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Illustration: La Cour de Louis quatorze - Imbert Saint  amand

La Cour de Louis quatorze

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Image: http://www9.georgetown.edu/faculty/spielmag/docs/legrandsiecle/lgs3.htm Musique : Tomaso Albinoni Allegro  ma non tropo




 
Imbert de Saint-Amand 
 


 
La Cour de Louis XIV 
 


 
- Collection Romans / Nouvelles -
 


 
Imbert de Saint-Amand 
 


 
 
 


 
 
 


 
 
 


 
 
 


 
La Cour de Louis XIV 
 


 
 
 


 
 
 


 
INTRODUCTION 
 


 
 
 


 
 
 


 
«Vous voulez du roman, dit un jour M. Guizot ; que ne vous adressez-vous 
 


 
à l'histoire ?» Le grand écrivain avait raison. Le roman historique est 
 


 
maintenant démodé. On se lasse de voir défigurer les personnages célèbres, 
 


 
et l'on partage l'avis de Boileau : 
 


 
Rien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable. 
 


 
Y a-t-il, en effet, des inventions plus saisissantes que la réalité ? Un 
 


 
romancier, si ingénieux qu'il soit, trouvera-t-il des combinaisons plus 
 


 
variées et des scènes plus émouvantes que les drames de l'histoire ? 
 


 
L'esprit le plus fécond imaginerait-il, par exemple, des types aussi curieux 
 


 
que ceux des femmes de la cour de Louis XIV et de Louis XV ? Sans 
 


 
doute leur histoire est connue. Je n'ai pas la prétention de recommencer la 
 


 
biographie de la reine Marie-Thérèse, de Mme de Montespan, de la mère 
 


 
du Régent, de la duchesse de Bourgogne, de la duchesse de Berry, des 
 


 
soeurs de Nesle, de Mme de Pompadour, de Mme du Barry, de Marie 
 


 
Leczinska, de Marie-Antoinette, de Madame Élisabeth, de la princesse de 
 


 
Lamballe. Mais je voudrais, sans décrire l'ensemble de leur carrière, tenter 
 


 
de tracer l'esquisse des héroïnes qui peuvent être appelées : les femmes de 
 


 
Versailles. 
 


 
Pour ce travail de reconstruction, ce ne sont pas les matériaux qui 
 


 
manquent, ils sont plutôt trop abondants. Ce ne sont pas seulement les 
 


 
anciens mémoires, ceux de Dangeau, de Saint-Simon, de la princesse 
 


 
Palatine, de Mme de Caylus pour le règne de Louis XIV ; du duc de 
 


 
Luynes, de Maurepas, de Villars, du marquis d'Argenson, du président 
 


 
Hénault, de l'avocat Barbier, de l'avocat Marais, de Duclos, de Mme du 
 


 
Hausset pour le règne de Louis XV ; du baron de Bezenval, de Mme 
 


 
Campan, de Weber, du comte de Ségur, de la baronne d'Oberkirch pour le 
 


 
règne de Louis XVI, qui nous serviront de guide. 
 


 
Ce sont encore les Histoires de Voltaire, de Henri Martin, de Michelet, de 
 


 
M. Jobez ; les patientes investigations de la science moderne, les travaux 
 


 
des Sainte-Beuve, des Noailles, des Lavallée, des Walckenaër, des Feuillet 
 


 
de Conches, des Le Roi, des Soulié, des Rousset, des Pierre Clément, des 
 


 
d'Arneth, des Goncourt, des Lescure, de la comtesse d'Armaillé, de MM. 
 


 
Boutaric, Honoré Bonhomme, Campardon, de Barthélemy et de tant 
 


 
d'autres historiens et critiques distingués. 
 


 
Assurément, il y a nombre de personnes qui connaissent à fond l'inventaire 
 


 
de tous ces trésors. A de tels érudits je n'ai la pensée de rien apprendre, et 
 


 
je ne suis, je le sais, que l'obscur disciple de tels maîtres. Mais peut-être les 
 


 
gens du monde ne me blâmeront-ils pas d'avoir étudié, pour eux, tant 
 


 
d'ouvrages ; peut-être des jeunes filles qui ont achevé leurs études 
 


 
classiques me sauront-elles gré de résumer à leur intention des lectures 
 


 
qu'elles ne feraient pas. Mon but serait de vulgariser l'histoire en respectant 
 


 
scrupuleusement la vérité, même lorsque je ne la dirai pas tout entière ; de 
 


 
repeupler les salles désertes, de résumer brièvement les leçons de morale, 
 


 
de psychologie, de religion, qui sortent du plus grandiose des palais. 
 


 
Puissent les femmes de Versailles être pour moi autant d'Arianes dans ce 
 


 
merveilleux labyrinthe ! 
 


 
Ce qui facilite la résurrection des femmes de la cour de Louis XIV et de 
 


 
Louis XV, c'est la conservation du palais où se passa leur existence. 
 


 
 
 


 
Une ville a rarement présenté un spectacle aussi frappant que celui 
 


 
qu'offrait Versailles en 1871, pendant la lutte de l'armée contre la 
 


 
Commune. Entre le grand siècle et notre époque, entre la majesté de 
 


 
l'ancienne France et les déchirements de la France nouvelle, entre les 
 


 
horreurs lugubres dont Paris était le théâtre et les radieux souvenirs de la 
 


 
ville du Roi-Soleil, le contraste était aussi douloureux que saisissant. Ces 
 


 
avenues où l'on se montrait le chef du gouvernement et le glorieux vaincu 
 


 
de Reichshoffen ; cette place d'armes encombrée de canons ; ces drapeaux 
 


 
rouges, tristes trophées de la guerre civile, qui étaient portés à l'Assemblée, 
 


 
à la fois comme un signe de deuil et de victoire ; ce magnifique palais, d'où 
 


 
semblait sortir une voix suppliante qui adjurait nos soldats de sauver un si 
 


 
bel héritage de splendeurs historiques et de grandeurs nationales, tout cela 
 


 
remplissait l'âme d'une émotion profonde. 
 


 
 
 


 
A l'heure d'angoisses où l'on se demandait avec une inquiétude, hélas ! trop 
 


 
justifiée, ce qu'allaient devenir les otages, où l'on savait que Paris était la 
 


 
proie des flammes, où l'on se disait que peut-être, de la Babylone moderne, 
 


 
de la capitale du monde, il ne resterait plus qu'un monceau de cendres, le 
 


 
Panthéon de toutes nos gloires semblait nous adresser des reproches et 
 


 
faire naître dans nos coeurs des remords. La France de Charlemagne et de 
 


 
saint Louis, de Louis XIV et de Napoléon, protestait contre cette France 
 


 
odieuse que les hommes de la Commune avaient la prétention de faire 
 


 
naître sur les débris de notre honneur. On se croyait le jouet d'un mauvais 
 


 
rêve. Il y avait quelque chose d'insolite, de bizarre dans le bruit d'armes qui 
 


 
troublait les abords de ce château, calme et majestueuse nécropole de la 
 


 
monarchie absolue. 
 


 
 
 


 
Même dans ces jours cruels dont le souvenir ne s'effacera jamais de ma 
 


 
mémoire, l'ombre de Louis XIV m'apparaissait sans cesse. J'eus alors le 
 


 
désir de revoir ses appartements. Ils étaient occupés en partie par le 
 


 
personnel du ministère de la Justice et par les commissions de 
 


 
l'Assemblée ; mais on avait respecté la chambre du Grand Roi, et aucun 
 


 
fonctionnaire n'aurait osé transformer en bureau le sanctuaire de la royauté. 
 


 
Dans notre siècle de démagogie, je ne contemplais pas sans respect cette 
 


 
chambre où le souverain par excellence mourut en roi et en chrétien. Que 
 


 
de réflexions me fit faire l'incomparable galerie des Glaces ! A quelques 
 


 
jours de distance, elle avait été une salle de triomphe, une ambulance et un 
 


 
dortoir. C'est là que notre vainqueur, entouré de tous les princes allemands, 
 


 
avait proclamé le nouvel empire germanique. C'est là que les blessés 
 


 
prussiens de Buzenval avaient été portés. C'est là que les députés de 
 


 
l'Assemblée avaient couché quelques jours en arrivant à Versailles. 
 


 
 
 


 
Tristes vicissitudes du sort ! Cette galerie étincelante, cet asile des 
 


 
splendeurs monarchiques, ce lieu d'apothéose, où le pinceau de Lebrun a 
 


 
ranimé les pompes du paganisme et la mythologie ; cet Olympe moderne, 
 


 
où l'imagination évoque tant de brillants fantômes, où l'aristocratie 
 


 
française ressuscite avec son élégance et sa fierté, son luxe et son courage ; 
 


 
cette galerie de fêtes, qu'ont traversée tant de grands hommes, tant de 
 


 
beautés célèbres, hélas ! dans quelles circonstances douloureuses m'était-il 
 


 
donné de la revoir ! De l'une des fenêtres, je regardais ce paysage 
 


 
grandiose où Louis XIV n'apercevait rien qui ne fût lui-même, car le jardin 
 


 
créé par lui était tout l'horizon. 
 


 
Mes yeux se fixaient sur cette nature vaincue, sur ces eaux amenées à force 
 


 
d'art qui ne jaillissent qu'en dessin régulier, sur cette architecture végétale 
 


 
qui prolonge et complète l'architecture de pierre et de marbre, sur ces 
 


 
arbustes qui croissent avec docilité sous la règle et l'équerre. Je comparais 
 


 
l'harmonieuse régularité du parc à l'art incohérent des époques 
 


 
révolutionnaires, et au moment où l'astre que Louis XIV avait pris pour 
 


 
devise se couchait à l'horizon, comme le symbole de la royauté évanouie, 
 


 
je me disais : 
 


 
«Ce soleil, il reparaîtra demain aussi radieux, aussi superbe. O France, en 
 


 
sera-t-il de même de ta gloire ?» 
 


 
Je me préoccupais alors de celui que Pellisson appelait le miracle visible, 
 


 
du potentat en l'honneur duquel tout était à bout de marbre, de bronze et 
 


 
d'encens, et qui, pour nous servir d'une expression de Bossuet, «n'a pas 
 


 
même joui de son sépulcre.» Dieu, me disais-je, lui a-t-il pardonné cet 
 


 
orgueil asiatique, qui en a fait une sorte de Balthazar et de 
 


 
Nabuchodonosor chrétien ? Ce souverain qui chantait avec des larmes 
 


 
d'attendrissement les hymnes composés à sa louange par Quinault, quelle 
 


 
idée se fait-il aujourd'hui des grandeurs de la terre ? Son âme s'émeut-elle 
 


 
encore de nos intérêts et de nos passions, ou bien le monde, grain de sable, 
 


 
atome dans l'univers immense, est-il trop misérable pour appeler l'attention 
 


 
de ceux qui ont sondé les mystères de l'éternité ? Que pense-t-il, ce grand 
 


 
roi, de son Versailles, temple de la royauté absolue qui devait, avant que le 
 


 
temps eût noirci ses lambris dorés, en être le tombeau ? Quelle opinion 
 


 
a-t-il de nos discordes, de nos misères, de nos humiliations ? Lui, qui avait 
 


 
conservé un souvenir si amer des troubles de la Fronde, comment juge-t-il 
 


 
les excès de la démagogie actuelle ? 
 


 
Son âme de roi et de Français a-t-elle tressailli quand, dans cette salle 
 


 
décorée de peintures triomphales, le nouveau maître de Strasbourg et de 
 


 
Metz a restauré cet empire d'Allemagne que la France avait mis des siècles 
 


 
à détruire ? Quel contraste entre nos revers et les fresques superbes qui 
 


 
ornent le plafond ! La Victoire étend ses ailes rapides, la Renommée 
 


 
embouche sa trompette. Porté sur un nuage et suivi de la Terreur, Louis 
 


 
XIV tient en main la foudre. Le Rhin, qui se reposait sur son urne, se 
 


 
relève épouvanté de la vitesse avec laquelle il voit le monarque traversant 
 


 
les eaux, et d'effroi il laisse tomber son gouvernail. Les villes prises sont 
 


 
représentées sous les traits de ces captives en pleurs. L'Espagne, c'est le 
 


 
lion blessé ; l'Allemagne, c'est cet aigle précipité dans la poussière. 
 


 
 
 


 
Tout en regardant avec mélancolie ces éblouissantes et fastueuses 
 


 
peintures, je me rappelais ces paroles de Massillon : «Que nous reste-t-il 
 


 
de ces grands noms qui ont autrefois joué un rôle si brillant dans l'univers ? 
 


 
On sait ce qu'ils ont été pendant ce petit intervalle qu'a duré leur éclat ; 
 


 
mais qui sait ce qu'ils sont dans la région éternelle des morts ?» 
 


 
L'esprit plein de ces pensées, je descendais l'escalier de marbre, cet escalier 
 


 
au haut duquel Louis XIV attendait le grand Condé, qui, affaibli par l'âge 
 


 
et les blessures, ne montait que lentement : 
 


 
«Mon cousin, lui dit le monarque, ne vous pressez pas. On ne peut pas 
 


 
monter très vite quand on est chargé, comme vous, de tant de lauriers.» 
 


 
Le soir, je voulais encore revoir la statue du Grand Roi, dont le souvenir 
 


 
m'avait si vivement impressionné pendant toute la durée du jour. La nuit 
 


 
était sereine. Sa beauté douce et recueillie contrastait doublement avec les 
 


 
fureurs et les agitations des hommes. 
 


 
Son silence était interrompu par le bruit de l'artillerie fratricide, qui tonnait 
 


 
dans le lointain. C'est en l'honneur de Louis XIV que les sentinelles 
 


 
semblaient monter la garde sur cette place, où il avait si souvent passé la 
 


 
revue de ses troupes. A la lueur des étoiles, je contemplais la statue 
 


 
majestueuse de celui qui fut plus qu'un roi. Sur son cheval colossal, il 
 


 
m'apparaissait comme la personnification glorieuse du droit qu'on a 
 


 
qualifié de divin. 
 


 
Républicaine ou monarchique, la France ne doit rien renier d'un tel passé. 
 


 
L'histoire d'un pareil souverain ne saurait que lui inspirer des idées hautes, 
 


 
des sentiments dignes d'elle et de lui. Il lutta jusqu'au bout contre les 
 


 
puissances coalisées, et quand on prononçait en Europe ce mot unique : le 
 


 
roi, chacun savait de quel monarque il s'agissait. Ah ! cette statue est bien 
 


 
l'image de l'homme habitué à vaincre, à dominer et à régner, du potentat 
 


 
qui triomphait de la rébellion avec un regard mieux que Richelieu avec la 
 


 
hache. 
 


 
Laissons les coryphées de l'école révolutionnaire chercher en vain à 
 


 
dégrader ce bronze impérissable. La boue qu'ils voudraient jeter au 
 


 
monument n'atteindra pas même le piédestal. Dans cette nuit où les canons 
 


 
de la Commune répondaient à ceux du Mont-Valérien, la statue me 
 


 
semblait plus imposante que jamais. On eût dit qu'elle s'animait, comme 
 


 
celle du Commandeur. Le geste avait quelque chose de plus fier et de plus 
 


 
impérieux que dans les époques moins troublées. Son bâton de 
 


 
commandement à la main, le Grand Roi, dont le regard est tourné du côté 
 


 
de Paris, semblait dire à la ville insurgée, comme le convive de marbre à 
 


 
don Juan : «Repens-toi.» 
 


 
 
 


 
La profonde impression que Versailles m'avait produite pendant les jours 
 


 
de la Commune est loin de s'être affaiblie depuis ce moment. Des 
 


 
circonstances bien imprévues ont fait occuper les appartements de la reine 
 


 
par la direction politique du ministère des Affaires étrangères. Ma modeste 
 


 
table de travail a été, une année, placée au bout de la salle du 
 


 
Grand-Couvert, en face du tableau qui représente le doge Imperiali 
 


 
s'humiliant devant Louis XIV, et j'ai eu le temps de réfléchir sur les 
 


 
péripéties étranges, sur les caprices du sort, par suite desquels les employés 
 


 
du ministère dont je fais partie étaient, pour ainsi dire, campés au milieu de 
 


 
ces salles légendaires. 
 


 
Les cinq pièces qui composent l'appartement de la reine ont toutes une 
 


 
importance historique. A chacune se rattachent les plus curieux souvenirs. 
 


 
Vous montez l'escalier de marbre. A droite est la salle des gardes de la 
 


 
reine. C'est là que, le 6 octobre 1789, à 6 heures du matin, les gardes du 
 


 
corps, victimes de la fureur populaire, défendirent avec tant de courage, 
 


 
contre une bande d'assassins, l'entrée de l'appartement de 
 


 
Marie-Antoinette. La salle suivante est celle du Grand-Couvert. C'est là 
 


 
que les reines dînaient solennellement, en compagnie des rois ; ces festins 
 


 
d'apparat avaient lieu plusieurs fois par semaine, et le peuple était admis à 
 


 
les contempler. Non seulement comme reine, mais déjà comme dauphine, 
 


 
Marie-Antoinette se soumit à cette bizarre coutume. «Le dauphin dînait 
 


 
avec elle, nous dit Mme Campan dans ses Mémoires, et chaque ménage de 
 


 
la famille royale avait tous les jours son dîner public. Les huissiers 
 


 
laissaient entrer tous les gens proprement mis. 
 


 
Ce spectacle faisait le bonheur des provinciaux. A l'heure des dîners, on ne 
 


 
rencontrait dans les escaliers que de braves gens qui, après avoir vu la 
 


 
dauphine manger sa soupe, allaient voir les princes manger leur bouilli et 
 


 
qui couraient ensuite, à perte d'haleine, pour aller voir Mesdames manger 
 


 
leur dessert.» 
 


 
 
 


 
Après la salle du Grand-Couvert est le salon de la Reine. Le cercle de la 
 


 
souveraine se tenait dans cette pièce, où l'on faisait les présentations. Son 
 


 
siège était placé au fond de la salle, sur une estrade couverte d'un dais dont 
 


 
on voit encore les pitons d'attache dans la corniche en face des fenêtres. 
 


 
C'est là que brillèrent les beautés célèbres de la cour de Louis XIV, avant 
 


 
que le roi allât s'emprisonner dans les appartements de Mme de Maintenon. 
 


 
C'est là que le président Hénault et le duc de Luynes venaient sans cesse 
 


 
causer avec cette aimable et bonne Marie Leczinska, en qui chacun se 
 


 
plaisait à reconnaître les vertus d'une bourgeoise, les manières d'une 
 


 
grande dame, la dignité d'une reine. C'est là que Marie-Antoinette, la 
 


 
souveraine à la taille de nymphe, à la marche de déesse, à l'aspect doux et 
 


 
fier digne de la fille des Césars, recevait, avec cet air royal de protection et 
 


 
de bienveillance, avec ce prestige enchanteur dont les étrangers 
 


 
emportaient le souvenir à travers l'Europe comme un éblouissement. 
 


 
La pièce suivante est, de toutes, celle qui évoque le plus de souvenirs. C'est 
 


 
la chambre à coucher de la reine, la chambre où sont mortes deux 
 


 
souveraines : Marie-Thérèse et Marie Leczinska ; deux dauphines : la 
 


 
dauphine de Bavière et la duchesse de Bourgogne ;-la chambre où sont nés 
 


 
dix-neuf princes et princesses du sang, et parmi eux deux rois, Philippe V, 
 


 
roi d'Espagne, et Louis XV, roi de France ;-la chambre qui, pendant plus 
 


 
d'un siècle, a vu les grandes joies et les suprêmes douleurs de l'ancienne 
 


 
monarchie. 
 


 
Cette chambre a été occupée par six femmes : d'abord par la vertueuse 
 


 
Marie-Thérèse, qui s'y installa le 6 mai 1682, et y rendit le dernier soupir, 
 


 
le 30 juillet de l'année suivante ;-ensuite par la femme du Grand Dauphin, 
 


 
la dauphine de Bavière, qui y mourut le 20 avril 1690, à l'âge de vingt-neuf 
 


 
ans ; puis par la charmante duchesse de Bourgogne, qui s'y établit dès son 
 


 
arrivée à Versailles, le 8 novembre 1696, y mit au monde trois princes, 
 


 
dont le dernier seul vécut et régna sous le nom de Louis XV, et y mourut le 
 


 
12 février 1712, à l'âge de vingt-six ans ;-puis par cette infante d'Espagne, 
 


 
Marie-Anne-Victoire, qui était fiancée avec le jeune roi de France, et qui 
 


 
demeura là, depuis le mois de juin 1722 jusqu'au mois d'avril 1725, époque 
 


 
où le mariage projeté fut rompu ;-ensuite par la pieuse Marie Leczincka, 
 


 
qui s'installa dans cette chambre le 1er décembre 1725, y donna naissance 
 


 
à ses dix enfants, y habita pendant un règne de quarante-trois ans, y mourut 
 


 
le 24 juin 1768, entourée de la vénération universelle ;-enfin par la plus 
 


 
poétique des femmes, par celle qui résume en elle les triomphes et les 
 


 
humiliations, les joies et les douleurs, par celle dont le nom seul inspire 
 


 
l'attendrissement et le respect, par Marie-Antoinette. C'est là que vinrent au 
 


 
monde ses quatre enfants et qu'elle faillit mourir à la naissance de sa 
 


 
première fille, la future duchesse d'Angoulême. Une antique et bizarre 
 


 
étiquette autorisait le peuple à s'introduire, en pareil cas, dans le palais des 
 


 
rois. La galerie des Glaces, les salons, l'oeil-de-Boeuf, la chambre de la 
 


 
reine, étaient envahis par la foule. Marie-Antoinette, manquant d'air 
 


 
respirable, perdit connaissance pendant trois quarts d'heure. 
 


 
Quand elle revint à elle, Louis XVI lui présenta la princesse qui venait de 
 


 
naître : 
 


 
 
 


 
«Pauvre petite, dit-elle, vous n'étiez pas désirée, mais vous n'en serez pas 
 


 
moins chère. Un fils eût plus particulièrement appartenu à l'État ; vous 
 


 
serez à moi, vous aurez tous mes soins, vous partagerez mon bonheur et 
 


 
vous adoucirez mes peines.» 
 


 
Ce fut là aussi que virent le jour les deux fils du roi et de la reine martyrs : 
 


 
l'un, né le 22 octobre 1781, mort le 4 juin 1789 ; l'autre, né le 27 mars 
 


 
1785, connu sous le nom de duc de Normandie, et qui devait plus tard 
 


 
s'appeler Louis XVII. 
 


 
Dans cette chambre mémorable à tant de titres, commença l'agonie de la 
 


 
royauté française. Marie-Antoinette y dormait le matin du 6 octobre 1789, 
 


 
quand elle fut réveillée par l'insurrection. Au fond de la chambre, dans le 
 


 
panneau où est actuellement le portrait de la reine par Mme Lebrun, une 
 


 
petite porte conduisait aux appartements du roi. C'est par là que la 
 


 
malheureuse souveraine s'échappa pour aller chercher un refuge auprès de 
 


 
Louis XVI, pendant que les émeutiers assassinaient les gardes du corps. 
 


 
Quelques instants après elle quittait Versailles, qu'elle ne devait jamais 
 


 
revoir. Depuis lors, aucune femme n'occupa les appartements de la reine. 
 


 
Le théâtre subsiste, les décors sont à peine modifiés ; mais il faut faire 
 


 
sortir de la poussière du temps les acteurs, les actrices surtout. 
 


 
L'année que j'ai passée dans ces salles encore si pleines de leur souvenir 
 


 
m'a donné la première idée du travail que je publie aujourd'hui. Que de fois 
 


 
j'ai cru apercevoir, comme autant de gracieux fantômes, les femmes 
 


 
illustres qui ont aimé, qui ont souffert, qui ont pleuré dans ce séjour ! 
 


 
 
 


 
Je voudrais me rendre un compte minutieux du rôle qu'elles y ont joué, 
 


 
mentionner avec précision les appartements qu'elles ont habités, montrer 
 


 
en détail l'existence qu'elles menaient, indiquer, pour nous servir d'une 
 


 
expression de Saint-Simon, ce qu'on pourrait appeler la mécanique de la 
 


 
vie de la cour. 
 


 
 
 


 
Je veux essayer l'histoire du château de Versailles lui-même par les 
 


 
femmes qui l'ont habité depuis 1682, époque où Louis XIV y fixa sa 
 


 
résidence, jusqu'au 6 octobre 1789, jour fatal où Louis XVI et 
 


 
Marie-Antoinette le quittèrent sans retour. Le sanctuaire de la monarchie 
 


 
absolue devait être également son tombeau. 
 


 
Ni les nièces de Mazarin, ni la Grande Mademoiselle, ni les duchesses de 
 


 
La Vallière et de Fontanges, ne doivent être considérées comme des 
 


 
femmes de Versailles. A l'époque où ces héroïnes brillèrent de tout leur 
 


 
éclat, Versailles n'était pas encore la résidence officielle de la cour et le 
 


 
siège du gouvernement. 
 


 
Nous ne commencerons donc cette étude qu'en 1682, année où Louis XIV, 
 


 
quittant Saint-Germain, son séjour habituel, s'établit définitivement dans sa 
 


 
résidence de prédilection. 
 


 
Pendant plus d'un siècle,-de 1682 à 1789,-combien de curieuses figures 
 


 
apparaîtront sur cette scène radieuse ! Que de vicissitudes dans leurs 
 


 
destinées ! que de singularités et de contrastes dans leurs caractères ! C'est 
 


 
la bonne reine Marie-Thérèse, douce, vertueuse, résignée, se faisant aimer 
 


 
et respecter de tous les honnêtes gens. C'est l'orgueilleuse sultane, la 
 


 
femme à l'esprit étincelant, moqueur, acéré, l'altière, l'omnipotente 
 


 
marquise de Montespan. 
 


 
 
 


 
C'est la femme dont le caractère est une énigme et la vie un roman, qui a 
 


 
connu tour à tour toutes les extrémités de la mauvaise et de la bonne 
 


 
fortune, et qui, avec plus de rectitude que d'effusion, avec plus de justesse 
 


 
que de grandeur, a eu du moins le mérite de réformer la vie d'un homme 
 


 
dont les passions avaient été divinisées : Mme de Maintenon. C'est la 
 


 
princesse Palatine, la femme de Monsieur, frère du roi, la mère du futur 
 


 
Régent, Allemande enragée, invectivant sa nouvelle patrie, représentant, à 
 


 
côté de l'apothéose, la satire, exhalant dans ses lettres les colères d'un 
 


 
Alceste en jupon, rustique, mais spirituelle, plus impitoyable, plus 
 


 
caustique, plus passionnée que Saint-Simon lui-même ; femme étrange, au 
 


 
style brusque, impétueux, au style qui, comme le dit Sainte-Beuve, a de la 
 


 
barbe au menton, et de qui l'on ne sait trop, quand on le traduit de 
 


 
l'allemand en français, s'il tient de Rabelais ou de Luther. 
 


 
 
 


 
C'est la duchesse de Bourgogne, la sylphide, la sirène, l'enchanteresse du 
 


 
vieux roi ; la duchesse de Bourgogne, dont la mort précoce fut le signal de 
 


 
l'agonie d'une cour naguère si éblouissante. 
 


 
Sous Louis XV, c'est la vertueuse, la sympathique Marie Leczinska, le 
 


 
modèle du devoir, qui joue auprès de Louis XV le même rôle respecté, 
 


 
mais effacé que Marie-Thérèse auprès de Louis XIV. C'est l'intrigante, la 
 


 
femme-ministre, la marquise de Pompadour, vraie magicienne, habituée à 
 


 
tous les enchantements, à toutes les féeries du luxe et de l'élégance, mais 
 


 
qui restera toujours une parvenue faite pour l'Opéra plutôt que pour la 
 


 
cour. 
 


 
Ce sont les six filles de Louis XV, types de piété filiale et de vertu 
 


 
chrétienne : Madame Infante, si tendre pour son père ; Madame Henriette, 
 


 
sa soeur jumelle, morte de chagrin à vingt-quatre ans pour ne s'être pas 
 


 
mariée suivant son coeur ; Madame Adélaïde et Madame Victoire, 
 


 
inséparables dans l'adversité comme dans les beaux jours ; Madame 
 


 
Sophie, douce et timide ; Madame Louise, successivement amazone et 
 


 
carmélite, qui, dans le délire de l'agonie, s'écriait : «Au paradis, vite, vite ! 
 


 
au paradis, au grand galop !» 
 


 
 
 


 
C'est Mme Dubarry, déguisée en comtesse et destinée par l'ironie du sort à 
 


 
ébranler les bases du trône de saint Louis, de Henri IV, de Louis XIV. Puis 
 


 
après le scandale, sous le règne qui est l'heure de l'expiation, c'est Madame 
 


 
Élisabeth, nature angélique et essentiellement française, montrant, au 
 


 
milieu des plus horribles catastrophes, non seulement du courage, mais de 
 


 
la gaieté ; c'est la princesse de Lamballe, gracieuse et touchante héroïne de 
 


 
l'amitié ; c'est Marie-Antoinette, dont le nom seul est plus pathétique que 
 


 
tous les commentaires. 
 


 
Dans la carrière de ces femmes, que d'enseignements historiques, et aussi 
 


 
que de leçons de psychologie et de morale ! Qui ferait mieux connaître la 
 


 
cour, «ce pays où les joies sont visibles mais fausses, et les chagrins cachés 
 


 
mais réels ;» la cour, «qui ne rend pas content et qui empêche qu'on ne le 
 


 
soit ailleurs [La Bruyère, De la Cour.] !» 
 


 
Les femmes de Versailles ne nous disent-elles pas toutes : «La condition la 
 


 
plus heureuse en apparence a ses amertumes secrètes qui en corrompent 
 


 
toute la félicité. 
 


 
Le trône est le siège des chagrins, comme la dernière place ; les palais 
 


 
superbes cachent des soucis cruels, comme le toit du pauvre et du 
 


 
laboureur, et, de peur que notre exil ne nous devienne trop aimable, nous y 
 


 
sentons toujours par mille endroits qu'il manque quelque chose à notre 
 


 
bonheur [Massillon, Sermon sur les afflictions.].» 
 


 
 
 


 
Un portrait de Mignard représente la duchesse de La Vallière avec ses 
 


 
enfants : Mlle de Blois et le comte de Vermandois. Elle est pensive et tient 
 


 
à la main un chalumeau, à l'extrémité duquel flotte une bulle de savon avec 
 


 
ces mots : Sic transit gloria mundi, «Ainsi passe la gloire du monde.» Ne 
 


 
pourrait-ce pas être la devise de toutes les héroïnes de Versailles ? 
 


 
Combien auraient pu dire comme Mme de Sévigné, riche aussi, honorée, 
 


 
adulée, heureuse en apparence : «Je trouve la mort si terrible, que je hais 
 


 
plus la vie parce qu'elle m'y mène que par les épines dont elle est semée. 
 


 
Vous me direz que je veux donc vivre éternellement ? Point du tout ; mais 
 


 
si on m'avait demandé mon avis, j'aurais bien mieux aimé mourir entre les 
 


 
bras de ma nourrice ; cela m'aurait ôté bien des ennuis, et m'aurait donné le 
 


 
ciel bien sûrement et bien aisément [Mme de Sévigné, lettre du 16 mars 
 


 
1672.].» 
 


 
La princesse Palatine, Madame, femme du frère de Louis XIV, écrivait à 
 


 
propos de la mort de la reine d'Espagne : «J'entends et je vois tous les jours 
 


 
tant de vilaines choses, que tout cela me dégoûte de la vie. Vous aviez bien 
 


 
raison de dire que la bonne reine est maintenant plus heureuse que nous, et 
 


 
si quelqu'un voulait me rendre, comme à elle et à sa mère, le service de 
 


 
m'envoyer en vingt-quatre heures de ce monde dans l'autre, je ne lui en 
 


 
saurais certes pas mauvais gré. [Lettres de la princesse Palatine, 20 mars 
 


 
1689.]» 
 


 
 
 


 
Mème avant l'heure des grandes humiliations où il faudra descendre 
 


 
l'escalier de marbre de Versailles pour ne plus le remonter, Mme de 
 


 
Montespan cachait dans «son triomphe extérieur un fond de tristesse» 
 


 
[Mme de Sévigné, lettre du 31 juillet 1675.]. 
 


 
 
 


 
La rivale qui, contre toute attente, devait la supplanter, Mme de 
 


 
Maintenon, écrivait à Mme de La Maisonfort : «Que ne puis-je vous 
 


 
donner mon expérience ! que ne puis-je vous faire voir l'ennui qui dévore 
 


 
les grands et la peine qu'ils ont à remplir leurs journées ! Ne voyez-vous 
 


 
pas que je meurs de tristesse dans une fortune qu'on aurait eu peine à 
 


 
imaginer ? J'ai été jeune et jolie ; j'ai goûté les plaisirs ; j'ai passé des 
 


 
années dans le commerce de l'esprit ; je suis venue à la faveur, et je vous 
 


 
proteste, ma chère fille, que tous les états laissent un vide affreux.» 
 


 
C'est encore Mme de Maintenon qui disait à son frère, le comte 
 


 
d'Aubigné : 
 


 
«Je n'y puis plus tenir, je voudrais être morte.» 
 


 
C'est elle qui, résumant les phases de sa carrière si surprenante, écrivait à 
 


 
Mme de Caylus, deux ans avant de mourir : «On rachète bien les plaisirs et 
 


 
l'enivrement de la jeunesse. Je trouve, en repassant ma vie, que, depuis 
 


 
l'âge de trente-deux ans, qui fut le commencement de ma fortune, je n'ai 
 


 
pas été un moment sans peine, et qu'elles ont toujours augmenté [Lettres de 
 


 
Mme de Maintenon à Mme de Caylus, 19 avril 1717.].» 
 


 
Les femmes du règne de Louis XV ne fournissent pas moins de sujets aux 
 


 
réflexions philosophiques. Pendant que leur char de triomphe s'avance au 
 


 
milieu d'une foule de flatteurs, leur conscience leur souffle à l'oreille de 
 


 
cruelles paroles. 
 


 
Semblables à des actrices qui ont devant elles un public fantasque et 
 


 
versatile, elles craignent toujours que les applaudissements ne se changent 
 


 
en huées, et c'est avec un fond de terreur que, malgré leur aplomb apparent, 
 


 
elles continuent à jouer leur triste rôle. 
 


 
 
 


 
Les favorites des rois ne semblent-elles pas se réunir toutes pour s'écrier 
 


 
avec saint Augustin : «O mon Dieu ! vous l'avez ordonné, et la chose ne 
 


 
manque jamais d'arriver, que toute âme qui est dans le désordre soit à 
 


 
elle-même son supplice. Si l'on y goûte certains moments de félicité, c'est 
 


 
une ivresse qui ne dure pas. Le ver de la conscience n'est pas mort ; il n'est 
 


 
qu'assoupi. La raison aliénée revient bientôt, et avec elle reviennent les 
 


 
troubles amers, les pensées noires et les cruelles inquiétudes [Massillon, 
 


 
Panégyrique de sainte Madeleine.].» 
 


 
La jeune duchesse de Châteauroux, qui passe du matin au soir «comme 
 


 
l'herbe des champs», résume dans sa courte carrière toutes les misères et 
 


 
toutes 1es déceptions de la vanité. A l'apogée de sa faveur, Mme de 
 


 
Pompadour est plongée dans la mélancolie. Sa femme de chambre, Mme 
 


 
du Hausset, confidente de ses perpétuels soucis, lui dit avec une 
 


 
commisération sincère : 
 


 
«Je vous plains, madame, tandis que tout le monde vous envie.» 
 


 
Et la marquise, blasée de faux plaisirs, tourmentée par de vraies 
 


 
souffrances, prononce cette parole si amère : 
 


 
«La sorcière a dit que j'aurais le temps de me reconnaître avant de mourir. 
 


 
Je le crois, car je ne périrai que de chagrin.» 
 


 
A peine descendue dans la tombe, la pauvre morte est oubliée de tous. La 
 


 
reine elle-même en fait la remarque, lorsqu'elle écrit au président Hénault : 
 


 
«Il n'est non plus question ici de ce qui n'est plus, que si elle n'eût jamais 
 


 
existé. Voilà le monde ; c'est bien la peine de l'aimer.» 
 


 
 
 


 
Les destinées des héroïnes de Versailles ne sont pas seulement 
 


 
intéressantes au point de vue moral ; elles ont, sous le rapport de l'histoire, 
 


 
une importance, pour ainsi dire, symbolique. Certaines de ces femmes 
 


 
résument, en effet, toute une société, personnifient toute une époque. Mme 
 


 
de Montespan, la beauté superbe, la grande dame fière de sa naissance, de 
 


 
son esprit, de ses richesses, de sa magnificence, la femme qui, par ses 
 


 
terribles railleries, se fait craindre autant qu'admirer, à ce point que les 
 


 
courtisans disent ne pas oser passer sous ses fenêtres, parce que c'est passer 
 


 
par les armes ; la fastueuse Mme de Montespan, que les anciens auraient 
 


 
représentée en Cybèle portant Versailles sur son front, n'est-elle pas 
 


 
comme une incarnation de cette France altière et triomphante de l'apogée 
 


 
du règne de Louis XIV, de cette France qui ressuscite les pompes du 
 


 
paganisme et enveloppe dans des nuages d'encens le souverain radieux 
 


 
dont elle est idolâtre ? Mais l'orgueil de la favorite sera châtié, et, pour elle 
 


 
de même que pour le roi, les humiliations succéderont aux triomphes. 
 


 
Les rayons du soleil n'ont plus la même splendeur, l'astre-roi qui décline a 
 


 
perdu l'ardeur de ses feux : Mme de Maintenon apparaît. Avec sa nature et 
 


 
son style tempérés, son respect pour les convenances et pour la règle, sa 
 


 
piété mêlée d'un peu d'ostentation, elle est le symbole vivant de la nouvelle 
 


 
cour. 
 


 
 
 


 
Après Louis XIV, la Régence ; avec la Régence, le scandale. La duchesse 
 


 
de Berry [Marie-Louise-Élisabeth d'Orléans, fille du Régent, épousa en 
 


 
1710 le duc de Berry, petit-fils de Louis XIV, et devint veuve dès 1714 ; 
 


 
elle mourut en 1719, à l'âge de vingt-quatre ans.], si fantasque, si 
 


 
capricieuse, si passionnée, n'est-elle pas l'image de cette époque ? 
 


 
Avec Louis XV, il y a comme une diminution graduelle de prestige et de 
 


 
dignité, dont la duchesse de Châteauroux, la marquise de Pompadour, 
 


 
Mme Dubarry, sont en quelque sorte les symboles vivants. Et cependant, 
 


 
même alors, il y a encore çà et là des moeurs patriarcales, des sentiments 
 


 
vraiment chrétiens, des caractères qui honorent la nature humaine. La reine 
 


 
Marie Leczinska en est la personnification ; elle et ses filles conservent à la 
 


 
cour les dernières traditions des convenances. Enfin vient 
 


 
Marie-Antoinette, la femme qui représente, dans la plus saisissante et la 
 


 
plus tragique de toutes les destinées, non seulement la majesté et les 
 


 
douleurs de la monarchie, mais toutes les grâces et toutes les angoisses, 
 


 
toutes les joies et toutes les souffrances de son sexe. 
 


 
Trop souvent, en étudiant l'histoire, on y rencontre le scandale ; mais on y 
 


 
trouve aussi un enseignement. Ce ne sont pas surtout les femmes 
 


 
vertueuses qui s'écrient : «Vanité, tout est vanité.» Ce sont les coupables 
 


 
qui sortent de leurs tombes et, se frappant la poitrine, font amende 
 


 
honorable devant la postérité. 
 


 
Ces beautés, qui jettent un éclat passager sur la scène du monde, 
 


 
s'évanouissent comme des ombres ; semblables à l'herbe des champs, elles 
 


 
passent du matin au soir, et l'histoire, instruite par leur exemple, devient 
 


 
une sorte de morale en action. 
 


 
 
 


 
Le présent volume est consacré aux femmes de la cour de Louis XIV. Si la 
 


 
jeunesse, à laquelle nous dédions cette édition spéciale, y trouve quelque 
 


 
intérêt, il sera suivi de plusieurs autres. 
 


 
LA COUR DE LOUIS XIVI - LE CHÂTEAU DE VERSAILLES 
 


 
Avant de rappeler le rôle que les femmes de Versailles ont joué, il faut dire 
 


 
quelques mots du théâtre sur lequel leurs destinées se sont accomplies et 
 


 
montrer par quelle transformation miraculeuse un endroit triste et sombre, 
 


 
plein de sables mouvants et de marécages, sans vue, sans eau, sans forêt, 
 


 
fut façonné, pour ainsi dire, à l'image du Grand Roi, et devint une 
 


 
merveille, objet de l'admiration du monde entier. Comme ces grands 
 


 
fleuves qui, à leur source, sont à peine un petit ruisseau, l'existence du 
 


 
palais destiné à tant de splendeur commença dans les proportions les plus 
 


 
modestes. 
 


 
C'est en 1624 que Louis XIII fit bâtir à Versailles un rendez-vous de 
 


 
chasse sur une éminence où il y avait auparavant un moulin à vent. En 
 


 
1627, dans une assemblée de notables tenue aux Tuileries, Bassompierre 
 


 
reprochait au roi de ne pas achever les bâtiments de la couronne, et il disait 
 


 
à ce propos : 
 


 
«L'inclination de Sa Majesté n'est point portée à bâtir ; les finances de la 
 


 
chambre ne seront point épuisées par ses somptueux édifices, si ce n'est 
 


 
qu'on veuille lui reprocher le chétif château de Versailles, de la 
 


 
construction duquel un simple gentilhomme ne voudrait pas prendre vanité 
 


 
[Voir, sur les origines du palais, le curieux et savant ouvrage publié par M. 
 


 
Le Roi sous ce titre : Louis XIII et Versailles.].» 
 


 
 
 


 
En 1651, huit ans après la mort de son père, Louis XIV, alors dans sa 
 


 
treizième année, vint pour la première fois à Versailles. Il s'attacha dès lors 
 


 
à ce séjour, et quelques années plus tard il le choisit pour y donner des 
 


 
fêtes magnifiques. Au mois de mai 1664, il y fit célébrer les Plaisirs de l'île 
 


 
enchantée, divertissements empruntés au poème de l'Arioste, à l'exécution 
 


 
desquels concoururent Benserade et le président de Périgny pour les récits 
 


 
en vers, Molière et sa troupe pour la comédie, Lulli pour la musique et les 
 


 
ballets, le machiniste italien Vigarani pour les décors, les illuminations et 
 


 
les feux d'artifice. 
 


 
 
 


 
Le 7 mai, première journée des fêtes, il y eut une course de bagues en 
 


 
présence des deux reines [Anne d'Autriche et Marie-Thérèse.], dans un 
 


 
cirque de verdure élevé à l'entrée de ce qu'on nomme aujourd'hui le tapis 
 


 
vert. 
 


 
Le jeune Louis XIV, vêtu d'un costume où tous les diamants de la 
 


 
couronne resplendissaient, représentait le paladin Roger dans l'île d'Alcine. 
 


 
Après le tournoi, dont il fut le vainqueur, Flore et Apollon arrivèrent, pour 
 


 
le féliciter, sur des chars que traînaient les nymphes, les satyres, les 
 


 
dryades. Au banquet, le Temps, les Heures, les Saisons, servirent les 
 


 
convives, abrités, sous des bosquets de lilas, de muguets et de roses. Le 
 


 
lendemain, 8 mai, on représenta, sur un théâtre élevé au milieu de la même 
 


 
allée, la Princesse d'Élide, pièce dans laquelle Molière jouait les rôles de 
 


 
Lyciscas et de Moron. Le 9, ballet dans le palais d'Alcide, avec feu 
 


 
d'artifice qui en simulait l'embrasement ; le 10, course de têtes dans les 
 


 
fossés du château ; le 11, représentation des Fâcheux, de Molière ; le 12, 
 


 
loterie où se trouvaient des ameublements, des pièces d'argenterie, des 
 


 
pierres précieuses, et, le soir, le Tartuffe ; le 13, le Mariage forcé ; le 14, 
 


 
départ du roi et de la cour pour Fontainebleau. 
 


 
Versailles n'était pas encore la résidence royale ; mais Louis XIV venait de 
 


 
temps en temps y passer quelques jours, parfois quelques semaines, surtout 
 


 
quand il voulait éblouir les yeux et fasciner les imaginations par l'éclat de 
 


 
ces fêtes pompeuses qui ressemblaient à des apothéoses. 
 


 
Le 14 septembre 1665, il y eut à Versailles une grande chasse, où la reine, 
 


 
Madame Henriette d'Angleterre, Mlle de Montpensier, Mlle d'Alençon, 
 


 
chassèrent en costume d'amazones ; et, au mois de février 1667, un 
 


 
carrousel qui recula les bornes de la magnificence. 
 


 
La Gazette a soin de nous décrire le cortège des dames de la cour, «toutes 
 


 
admirablement équipées et sur des chevaux choisis, conduites par 
 


 
Madame, avec une veste des plus superbes, et sur un cheval blanc houssé 
 


 
de brocart, semé de perles et de pierreries.» Après l'escadron féminin 
 


 
apparaissait le Roi-Soleil, «ne se faisant pas moins connaître à cette haute 
 


 
mine qui lui est particulière qu'à son riche vêtement à la hongroise, couvert 
 


 
d'or et de pierres précieuses, avec un casque ondoyé de plumes, et à la 
 


 
fierté de son cheval, qui semblait plus superbe de porter un si grand 
 


 
monarque que de la magnificence de son caparaçon et de sa housse 
 


 
pareillement couverte de pierreries [ Gazette de 1667.].» Venaient ensuite : 
 


 
Monsieur, frère du roi, en costume de Turc, puis le duc d'Engien, habillé 
 


 
en Indien, puis les autres seigneurs, qui formaient dix quadrilles. 
 


 
Le 10 juillet 1668, nouvelles réjouissances : dans la journée, représentation 
 


 
des Fêtes de l'Amour et de Bacchus, paroles de Quinault, musique de Lulli, 
 


 
et de Georges Dandin, joué par Molière et par sa troupe ; le soir, festin et 
 


 
bal ; à 2 heures du matin, illuminations. 
 


 
Le pourtour du parterre de Latone, la grande allée, la terrasse et la façade 
 


 
du palais étaient décorés de statues, de vases, de candélabres éclairés d'une 
 


 
manière ingénieuse, qui les faisait paraître comme enflammés à l'intérieur. 
 


 
Les fusées des feux d'artifice se croisaient au-dessus du château, et, lorsque 
 


 
toutes ces lumières s'éteignaient, dit Félibien en terminant le récit de la 
 


 
fête, on s'aperçut que le jour, «jaloux des avantages d'une belle nuit,» 
 


 
commençait à poindre. 
 


 
 
 


 
Le 17 septembre 1672, la troupe du roi représentait les Femmes savantes 
 


 
de Molière, qui furent, dit la Gazette, «admirées d'un chacun.» Du 8 février 
 


 
au 19 avril 1674, Bourdalouc prêchait le carême à Versailles ; le 11 juillet, 
 


 
on y jouait le Malade imaginaire de Molière, mort l'année précédente ; au 
 


 
mois d'août, il y avait une série de grandes fêtes. Félibien fait une 
 


 
description saisissante de la nuit du 31 août 1674, où l'on vit tout à coup, 
 


 
sous un ciel sans étoiles et du noir le plus sombre, un ruissellement inouï 
 


 
de lumières. Tous les parterres étincelaient. La grande terrasse qui est 
 


 
devant le château était bordée d'un double rang de feux espacés à deux 
 


 
pieds l'un de l'autre. Les rampes et les degrés du fer à cheval, tous les 
 


 
massifs, toutes les fontaines, tous les bassins resplendissaient de mille 
 


 
flammes. De l'Italie était venu cet art pyrotechnique, ce mélange de feux, 
 


 
de fleurs et d'eau, qui faisait ressembler le parc au jardin d'Armide. Les 
 


 
rives du grand canal étaient ornées de statues et de décorations 
 


 
d'architecture, derrière lesquelles on avait disposé un nombre infini de 
 


 
lumières qui les faisaient paraître transparentes. Le roi, la reine et toute la 
 


 
cour étaient sur des gondoles richement ornées. 
 


 
Des bateaux remplis de musiciens les suivaient, et l'écho répétait les sons 
 


 
d'une harmonie magique. 
 


 
 
 


 
A partir de l'année suivante, de grands travaux, commencés par Levau et 
 


 
Dorbay, continués par Jules Hardouin Mansart, furent entrepris à 
 


 
Versailles, où Louis XIV voulait fixer sa résidence définitive. Quels motifs 
 


 
le déterminaient à renoncer à ce château de Saint-Germain où il était né, à 
 


 
ce château si admirablement situé, d'où l'on découvre un si beau fleuve, un 
 


 
si vaste et si magnifique horizon ? Rien ne manque à Saint-Germain, ni les 
 


 
arbres, ni l'eau, ni la vue. L'air y est vif et salubre, et, du haut de la terrasse 
 


 
adossée à la forêt, on contemple un des panoramas les plus variés et les 
 


 
plus majestueux du globe. 
 


 
Si Louis XIV avait dépensé pour embellir et agrandir le vieux 
 


 
château,-celui qui existe encore,-et le château neuf,-celui qui était situé en 
 


 
face de la Seine et qui fut détruit sous Louis XVI,-la moitié des sommes 
 


 
dépensées pour Versailles, quel incomparable palais, quelles merveilles 
 


 
aurait-on admirés ! Que n'aurait-on pas pu faire du château neuf de 
 


 
Saint-Germain,-il n'en reste aujourd'hui que le pavillon Henri IV,-de ce 
 


 
château si élégant, dont les escaliers paraissaient de loin comme des 
 


 
arabesques en relief incrustées sur le flanc de la colline, et dont les cinq 
 


 
terrasses successives, ornées de bosquets, de bassins, de parterres de fleurs, 
 


 
descendaient jusqu'à la Seine ? Comment préférer à une telle résidence, à 
 


 
un tel paysage, un manoir obscur sans perspective, entouré d'étangs 
 


 
fangeux, sur un terrain où, au lieu d'être favorisé par la nature, il fallait la 
 


 
tyranniser, la dompter à force d'art et d'argent ? 
 


 
 
 


 
Était-ce, comme on l'a dit, la vue lointaine du clocher de Saint-Denis, 
 


 
dernier terme de la grandeur royale, qui rendait Saint-Germain 
 


 
antipathique à Louis XIV ? Ce clocher, qui semblait lui dire à l'horizon : 
 


 
Memento homo quia pulvis es et in pulverem reverteris, contrariait-il 
 


 
l'ivresse de vie et de toute-puissance qui débordait en lui ? 
 


 
 
 


 
Cette pensée pusillanime nous semble indigne du Grand Roi. Nous 
 


 
inclinons plutôt à croire que ce qui éloignait Louis XIV de Saint-Germain, 
 


 
c'était le souvenir du temps où, chassé de Paris par les troubles de la 
 


 
Fronde, il fut transporté nuitamment dans le vieux château. Sans doute il 
 


 
n'aimait pas voir, de sa fenêtre, cette capitale qui avait insulté son enfance. 
 


 
S'arracher à un souvenir importun, effacer complètement, même dans la 
 


 
pensée, les derniers vestiges des actes de rébellion contre l'autorité royale, 
 


 
choisir une résidence qui n'était rien pour en faire le plus radieux des 
 


 
palais, se complaire dans cette transformation comme dans le triomphe de 
 


 
la puissance, de l'orgueil, de la force de volonté, tout créer soi-même : 
 


 
architecture, jardins, fontaines, horizon, contraindre la nature à plier sous 
 


 
le joug et à s'avouer vaincue, comme la révolution : tel fut le rêve de Louis 
 


 
XIV, et ce rêve il le réalisa. 
 


 
De 1675 à 1682, les travaux de Versailles se poursuivirent avec une 
 


 
étonnante activité. On acheva les grands appartements du roi et l'escalier 
 


 
dit des Ambassadeurs. On construisit la galerie des Glaces, à l'endroit où 
 


 
une terrasse occupait le milieu de la façade, du côté des jardins. On ajouta 
 


 
au château l'aile du midi, dite aile des Princes. On termina, à droite et à 
 


 
gauche, les bâtiments qui bordent la première cour avant le château, et 
 


 
qu'on désigne sous le nom d'ailes des Ministres. 
 


 
On éleva la grande et la petite écurie. 
 


 
 
 


 
Enfin, en 1681, on transporta la chapelle sur l'emplacement actuel du salon 
 


 
d'Hercule et du vestibule qui se trouve au-dessous. Le 30 avril 1682, 
 


 
l'archevêque de Paris, François de Harlay, bénit la nouvelle chapelle, et, le 
 


 
6 mai suivant, Louis XIV s'installa définitivement à Versailles [Si l'on veut 
 


 
se rendre compte des agrandissements de Versailles, on n'a qu'à regarder le 
 


 
tableau de Van der Meulen, qui est dans l'antichambre du roi (salle N° 121 
 


 
de la Notice du Musée, par M. Soulié). Ce tableau, qui porte le N° 2145, 
 


 
représente Versailles tel qu'il était avant les travaux ordonnés par Louis 
 


 
XIV.]. 
 


 
Le roi s'établit au centre même du palais. Le salon dit oeil-de-Boeuf [Salle 
 


 
N° 123 de la Notice du Musée.] était alors divisé en deux pièces : la 
 


 
chambre des Bassans, ainsi nommée parce qu'elle contenait plusieurs 
 


 
tableaux de ce maître,-c'est là qu'attendaient les princes et seigneurs admis 
 


 
au lever du souverain,-et l'ancienne chambre de Louis XIII, où Louis XIV 
 


 
coucha de 1682 à 1701. A côté de cette chambre était le grand cabinet, où 
 


 
se faisaient les cérémonies du lever et du coucher, où le roi donnait 
 


 
audience au nonce et aux ambassadeurs, où il recevait le serment des 
 


 
grands officiers de sa maison [Salle N° 124 de la Notice. Cette pièce devint 
 


 
la chambre à coucher de Louis XIV, et c'est là qu'il mourut.]. La salle 
 


 
suivante [Salle du Conseil (N° 125 de la Notice).] était alors séparée en 
 


 
deux. La partie la plus rapprochée de la chambre du roi se nommait le 
 


 
cabinet du Conseil,-c'est là que Louis XIV prit avec ses ministres les plus 
 


 
grandes décisions de son règne ;-l'autre se nommait le cabinet des Termes 
 


 
ou des Perruques. 
 


 
 
 


 
La reine et le dauphin eurent leur logement, l'une au premier étage, l'autre 
 


 
au rez-de-chaussée, dans la portion méridionale de l'ancien château de 
 


 
Louis XIII, celle qui domine l'orangerie et la pièce d'eau des Suisses. Les 
 


 
appartements de la reine aboutissaient, par le salon de la Paix, à la galerie 
 


 
des Glaces, le chef-d'oeuvre du nouveau Versailles. A l'autre extrémité de 
 


 
la galerie commençaient, avec le salon de la Guerre, les salles désignées 
 


 
sous le nom de grands appartements du roi, pièces d'apparat et de 
 


 
réception, portant des noms mythologiques : salle d'Apollon, de Mercure, 
 


 
de Mars, de Diane, de Vénus. 
 


 
 
 


 
Le gouverneur du palais et le confesseur du roi logèrent dans l'aile du nord, 
 


 
celle qu'a depuis reconstruite l'architecte Gabriel. Au-delà de 
 


 
l'emplacement où est la chapelle actuelle, on plaça les princes de Condé et 
 


 
de Conti, le gouverneur des enfants de France et un bon nombre de grands 
 


 
officiers et de chapelains. Dans la grande salle du midi, les enfants de 
 


 
France et la famille d'Orléans habitèrent en face des jardins. Enfin, les 
 


 
secrétaires d'État, ministres de la maison du roi, des affaires étrangères, de 
 


 
la guerre, de la marine, s'installèrent dans les deux corps de bâtiment 
 


 
devant lesquels s'élèvent aujourd'hui les statues d'hommes célèbres. 
 


 
L'ensemble de ces immenses constructions, subdivisées à l'infini dans 
 


 
l'intérieur, servait d'habitation à plusieurs milliers d'individus. 
 


 
Versailles était achevé. A part très peu de modifications, il offrait l'aspect 
 


 
qu'il présente aujourd'hui. Du côté de la ville, le monument, quoique 
 


 
grandiose, est disparate. 
 


 
Son architecture composite, le contraste qui se fait remarquer entre la 
 


 
brique et la pierre, entre le château primitif et ses immenses 
 


 
accroissements, a quelque chose qui étonne. De l'autre côté, celui du parc, 
 


 
tout, au contraire, est majestueux, régulier, empreint d'une harmonie 
 


 
parfaite. Cette façade ou, pour mieux dire, ces trois façades, ayant 
 


 
ensemble trois cent soixante-quinze ouvertures sur le jardin ; ce corps de 
 


 
bâtiment où habite le maître, et qui fait saillie au milieu d'une longue ligne 
 


 
droite ; ces ailes qui semblent se reculer, comme pour garder une 
 


 
respectueuse distance ; ces bosquets façonnés en murailles de verdure, ces 
 


 
bassins encadrés dans des marbres précieux, dépendant du palais, dont ils 
 


 
sont le complément, tout cela frappe l'esprit et les yeux d'un véritable 
 


 
saisissement. 
 


 
 
 


 
Jamais peut-être la splendeur d'un palais ne s'est mieux identifiée avec la 
 


 
grandeur d'un homme. 
 


 
L'idole est digne du temple, le temple digne de l'idole. Il y a toujours dans 
 


 
les monuments quelque chose d'immatériel, de moral, pour ainsi dire, et ils 
 


 
empruntent leur poésie à la pensée qui s'y rattache. C'est, pour une 
 


 
cathédrale, l'idée de Dieu. C'est, pour Versailles, l'idée du Roi. La 
 


 
mythologie, comme on en a fait la juste remarque, n'est plus qu'une 
 


 
allégorie magnifique dont Louis XIV est la réalité. C'est lui partout, lui 
 


 
toujours. Les héros, les divinités de la fable, ne font que lui prêter leurs 
 


 
attributs ou se mêler à ses courtisans. 
 


 
En son honneur, Neptune fait jaillir de toutes parts les eaux qui se croisent 
 


 
dans les airs en voûtes étincelantes. Apollon, son symbole favori, préside à 
 


 
ce monde enchanté, comme le dieu de la lumière, l'inspirateur des Muses ; 
 


 
le soleil du dieu paraît s'humilier devant celui du roi : Nec pluribus impar. 
 


 
La nature et l'art s'unissent pour célébrer par un hosanna perpétuel la gloire 
 


 
du souverain. 
 


 
 
 


 
II - LOUIS XIV ET SA COUR EN 1682 
 


 
Lorsque Louis XIV établit définitivement sa résidence à Versailles, en 
 


 
1682, les principales femmes de la cour qui s'y installèrent avec lui 
 


 
étaient : la reine, âgée comme lui de quarante-quatre ans, née en 1638, 
 


 
mariée en 1660 ;-la dauphine, princesse bavaroise, née en 1660, mariée en 
 


 
1680, ayant une mauvaise santé, un caractère doux et mélancolique ;-la 
 


 
duchesse d'Orléans, désignée tantôt sous le nom de Madame, tantôt sous 
 


 
celui de princesse Palatine, née en 1652, mariée en 1671 à Monsieur, frère 
 


 
du roi, Allemande ne pouvant s'habituer à sa nouvelle patrie ;-la princesse 
 


 
de Conti, née en 1666, mariée en 1681 au prince Armand de Conti, neveu 
 


 
du grand Condé, jeune femme d'une grâce et d'une beauté 
 


 
exceptionnelles ;-Mlle de Nantes, née en 1673 ; Mlle de Blois, née en 
 


 
1677, qui devaient épouser quelques années plus tard, l'une le duc de 
 


 
Bourbon, l'autre le duc de Chartres (le futur Régent) ;-Mme de Montespan, 
 


 
leur mère, alors âgée de quarante et un ans, arrivée au terme de sa 
 


 
puissance, mais demeurant encore à la cour, en sa qualité de dame du 
 


 
palais de la reine ;-enfin Mme de Maintenon, déjà très influente sous des 
 


 
dehors modestes, belle encore malgré ses quarante-sept ans, en aussi bons 
 


 
termes avec la reine qu'avec le roi, et récompensée, depuis 1680, des soins 
 


 
qu'elle avait donnés, comme gouvernante, aux enfants de Mme de 
 


 
Montespan, par une place, créée pour elle, qui ne l'astreignait à aucun 
 


 
service assujettissant et la fixait à la cour dans une position honorable : 
 


 
La place de seconde dame d'atours de la dauphine. 
 


 
 
 


 
On ne peut comprendre le rôle des femmes de Versailles qu'en étudiant 
 


 
d'abord le souverain qui fut l'âme de ce palais, et qui marqua de sa forte 
 


 
empreinte, non seulement son royaume, mais encore l'Europe tout entière. 
 


 
Jamais monarque n'exerça un pareil prestige personnel, et tout ce qui 
 


 
brillait autour de lui n'était qu'un pâle reflet de cette éblouissante lumière. 
 


 
La vie de Louis XIV gagne, quoi qu'on en dise, à être examinée de près. 
 


 
Défauts et qualités, tout fut grand dans ce type accompli de la monarchie 
 


 
absolue, de la royauté de droit divin. Louis XIV n'était pas seulement 
 


 
majestueux, il était aussi agréable. Les membres de sa famille, ses 
 


 
ministres, les personnes de son entourage, ses domestiques, l'aimaient. 
 


 
Ce souverain, intimidant à ce point qu'il fallait, au dire de Saint-Simon, 
 


 
commencer par s'accoutumer à le voir, si, en lui parlant, on ne voulait 
 


 
s'exposer à demeurer court, était pourtant plein de bienveillance et 
 


 
d'affabilité. «Jamais homme si naturellement poli, ni d'une politesse si fort 
 


 
mesurée, ni qui distinguât mieux l'âge, le mérite, le rang... Jamais il ne lui 
 


 
échappa de dire rien de désobligeant à personne [Saint-Simon, 
 


 
Mémoires.].» 
 


 
La princesse Palatine, ordinairement si sévère, si caustique, rendait 
 


 
hommage à ses qualités d'homme privé autant qu'à ses qualités de 
 


 
souverain. «Quand le roi voulait, dit-elle dans sa correspondance, il était 
 


 
l'homme le plus agréable et le plus aimable du monde. Il plaisantait d'une 
 


 
manière comique et avec agrément... Quoiqu'il aimât la flatterie, il s'en 
 


 
moquait souvent lui-même... 
 


 
Il s'entendait parfaitement à contenter les gens, même en leur refusant leurs 
 


 
demandes ; il avait les manières les plus affables, et parlait avec tant de 
 


 
politesse, qu'il leur touchait le coeur... Quand il s'agissait de son propre 
 


 
mouvement, il était toujours bon et généreux.» 
 


 
 
 


 
Ce souverain, qui a donné des marques d'un égoïsme cruel, avait cependant 
 


 
parfois d'exquises délicatesses de coeur. Mme de La Fayette, bon juge en 
 


 
matière de sentiment, le constate aussi dans ses Mémoires : «Le roi, qui a 
 


 
l'âme bonne, a une tendresse extraordinaire, surtout pour les femmes.» 
 


 
Avec son incontestable beauté de taille et de visage, sa douceur 
 


 
majestueuse, le son de sa voix pénétrante ; avec cette courtoisie 
 


 
chevaleresque, cette politesse exquise envers les femmes de tout rang, cette 
 


 
suprême élégance de manières et de langage, il aurait eu même, comme 
 


 
simple particulier, le don de se faire distinguer entre tous, «comme le roi 
 


 
des abeilles [Saint-Simon, Mémoires.].» 
 


 
C'était un suprême artiste, qui jouait avec aisance et conviction son rôle de 
 


 
roi ; c'était aussi un poète, qui aurait dit volontiers avec Alfred de Musset : 
 


 
Être admiré n'est rien, l'affaire est d'être aimé. 
 


 
Poète en action, dont l'existence, faite pour frapper l'imagination de ses 
 


 
sujets, se déroulait comme une série non interrompue d'actes grandioses et 
 


 
merveilleux ; souverain épris de gloire et d'idéal, «qui se complaisait dans 
 


 
l'admiration des grandes batailles, des actes d'héroïsme et de courage, dans 
 


 
les appareils guerriers, dans les opérations du siège savamment combinées, 
 


 
dans les terribles mêlées de la guerre et au milieu des forêts, dans le 
 


 
bruyant tumulte des grandes chasses [Walckenaër, Mémoires sur Mme de 
 


 
Sévigné, t.V.].» 
 


 
 
 


 
Louis XIV, sur son lit de mort, s'accusait d'avoir trop aimé la guerre ; il 
 


 
pouvait encore s'adresser beaucoup d'autres reproches sur sa vie passée, 
 


 
mais on se tromperait en croyant que le plaisir y avait occupé la première 
 


 
place. Pendant toute la durée de son règne, il ne cessa jamais de travailler 
 


 
huit heures par jour. Il avait donc le droit d'écrire, dans les mémoires 
 


 
destinés à servir d'instruction à son fils, que, «pour un roi, ne pas travailler, 
 


 
c'est de l'ingratitude et de l'audace à l'égard de Dieu, de l'injustice et de la 
 


 
tyrannie à l'égard des hommes. Ces conditions, disait-il, qui pourront 
 


 
quelquefois vous sembler rudes et fâcheuses dans une si haute place, vous 
 


 
paraîtraient douces et aisées, s'il s'agissait d'y parvenir... Rien ne vous 
 


 
serait plus laborieux qu'une grande oisiveté, si vous aviez le malheur d'y 
 


 
tomber. Dégoûté premièrement des affaires, puis des plaisirs, vous seriez 
 


 
enfin dégoûté de l'oisiveté elle-même.» Le travail était pour le Grand Roi 
 


 
une source de satisfactions incessantes. «Avoir les yeux ouverts sur toute 
 


 
la terre, ajoutait-il, apprendre incessamment les nouvelles de toutes les 
 


 
provinces et de toutes les nations, le secret de toutes les cours, l'humeur et 
 


 
le faible de tous les princes et de tous les ministres étrangers, être informé 
 


 
d'un nombre infini de choses qu'on croit que nous ignorons, voir autour de 
 


 
nous-même ce qu'on nous cache avec le plus grand soin, découvrir les vues 
 


 
les plus éloignées de nos propres courtisans, je ne sais quel autre plaisir 
 


 
nous ne quitterions pas pour celui-là, si la seule curiosité nous le donnait.» 
 


 
Louis XIV essayait ensuite de prémunir le dauphin contre le danger des 
 


 
favoris et le danger plus grand encore des favorites. Lui-même se faisait 
 


 
certaines illusions à leur égard et se vantait à tort, dans ce mémoire, de 
 


 
n'avoir jamais été dominé par aucune d'elles. «Comme le prince devrait 
 


 
toujours être un parfait modèle de vertu, disait-il enfin, il serait bon qu'il se 
 


 
garantît des faiblesses communes au reste des hommes, d'autant qu'il est 
 


 
assuré qu'elles ne sauraient demeurer cachées.» 
 


 
 
 


 
On sait combien Louis XIV s'était écarté de ces sages et belles maximes ; 
 


 
mais 1682 est le commencement du repentir, l'année où le roi revient 
 


 
définitivement à la vertu, où il médite pratiquement sur les avantages de la 
 


 
règle et du devoir, même au point de vue humain. En outre, les paroles des 
 


 
grands sermonnaires retentissaient à son oreille plus puissamment que de 
 


 
coutume, et la voix de sa conscience dominait enfin celle des passions. 
 


 
Du fond du cloître où elle était enfermée depuis déjà huit ans, la duchesse 
 


 
de La Vallière, devenue soeur Louise de la Miséricorde, lui inspirait par 
 


 
l'exemple de sa pénitence de pieuses réflexions et de salutaires résolutions. 
 


 
Jamais, s'il faut en croire un judicieux critique [Walckenaër, Mémoires sur 
 


 
Mme de Sévigné, t.V.], elle ne fut plus présente à la pensée du roi ; jamais 
 


 
elle ne lui apparut sous des traits plus divins que depuis qu'elle avait 
 


 
abandonné la cour. Il lui accordait avec joie ce qu'elle demandait, non pas 
 


 
pour elle, mais pour des personnes de sa famille, et il était heureux 
 


 
d'apprendre que la reine et toute la cour donnaient à la sainte carmélite des 
 


 
marques d'intérêt et de vénération. 
 


 
C'est ainsi qu'au pied des autels soeur Louise de la Miséricorde demandait 
 


 
à Dieu et obtenait la conversion de Louis XIV. 
 


 
 
 


 
Quand on pense que dès l'âge de quarante-quatre ans, dans la plénitude de 
 


 
la force morale et physique, à l'apogée de sa gloire, ce monarque 
 


 
tout-puissant mit fin à tout scandale et mena jusqu'à sa mort une vie privée 
 


 
irréprochable au milieu de tant de séductions, on ne peut s'empêcher de 
 


 
rendre hommage à un pareil triomphe de la prière et du sentiment 
 


 
religieux. 
 


 
La conscience de la dignité royale, qu'on lui a reprochée comme exagérée, 
 


 
n'était pas chez lui un orgueil coupable et incompatible avec le respect de 
 


 
la Divinité. Croyant à l'autel et au trône, il avait foi d'abord en Dieu, puis 
 


 
en lui-même, oint du Seigneur. Son idéal, c'était le ciel, et, au-dessous du 
 


 
ciel, la royauté ;-la royauté représentant le droit de la force et la force du 
 


 
droit, la royauté majestueuse, tutélaire, répandant, comme le soleil, sur les 
 


 
pauvres et les riches, sur les petits et les grands, la splendeur et les 
 


 
bienfaits de ses rayons. Louis XIV se mesurait lui-même avec une haute 
 


 
justice. Autant il se trouvait grand devant les hommes, autant il se trouvait 
 


 
petit devant Dieu. Mieux qu'aucun autre, il aurait pu s'appliquer ce vers de 
 


 
Corneille : 
 


 
Pour être plus qu'un roi, te crois-tu quelque chose ? 
 


 
Le souverain qui aurait défié tous les monarques réunis s'agenouillait 
 


 
humblement devant un prêtre obscur. Le digne héritier de Charlemagne 
 


 
demandait pardon de ses fautes au fils d'un paysan. C'est ce mélange 
 


 
d'humilité chrétienne et de fierté royale qui donne à la physionomie de 
 


 
Louis XIV un caractère si imposant. 
 


 
Les sentiments religieux que sa mère lui avait inculqués dès le berceau lui 
 


 
revenaient sans cesse à l'esprit, même dans ses plus regrettables écarts. 
 


 
Quand il était enfant, cette mère passionnée s'agenouillait devant lui, en 
 


 
s'écriant avec transport : «Je voudrais le respecter autant que je l'aime,» 
 


 
cette exclamation n'était pas une flatterie banale. C'était, pour ainsi dire, un 
 


 
acte de foi dans le principe de la royauté. 
 


 
 
 


 
Les premières impressions de l'enfant ne firent que se fortifier dans 
 


 
l'homme. Il y eut toujours en lui du souverain et du pontife. Ame de l'État, 
 


 
source de toute grâce, de toute justice, de toute gloire, il se considérait 
 


 
comme le lieutenant de Dieu sur la terre, et c'est en cette qualité qu'il avait 
 


 
pour lui-même une sorte de vénération dans laquelle les grands 
 


 
prédicateurs eux-mêmes ne faisaient que l'affermir. Les idées 
 


 
gouvernementales de Bossuet sont le commentaire de cette foi politique, 
 


 
associée intimement à la foi religieuse dont elle est le corollaire. Pour le 
 


 
grand évêque comme pour le grand roi, la royauté est un sacerdoce, et un 
 


 
souverain qui n'aurait pas le sentiment de la dignité monarchique serait 
 


 
presque aussi blâmable qu'un prêtre qui n'aurait pas le respect du culte dont 
 


 
il est le ministre. Ce fut à cette théorie, essence même du pouvoir royal, 
 


 
que Louis XIV dut le prestige d'attitude physique et morale que 
 


 
Saint-Simon appelle «la dignité constante et la règle continuelle de son 
 


 
extérieur». 
 


 
L'ascendant qu'il se croyait non seulement en droit, mais en devoir 
 


 
d'exercer sur tous ses sujets, quels qu'ils fussent, se faisait particulièrement 
 


 
sentir sur ceux qui l'approchaient. 
 


 
Le gouvernement de sa cour, de sa famille, était soumis aux mêmes 
 


 
doctrines et aux mêmes règles que les affaires d'État. L'autorité paternelle 
 


 
se combinait en lui avec l'autorité royale. Rien n'échappait à son contrôle. 
 


 
Ses volontés étaient autant d'arrêts irrévocables, et son fils, le dauphin, se 
 


 
conduisait à son égard comme le plus soumis et le plus respectueux de tous 
 


 
les courtisans. Les siècles révolutionnaires peuvent critiquer un tel 
 


 
système, il n'en est pas moins appréciable. Le principe d'autorité, qui 
 


 
s'impose à la nature elle-même, comme la règle générale de la création, est 
 


 
la base de toute société bien organisée. 
 


 
 
 


 
La gloire de Louis XIV, c'est d'avoir été le représentant convaincu, le 
 


 
symbole vivant de ce principe ; c'est d'avoir compris que là où il n'y a point 
 


 
de discipline religieuse il n'y a point de discipline politique, et que là où il 
 


 
n'y a pas de discipline politique il n'y a pas de discipline militaire. Les 
 


 
mêmes théories sont applicables aux églises, aux palais et aux camps. 
 


 
L'autorité indispensable est plus précieuse encore que les libertés 
 


 
nécessaires, et en fait de gouvernement, comme en fait d'art, pas de beauté 
 


 
possible sans unité. L'aspiration constante vers l'unité, qui est l'harmonie, 
 


 
fut tout le programme de Louis XIV. C'est pour cela que Napoléon, 
 


 
excusant les défauts du souverain dont il était bien fait pour apprécier la 
 


 
gloire, disait avec admiration : 
 


 
«Le soleil n'a-t-il pas des taches ? Louis XIV fut un grand roi. C'est lui qui 
 


 
a élevé la France au premier rang des nations. Depuis Charlemagne, quel 
 


 
est le roi de France qu'on puisse comparer à Louis XIV sous toutes ses 
 


 
faces ?»
 


 
 
 

Source: http://www.inlibroveritas

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