n'est pas, je crois, trop exiger. Mais si tes mauvais penchants, ta lubrique fureur allaient, scélérat, jusqu'à menacer la tête de ton ami ; alors, misérable, malheur à toi ! puisses-tu, les pieds liés, être exposé au supplice atroce que le raifort et les mulets font souffrir aux adultères.
[XVI]
A AURELIUS ET FURIUS


Je vous donnerai des preuves de ma virilité, infâme Aurelius, et toi, débauché Furius, vous qui, pour quelques vers un peu libres, m'accusez de libertinage. Sans doute il doit être chaste dans sa vie, le pieux amant des Muses ; mais dans ses vers, peu importe ; ils ne sont piquants et enjoués que lorsqu'ils peuvent exciter le prurit du désir, je ne dis pas chez l'adolescent, mais chez ces vieillards velus qui ne peuvent plus mouvoir leurs reins engourdis. Vous avez lu ces vers où je parle de plusieurs milliers de baisers, et vous me croyez, comme vous, lâche, efféminé ; mais je vous donnerai des preuves de ma virilité.
[XVII]
A LA VILLE DE COLONIA


Colonia, tu désires jouir d'un beau pont pour y prendre tes ébats : tu en as un où tu peux danser ; mais ses arches, mal assurées et chancelantes, te font craindre qu'il ne s'affaisse pour ne plus se relevez, et qu'il ne tombe dans le marais profond. Puisse, au gré de tes voeux, s'élever à sa place un pont solide, que les bonds sacrés des Saliens eux-mêmes ne puissent ébranler ; mais avant, fais-moi jouir d'un spectacle qui me fera bien rire ! Je voudrais qu'un mien voisin tombât de ton pont dans la vase, qu'il s'y embourbât de la tête aux pieds, dans l'endroit le plus infect, le plus dégoûtant de tout le marais, là où le gouffre est le plus profond. L'homme en question est un sot n'ayant pas plus de sens qu'un marmot de deux mois qui dort bercé dans les bras de son père. Il est marié depuis peu à une jolie femme, à la fleur de l'âge, plus tendre que le chevreau qui vient de naître, et dont la garde réclame plus de soins que les raisins déjà mûrs ; eh bien ! il la laisse folâtrer à sa fantaisie, il s'en soucie comme d'un poil de sa barbe, et, couché près d'elle, il reste immobile à sa place. Semblable à la souche qui gît dans un fossé, abattue par la hache du bûcheron, tel, et aussi insensible aux charmes de la belle que si elle n'était pas à ses côtés, mon nigaud ne voit rien, n'entend rien ; il ignore même de quel sexe il est, et s'il existe ou non. Voilà l'homme que je voudrais voir tomber de ton pont la tête la première, pour secouer, s'il est possible, sa stupide léthargie. Puisse-t-il laisser son engourdissement dans la fange visqueuse du marais, comme la mule laisse ses fers dans un épais bourbier !
[XVIII]
AU DIEU DES JARDINS


Priape, je te dédie, je te consacre ce bosquet, qui t'offre l'image du temple et du bois sacré que tu as à Lampsaque : car les villes qui s'élèvent sur les côtes poissonneuses de l'Hellespont te rendent un culte particulier.
[XIX]
LE DIEU DES JARDINS


Jeunes gens, c'est moi, dont vous voyez l'image de chêne grossièrement façonnée par la serpe d'un villageois, c'est moi qui ai fertilisé cet enclos, qui ai fait prospérer de plus en plus chaque année cette rustique chaumière, couverte de glaïeuls et de joncs entrelacés. Les maîtres de cette pauvre demeure, le père comme le fils, me rendent un culte assidu, me révèrent comme leur dieu tutélaire : l'un a soin d'arracher constamment les herbes épineuses qui voudraient envahir mon petit sanctuaire ; l'autre, m'apporte sans cesse d'abondantes offrandes : ses jeunes mains ornent mon image, tantôt d'une couronne émaillée de fleurs, prémices du printemps ; tantôt d'épis naissants aux pointes verdoyantes ; tantôt de brunes violettes, ou de pavots dorés, de courges d'un vert pâle, ou de pommes au suave parfum ; tantôt de raisins que la pourpre colore sous le pampre qui leur sert d'abri. Parfois même (mais gardez-vous d'en parler) le sang d'un jeune bouc à la barbe naissante ou celui d'une chèvre ont rougi cet autel. Pour prix des honneurs qu'ils me rendent, je dois protéger les maîtres de cette enceinte, et leur vigne et leur petit jardin. Gardez-vous donc, jeu-nes garçons, d'y porter une furtive main. Près d'ici demeure un voisin riche, dont le Priape est négligent. C'est là qu'il faut vous adresser : suivez ce sentier; il vous y conduira.
[XX]
MEME SUJET


Passant, cette image de peuplier, oeuvre informe d'un artiste villageois, c'est la mienne, c'est celle de Priape : je protège contre la main rapace des voleurs ce modeste enclos que tu vois sur la gauche, l'humble chaumière de son pauvre maître et son petit jardin. Au printemps, il me pare d'une couronne de fleurs ; en été, d'une guirlande d'épis dorés par un soleil brûlant ; en automne, de raisins mûrs et de pampres verts ; et d'olives d'un vert pâle pendant les rigueurs de l'hiver. Aussi la chèvre nourrie dans mes pâturages porte à la ville ses mamelles gonflées de lait ; lorsqu'il vend l'agneau engraissé dans mes bergeries, il revient au logis les mains chargées d'argent ; et, ravies aux mugissements de leur mère, ses tendres génisses vont rougir de leur sang les autels des dieux. Redoute donc, passant, la divinité protectrice de ces lieux, et garde-toi d'y porter la main. Il y va de ton intérêt ; sinon, l'instrument de ton supplice est prêt : c'est le phallus rustique. Par Pollux ! dis-tu, de grand coeur ! Oui ; mais, par Pollux ! voici venir le métayer : brandi par son bras vigoureux, ce phallus va, pour toi, se changer en massue.
Source: http://www.mediterranees.net/litterature_antique.html


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