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Illustration: Lassitude démocratique - Raymond Beltran
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Lassitude démocratique

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Lassitude démocratique

Depuis quelque temps je perçois à travers les réactions suscitées par mes chroniques la crainte persistante d’un retour aux années 30. L’on me fait remarquer que personne n’avait vu venir alors l’enchaînement que nous avons connu. Je ne partage pas cette crainte mais je voudrais exprimer cependant des inquiétudes que je fonde sur mon observation du présent.

Il est vrai que des sondages ont réveillé en France les citoyens en leur confirmant ce que laissait incrédules certains auparavant : l’extrême droite s’est installée dans le paysage politique français et elle comptera dans l’avenir. On avait cru que cela ne pouvait pas arriver ici car nous étions solidement ancrés dans la démocratie, contrairement à d’autres pays d’Europe et dans le Monde.

Mais je ne crois pas à un remake des années 1930-1940 parce que le contexte national et international n’est pas comparable à celui d’alors et parce que les informations circulent plus vite et bien mieux qu’alors. Mais cela ne signifie pas que je n’aie aucune inquiétude pour l’avenir de notre démocratie.

Je rappelle que je suis depuis toujours antimunichois, que j’ai toujours rejeté le pacifisme de cette époque. Je me méfie donc de celui que j’entends ressurgir à tout propos autour de moi, dans le contexte actuel. Je ne suis pas va-t-en-guerre, mais je crois qu’il arrive « qu’on ait le déshonneur et la guerre » pour avoir cru habile de choisir entre les deux, comme le disait W. Churchill après la capitulation de Munich en 1938 devant Hitler...

J’ai cru au ressaisissement des hommes après l’expérience du nazisme et ensuite celle du communisme, mais je sais que cela n’a pas empêché le Cambodge ni le Rwanda et que les crimes de guerre n’ont pas manqué depuis malgré les dénégations partisanes. J’essaie pourtant de garder un peu de lucidité pour une observation du monde sans parti pris, avec l’espoir que l’on ne soit pas arrivés à « la fin de l’histoire » car sans espoir dans l’humanité que serions-nous ?...

Malgré les allers-retours de balancier il y a des avancées. Le monde continue de tourner. Je crois que personne ne peut nier que l’humanité a progressé depuis des siècles.

Quand j’observe autour de moi l’actualité j’ai cependant des inquiétudes. Je constate que la pensée est forcée de se canaliser pour se conformer à ce qui devient à la fin une pensée unique (ce que j’ai toujours réfuté en disant qu’elle a été souvent majoritaire mais jamais unique). Si on écoute le politiquement correct on n’aurait plus le droit de prononcer certains mots ni de réfléchir en public librement ni d’émettre des hypothèses de travail sans s’exposer aux attaques des bien pensants qui normaliseraient la seule expression autorisée, celle des gardiens de la pensée correcte.

Je suis aussi inquiet de la montée des nationalismes. Il est vrai qu’elle n’est pas récente mais elle ne dépassait pas des cas marginaux, avant la fin du 20 siècle. Cela se généralise aujourd’hui et il n’est pas dit que cela n’aie pas des conséquences négatives sur l’organisation européenne comme sur la mondialisation de l’économie.

Je suis de plus en plus inquiet de cette montée qui apparaît comme une réaction en contre et qui n’est pas porteuse d’un projet de construction unitaire comme cela fut le cas au 19è siècle en Italie ou en Allemagne. L’organisation d’une société mondialisée, mais solidaire, me semble perdre de son opportunité tout au long des discours que j’entends.

En même temps, je vois perdre sa pertinence à l’intégration dans chaque nation des étrangers venus s’y installer. J’ai cru en elle et j’ai toujours bataillé pour l’obtenir. J’ai bataillé contre les arguties de ceux qui voulaient en réalité instaurer des communautés différentes, ségrégatives et dont le développement ne pouvait à terme que devenir conflictuel.

J’ai eu la faiblesse de penser que ces arguties ségrégatives finiraient par créer un sentiment de refus dans la population et que celui-ci ne profiterait qu’à l’extrême droite… Je répète cet argument depuis plus de 25 ans. Je ne veux pas triompher mais j’ai envie d’interpeller certains « camarades » que j’ai côtoyés longtemps… Leur idéologie « ouverte », si anti « assimilationniste », a rejeté des électeurs vers le F. N. à partir de craintes souvent fantasmées, mais réelles, de perte d’identité.

Dans l’incertitude actuelle, l’idéologie marxiste a perdu sa crédibilité et rien ne l’a remplacée ni au niveau politique ni au niveau sociologique, mais on lui a substitué une morale de gauche fortement teintée de christianisme, produit amené par une « deuxième gauche » devenue très influente au PS.

Je m’interroge aussi sur les droits humains et la remise en cause de leur universalité par certains de ceux qui sont en charge de les défendre. Je m’interroge sur la remise en cause du Siècle des lumières et de la place de la Raison dans la société. Est-ce par hasard que ce sont ceux-là les axes du combat médiatique du Vatican contre le relativisme religieux et contre la laïcité qui motiverait ce relativisme ? Ce combat est bien relayé partout y compris, maintenant, de plus en plus dans nos rangs.

La dissolution de nos valeurs républicaines intervient pour interdire toute critique d’une religion sous prétexte que nous ne respecterions pas la laïcité. Comme si la laïcité interdisait aux individus de refuser et de contester une croyance !... Avec de telles confusions à propos de laïcité qui en tire bénéfice politiquement ?...

La laïcité est neutralité des institutions républicaines pour permettre aux citoyens, quelles que soient leurs convictions de vivre ensemble sans heurts. Elle n’a jamais été neutralité des citoyens vis-à-vis des religions. Chacun est libre de croire ou non, la République garantit la liberté de culte mais chacun peut exprimer son opinion et même s’opposer aux croyances. Les institutions sont neutres, les individus non.

Il y a une glissade des valeurs. Ayant accepté la banalisation des événements importants de notre histoire avec des discours qui amalgament l’essentiel avec l’insignifiant et l’ordinaire, alors qu’on veut placer tout sur le même plan, on a fini par rendre banal et insignifiant ce qui était marquant et qui a perdu ainsi de son sens. A force de tout vouloir ramener au même plan on a rendu tout indifférent et sans importance… et tout est finalement devenu simple « détail de l’histoire ? »…

Mon inquiétude vient encore de voir ainsi s’afficher des renoncements à des idées et à des valeurs pour suivre des modes, de voir que l’on s’adapte à des interdictions, que l’on renonce à la liberté de pensée et d’expression, que des censures de la parole deviennent objet de consensus par des interprétations extensives de lois précises dont l’objet est détourné pour en faire des instruments de contrôle public et médiatique du racisme !

Peut-être qu’il nous manque quelque chose d’essentiel : « le sens des responsabilités » et « le sens critique » qui nous permettrait de mieux comprendre que l’important dans notre vie n’est pas de se mettre en valeur mais de mettre en perspective et favoriser le lancement de tout ce qui permettra l’avancement de l’humanité, son amélioration, ce qui nous fera continuer l’œuvre des Hommes (H générique) qui se poursuit depuis que l’humanité a pris conscience d’elle-même.

Comment ne pas s’inquiéter enfin du nombre de cas de corruption qui reviennent si souvent dans la presse. Pas toujours des cas d’enrichissement personnel, quoique cela existe aussi. Souvent ce sont les entourages qui sont favorisés, des cas de népotisme, en tout cas du laxisme avec les procédures légales non respectées, comme si l’on pouvait se situer au-dessus des lois pour les amis. Sans compter les grosses affaires ou scandales qui font surface si régulièrement et depuis toujours !...

Serait-ce l’effet de la crise ou bien l’information qui deviendrait plus incisive, ce dont je doute, mais les effets de scandale se cumulent (et je n’oublie pas pour autant Stavisky déjà dans les années 30). L’effet cumulatif du « Médiator », après les faillites des banques imprudentes etc… favorise le rejet des leaders et le désenchantement à l’égard de la politique comme de l’économie.

Banalisation systématique de tout, affaires successives, problèmes dus au chômage, difficultés économiques, désillusion devant les propositions démagogiques qui n’ont pas été tenues, tout cela aboutit à une grande lassitude démocratique.

Le danger est que l’on finit par ne plus avoir confiance dans les institutions, que l’on ne voit que les défauts du fonctionnement démocratique et que l’on dérive ainsi vers la contestation systématique de tout et que l’on adopte le populisme démagogique… Comme un crédule escroqué y succombera encore car il ne croit pas qu’on ait pu le tromper, un électeur trompé par un démagogue y croira encore et longtemps.

Si je ne crois pas à la dramatisation du retour des années 30 à l’analogue, je crains beaucoup que par désenchantement, par lassitude et par banalisation des valeurs républicaines, avec la réduction de l’idéal laïque à une doctrine comme une autre, dépouillée de ses vertus positives, l’on ne finisse pas par tenter des aventures irresponsables… Ces aventures dont on met du temps à se sortir.

Ceux qui en France se glosent sur notre manque de liberté et de démocratie ou sur son caractère purement formel devraient s’interroger car, pour arriver à ce que nous avons, des Tunisiens, des Egyptiens, des Libyens ou des Syriens ont affronté des balles… Peut-être que nous devrions le méditer et mieux apprécier ce qu’il y a de précieux dans nos valeurs. Elles doivent être confortées, améliorées mais surtout plus respectées pour ceux qui nous ont permis d’y accéder comme pour ceux qui se battent dans d’autres pays pour les atteindre un jour !

Nous assistons à une relativisation des valeurs laïques qui sont dissoutes dans l’amalgame avec la pratique étrangère. Les défauts sont en France, les avantages, eux, dans les autres pays, même si on n’en connaît qu’une apparence. Par une fausse tolérance on les met à égalité avec les autres… L’on a renoncé à hiérarchiser et à respecter ce qui fonde notre unité historiquement construite depuis la Révolution Française de 1789. Un plus petit dénominateur commun issu du brassage de tout et n’importe quoi prend peu à peu la place de toute ambition générale qui pourrait entraîner l’ensemble des citoyens vers l’avant.

L’universalisme de nos valeurs est oublié et on est prêts à le sacrifier au droit à la différence. L’on renonce à l’intégration et l’on voudrait donner en contrepartie des droits sans devoirs, laissant pour toujours certains hors de la citoyenneté…

L’intérêt général doit primer les tactiques partisanes. L’on doit travailler ensemble au bien commun en s’engageant à améliorer la société et à moraliser la vie publique avec des sanctions d’inéligibilité sérieuses et durables pour les élus en faute et des sanctions économiques dissuasives pour les responsables économiques qui s’enrichiraient malhonnêtement.

Je crois nécessaire une prise de conscience du fait politique en danger, ce qui demande analyse, débat et résolution communes entre majorité et opposition pour ne pas considérer que ces choses sont sans solution.

Terminons par une touche positive. Il faut redonner confiance aux citoyens. Il faut leur parler vrai. Il faut clarifier les débats, les rendre compréhensibles et sincères. Il faut rendre très exigeant le métier politique, moraliser la vie publique en profondeur, en finir avec les coups bas et anoblir les rapports entre adversaires, afin de … faire de cette utopie une réalité de demain !

Raymond BELTRAN
Le 10 mai 2011


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