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Illustration: Le comédien par un journaliste - Octave Mirbeau

Le comédien par un journaliste


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Octave MIRBEAU(1848-1917), écrivain, journaliste engagé: « Le comédien par un journaliste » publié dans le Figaro du 26 octobre 1882. 

Sachez que lors d'un différend qui survint entre Coquelin l'aîné, comédien et l'imprésario Mayer, Coquelin prononça une éloquente plaidoirie qui lui fit gagner son procès.

Deux jours après, le 28 octobre 1882, paraissait dans le Figaro L'entrefilet de M. Vitu.

S'ensuit la réponse de M.COQUELIN l'aîné (1841-1909), l'un des comédiens les plus notoires de son temps: « Les comédiens par un comédien », à M. le Directeur du Temps.

L'affaire se poursuit dans le Nouvelliste de Paris du 31 octobre 1882: La lettre de M. Mirbeau à M. Francis MAGNARD, rédacteur en chef du Figaro. 

Ce même jour, 31 octobre 1882, le Nouvelliste de Paris publie aussi: L'Ordre du jour du théâtre du Château-d'Eau.
 

Voici les articles: 
 

Le comédien par un journaliste

Le procès Mayer-Coquelin est revenu hier devant le tribunal de commerce. Il faut s'attendre à un débordement de comptes rendus, discussions, gloses et commentaires, comme s'il s'agissait d'un acte diplomatique d'où dépend le sort d'un peuple. Les journaux seront remplis d'anecdotes à ce sujet. Chacun prendra parti pour ou contre. Il y aura des gros mots, des disputes dans les cafés, des brouilles dans les familles, peut être des duels. Et le comédien, une fois de plus, aura bouleversé le monde.

 

Aujourd'hui où l'on ne s'intéresse plus à rien, on s'intéresse au comédien. Il a le don de passionner les curiosités en un temps où l'on ne se passionne plus pourtant ni pour un homme, ni pour une idée. Depuis le prince de maison royale qui le visite dans sa loge, jusqu'au voyou qui, les yeux béants, s'écrase le nez aux vitrines des marchands de photographies, tout le monde, en chœur, chante la gloire du comédien. Alors qu'un artiste ou qu'un écrivain met vingt ans de travail, de misère et de génie à sortir de la foule, lui, en un seul soir de grimaces, a conquis la terre. Il s'y promène, en roi absolu, au bruit des acclamations, sa face grimée et flétrie par le fard ; il y étale ses costumes de carnaval et ses impudentes fatuités. Et de fait il est roi, le comédien. Avec le bois pourri de ses tréteaux il s'est bâti un trône, ou plutôt le public - ce public de décadents que nous sommes - lui a bâti un trône. Et il s'y pavane, insolent ; il s'y vautre, stupide, se faisant un sceptre du bec usé de sa seringue, et couronnant sa figure d'eunuque vicieux d'une ridicule couronne de carton peint. Cet être, autrefois rejeté hors de la vie sociale, pourrissant, sordide et galeux, dans son ghetto, s'est emparé de toute la vie sociale. Ce n'est point assez de la popularité dont on l'honore, des richesses dont on le gorge. En échange des mépris anciens, on lui rend les honneurs nationaux, et nous en sommes venus à un tel point d'irrémédiable abaissement que, marchandant la récompense à de vrais courages et à de sublimes dévouements, nous attachons la croix sur la poitrine de ce pître dont le métier est de recevoir, tous les soirs, sur la scène, des coups de pied et des gifles.

 

On accuse les journaux de ce grandissement démesuré du comédien. " C'est vous qui les faites ", nous dit-on. C'est une erreur. C'est le public qui les fait ; c'est le public qui veut être renseigné non seulement sur la manière dont ils jouent leurs rôles, mais sur leurs intimités ; non seulement sur leurs souliers à bouffettes de satin, mais aussi sur leurs pantoufles. Il veut les voir sur la scène, et les voir aussi chez eux. Il est attiré vers le comédien, comme vers une chose qui laisse du mystère après elle. Il flaire en lui un parfum de vice inconnu, à la fois délicieux et redoutable à humer. Les irrégularités, les camaraderies, les promiscuités de la vie de théâtre, tout cela le trouble étrangement. Et il demande qu'on lui soulève un coin du rideau qui lui cache les priapées qu'il a rêvées.

 

Est-ce la faute des journaux aussi si le public se rue, pendant trois cent représentations, dans une même salle de spectacles pour y applaudir et y ensevelir sous les fleurs une chanteuse d'opérettes, dont la voix est laide, mais dont les mollets sont beaux et qui sait, par un renversement de toute logique et de toute raison, tirer du mot le plus simple une obscénité qui fait se pâmer tous ces braves gens sur leurs fauteuils ou dans le fond de leurs loges ? Les journaux constatent, voilà tout. Ils ne peuvent pourtant pas écrire qu'on a sifflé M. Coquelin, quand on l'a applaudi, et qu'on a jeté des pommes cuites à Mlle Ugalde, quand ce sont des roses-thé et des violettes.

 

En cet article rapide, je ne parle pas du cabot, du pauvre cabot, souffreteux, maigre et jaune, du cabot sans théâtre et sans rôle, qui traîne de cafés en brasseries ses bottes trouées, son linge crasseux, ses regrets d'hier et ses espérances de demain. Je parle seulement du comédien, du vrai, du grand, de celui dont on dit qu'il est un artiste, à qui les femmes écrivent des lettres d'amour, qui va dans le monde, non point comme un salarié de plaisir, mais comme un visiteur de luxe dont on s'enorgueillit ; du comédien qui gagne 100,000 francs par ans, comme un président de la Chambre, et dont la critique, complaisamment et durant trois colonnes de feuilleton, vante chaque semaine les talents variés, la voix géniale, le geste sublime ; du comédien enfin qui prend, dans la vie, une place qui ne lui appartient pas et que tout le monde, par une aberration de la responsabilité sociale, s'efforce à faire encore plus belle et plus conquérante.

 

Qu'est-ce que le comédien ? Le comédien, par la nature même de son métier, est un être inférieur et un réprouvé. Du moment où il monte sur les planches, il a fait l'abdication de sa qualité d'homme. Il n'a plus ni sa personnalité, ce que le plus inintelligent possède toujours, ni sa forme physique. Il n'a même plus ce que les plus pauvres ont, la propriété de son visage. Tout cela n'est plus à lui, tout cela n'est plus à lui, tout cela appartient aux personnages qu'il est chargé de représenter. Non seulement il pense comme eux, mais il doit marcher comme eux ; il doit non seulement se fourrer leurs idées, leurs émotions et leurs sensations dans sa cervelle de singe, mais il doit encore prendre leurs vêtements et leurs bottes, leur barbe s'il est rasé, leurs rides s'il est jeune, leur beauté s'il est laid, leur laideur s'il est beau, leur ventre énorme s'il est efflanqué, leur maigreur spectrale s'il est obèse. Il ne peut être ni jeune, ni vieux, ni malade, ni bien portant, ni gras, ni maigre, ni triste, ni gai, à sa fantaisie ou à la fantaisie de la nature. Il prend les formes successives que prend la terre glaise sous les doigts du modeleur. Il doit vibrer comme un violon sous cent coups d'archets différents. Un comédien, c'est comme un piston ou une flûte, il faut souffler dedans pour en tirer un son. Voilà à quoi se réduit exactement le rôle du comédien, - ce comédien qu'on acclame, aux pieds duquel, auteur, directeur et public se traînent agenouillés, comme devant une idole, - au rôle inerte et passif d'un instrument. Si l'air est joli, s'il vous fait rire ou s'il vous fait pleurer, est-ce au violon que vous en êtes reconnaissant, est-ce le hautbois que vous applaudissez, est-ce au trombone à qui vous jeter des fleurs ? Le comédien est violon, hautbois, clarinette ou trombone, et il n'est que cela.

 

Il y a aussi le côté macabre et sinistre qui seul suffit à justifier et à faire regretter l'état de répugnante abjection, dans lequel l'ancienne société tenait le comédien. Dieu lui-même l'avait chassé de ses temples et ne permettait pas qu'il pût reposer son cadavre dans l'oubli tranquille et béni de ses cimetières. Errant de la vie, il voulait qu'il fût aussi un errant de la mort. Et c'était justice, car le comédien, ce prostitueur de la beauté, des douleurs et des respects de la vie, eût prostitué également la majesté, la sainteté et les consolations de la mort.

 

Avez-vous vu passer parfois un comédien malade ? Il est pâle avec des yeux cernés et creusés. Son dos est voûté, son allure chancelante. Il tousse, et sur ses lèvres blêmies mousse un peu de salive rougie de sang. C'est un phtisique. Le pauvre diable ! Il fait peine à voir et il vous émeut. On a pour lui la pitié et cette sorte de respect poignant que la vue de ceux qui s'en vont inspire même aux plus sceptiques et aux plus endurcis. Le pauvre diable !

 

Le soir, il est dans sa loge ; il s'habille pour la représentation. Des pots de fard sont rangés devant lui ; à droite, à gauche se hérissent des perruques rousses, blanches ou noires ; des houppettes bouffent, enfarinées de poudre, sur des boîtes ébréchées ; des crayons errent çà et là, mêlés à des ustensiles bizarres, à des peignes et à des brosses.

 

Le voilà devant sa glace et ce phtisique, qui sera peut-être mort dans un mois, cynique, maquille ses traits malades. Au milieu des hoquets de la toux, des jurements et des calembourgs, il creuse dans sa figure déjà creusée par la souffrance des grimaces rouges, il plaque des rires stupides et enluminés au coin de ses lèvres livides ; il avive de vermillon ses pommettes qui pointent, comme des clous, sous la peau, puis la bouche grand ouverte, l'œil arrondi, les jambes écartées et les poings sur la hanche, il se regarde, ravi, chantonne un air, se félicite de l'effet qu'il va produire, et conduit sa maladie au carnaval, comme une fille qu'on insulte. La pitié qui vous avait serré le cœur, en le voyant passer dans la rue, devient du mépris. Et cette pâle et douloureuse vision de maladie, qui s'en va lentement, se courbant vers la mort, prend un aspect hideux et repoussant de cauchemar.

 

Avez-vous vu passer parfois un comédien vieillard ?

 

Il vacille sur ses jambes et s'appuie lourdement sur sa canne. Il est propre et soigné. Ses cheveux sont tout blancs et dans ses yeux, dont les paupières tremblotent, il semble qu'on voit de la lumière, cette lumière des bons vieux dont parle Victor Hugo. On est prêt à se découvrir devant ce long cortège d'années qui défilent. Pauvre vieux !

 

Le soir il est sur la scène, grotesque, effrayant. Sa couronne de cheveux blanchis se hérisse en toupet. Dans ses yeux brille une lumière falotte, grimace un clignement de débauché impuissant, et ses jambes qui peuvent à peine le porter se secouent et vaguement ébauchent un pas de cancan.

 

Le comédien a déshonoré ces deux choses respectables et saintes : la maladie et la vieillesse.

 

Il ne peut même pas souffrir, le comédien. Il est à la piste d'une douleur, pour la noter ou la reproduire sur scène. Ce sera son effet, au deux ou au trois !

 

Il a perdu sa femme ou son enfant. Le cadavre est là, dans la chambre, raide sur le lit paré funèbrement. Une grande douleur lui est venue, mais il a passé devant la glace. Il se regarde. Ah ! comme ses traits sont décomposés, comme ses larmes ont tracé là, sous les yeux, un sillon rouge ; comme la lèvre s'est plissée, curieusement ! Et il note tout ; et il recommence à plisser ses lèvres, à décomposer ses traits, à voiler ses yeux, à gonfler ses paupières. Oui, c'est bien cela ; l'effet est trouvé. Comme il sera applaudi demain !

 

Le comédien a déshonoré la souffrance.

 

Voilà ce qu'il appelle son art, ce métier horrible et honteux pour lequel nous n'avons pas, nous public, assez de battements de mains, assez de fleurs, assez de couronnes ; ce métier pour lequel toute la vie d'une grande ville se met en branle, en l'honneur duquel il faut dresser des statues, des palais et des panthéons.

 

En plus l'art s'abaisse et descend, plus le comédien monte. Quand, au grand soleil de la Grèce, à la pleine clarté du jour, le peuple applaudissait, emporté dans le génie de Sophocle, le comédien n'était rien, il disparaissait sous le souffle superbe de l'œuvre. Aujourd'hui, le comédien est tout. C'est lui qui porte l'œuvre chétive. Aux époques de décadence, il ne se contente pas d'être le roi sur la scène, il veut aussi être roi dans la vie. Et comme nous avons tout détruit, comme nous avons renversé toutes nos croyances et brisé tous nos drapeaux, nous le hissons, le comédien, au sommet de la hiérarchie, comme le drapeau de nos décompositions.

Octave Mirbeau

 

Deux jours après, le 28 octobre 1882 paraissait dans le Figaro L'entrefilet de M. Vitu que voici:

 

Un article intitulé Le comédien, paru avant-hier matin, sous la signature de M. Octave Mirbeau, l'un de nos jeunes chroniqueurs, a produit dans le monde artistique une sensation pénible, on peut même dire douloureuse, à laquelle la rédaction du Figaro ne saurait demeurer indifférente.

 

MM. Halanzier, Delaunay, Faure, Coquelin aîné et Gailhard, président et délégué de la Société de secours mutuels des artistes dramatiques, dans une visite que nous venons de recevoir, nous ont exprimé, avec émotion, le chagrin qu'ils ont éprouvé de voir leur personne et leur profession appréciées avec une violente injustice et signalées à l'animadversion publique.

 

Tout en rappelant aux honorables délégués de la Société de secours des artistes dramatiques que les articles publiés dans les colonnes du Figaro, considérés comme une tribune ouverte à toutes les opinions philosophiques et littéraires, n'engagent que leur auteur, nous avons compris le sentiment très légitime qui dictait la démarche de M. Halanzier et de ses collègues ; nous ne pouvions donc hésiter à leur donner le seul commentaire de l'article en question qui fût digne d'eux et de nous, en leur rappelant la longue collaboration de bonnes œuvres qui unit depuis si longtemps le Figaro et la Société de secours des artistes dramatiques, parmi lesquels chacun de nous compte tant d'amis sûrs et dévoués.

 

Le théâtre et la littérature tiennent une trop grande place dans le programme du Figaro, pour qu'on n'y apprécie pas comme ils le méritent le talent et les efforts des artistes qui seuls ont le pouvoir de communiquer à la foule le secret de la pensée du poète ou du compositeur. Qui de nous n'a eu l'occasion de rendre ici même justice à leur qualité de cœur, à leur générosité, à leur inépuisable charité, qui nous a permis de soulager ensemble tant d'infortunes ?

 

C'est encore avec l'assentiment de la rédaction entière du Figaro, qu'en assurant encore une fois la corporation des artistes de notre estime et de notre sympathie, je coupe court à une méprisable méprise, qui ne laissera nulle trace demain.

Auguste Vitu.

(On trouvera dans les journaux du 28 octobre 1882 le récit des démarches faites par MM. René Luguet et Numès, pour M. Daubray, et par d'autres artistes, pour MM. Lassalle, Raymond et d'autres dont les noms nous échappent, dans le but de demander réparation à M. Mirbeau.)

 

S'ensuit la réponse de M.Coquelin l'aîné

Les comédiens par un comédien

 

A monsieur le directeur du TEMPS

 

L'ENTREFILET de Vitu était excellent. C'était court et c'était direct ; je suis de son avis : il ne devrait rien rester de l'article qui a causé tout ce tapage ; ça ferait plaisir à tout le monde et probablement à l'auteur. Vous savez quel était mon avis ; j'étais, moi, pour que pas un de nous ne s'émût. Personnellement, je ne m'émeus jamais ; ce qui peut s'écrire sur mon compte m'est assez indifférent ; il y à cela, du reste, une excellente raison : c'est que le plus souvent je ne le lis pas. A quoi bon ? On ne dira jamais de nous tant de bien que nous en pensons nous-mêmes ; et si l'on en dit du mal, est-ce que nous n'avons pas notre revanche en main, tous les soirs ? Je n'ai connu le petit ouvrage du jeune écrivain que le lendemain de l'explosion : j'étais visé pourtant, mais je n'avais rien senti, pas même l'odeur. Même après avoir lu, je me suis expliqué difficilement l'émotion de mes camarades, -de Lassalle, le premier, qui me demandait d'être son témoin avec Dieudonné, et qui, en sa qualité de musicien sans doute, outré de l'article, aurait voulu rabaisser le ton de plusieurs octaves. Mais mon indifférence a cette mauvaise fortune, si philosophique que je la trouve, que plusieurs de mes camarades s'en sont étonnés ; et c'est pour eux surtout que j'écris ces quelques lignes ; puis, si peu chatouilleux que je sois pour ce qui m'est personnel, je dois l'être, et le suis en effet davantage pour ce qui regarde la profession à laquelle j'ai l'honneur d'appartenir.

 

Ma première idée, je le confesse, a été de répondre à l'article "le Comédien, par un journaliste ", par un article que j'aurais intitulé : "le Journaliste, par un comédien ". Je crois que je n'aurais pas eu beaucoup de peine à dire à la corporation des choses très désagréables ; peut-être même n'aurais-je eu qu'à copier; nos professions ont quelques points de communs, et, comme l'a dit Vitu, nous vivons un peu mêlés. Mais j'ai l'habitude, quand je prends une plume, de réfléchir à ce que je vais faire; dans la presse, je sais, on n'a pas toujours le temps; il faut paraître à l'heure, le compositeur est là, dans le sous-sol, qui cogne au plafond; moi, je ne l'ai pas beaucoup, le temps, non plus, mais enfin, je le prends et je me suis appris à réfléchir vite. J'ai donc pensé que j'avais des amis, de vrais et excellents amis dans la presse; qu'en généralisant, j'en pouvais blesser quelques-uns, et je me suis abstenu. C'est de la naïveté, n'est-ce pas? Eh bien, vous voyez, il nous en reste, à nous autres.

 

D'ailleurs, qu'aurais-je pu vous dire de plus sévère que les journalistes eux-mêmes ? N'a-t-on pas paru un peu surpris de l'émotion excessive causée par les trois colonnes de ce jeune homme ? Eh bien, si les journalistes attachent une importance si restreinte à ce qu'ils font, je ne vois pas pourquoi nous serions plus larges.

 

Au fait, qu'est-ce qu'il disait, le jeune homme ? Qu'il faut nous mépriser parce que nous abdiquons notre personnalité pour monter sur les planches ?

 

Mais nous en descendons, des planches, quelques-uns d'entre nous le lui ont rappelé, et je crois qu'il en est convenu; progrès évident sur un article d'ailleurs, car dans l'article il semblait bien ajouter que nous n'en descendions jamais et que, même au lit de mort de nos proches, même sur le nôtre, parbleu ! nous jouions encore ici la souffrance et la mort, et que nous déshonorions l'une et l'autre.

 

Mais, cher monsieur (cher est mis là pour l'harmonie de la phrase), quand nous étudions sur nos proches ou sur nous-mêmes l'expression de la passion ou le masque de la mort, faisons-nous autre chose que ce que font les autres artistes et les littérateurs tout les premiers ? Ai-je besoin de vous rappeler le Tintoret peignant sa fille morte ? Et quel peintre n'a fait son portrait ? Et quel écrivain, quel dramaturge ne s'est, comme dans je ne sais plus quelle toile d'un maître espagnol, dévidé les entrailles pour les jeter dans son œuvre et lui donner la palpitation de la vie ?

 

Parce que nous nous observons, en sommes-nous moins sincères ? Je déjeunais l'autre jour avec Daudet; j'aurais voulu que vous fussiez là - ceci est encore une manière de parler - pour entendre les réflexions délicates et profondes, et si intéressantes, qu'il émettait sur ce qu'il nomme son deux. Son deux, c'est un Daudet intérieur, qui est du Nord, chose bizarre, et qu'il a, tout le temps et partout, dans son Daudet du Midi. Que le Daudet du Midi rie ou pleure, crie ou chante, dans les moments les plus fous, dans les éclairs les plus rapides, le deux du Nord est là, qui prend des notes. Toujours lucide. Impitoyable. Et une mémoire ! Daudet me citait de cela des exemples qui me faisaient penser à Talma. Hé ! mon cher monsieur, c'est l'observation cela; c'est la recherche de la vérité; c'est l'art, entendez-vous ? Si vous n'êtes pas comme cela, brisez votre plume, je vous le conseille; et croyez que votre article n'est pour rien dans ce bon avis.

 

Quant au fard, quant aux teintures, qu'est-ce que c'est que cette plaisanterie ? Vous êtes jeune, sans doute, mais êtes-vous sûr de ne jamais vous teindre ? Vous ne ramenez pas encore, je veux bien, mais qui sait si vous ne porterez pas perruque ? Pour entrer à l'Institut, voyons ! (section des sciences morales). Et du fard, Louis XIV en a mis, monsieur. Il était enchanté, le grand roi, quant Molière lui faisait un rôle. Il dansait en public. Les feuilletons en retentissaient. Vous me dites qu'il s'en est repenti. Allez, c'est que les jambes n'étaient plus bonnes. Il a pris sa retraite à temps, voilà tout. Il a eu peur d'être sifflé.

 

Vous dites que le comédien n'existe pas par lui-même; qu'il n'est qu'un instrument dans lequel on souffle, et qui rend le son qu'on veut. Si bien donc, que, quand vous faites du bruit autour d'une bonne action, quand, avec notre concours, vous demandez au public une charité, c'est nous qui serions la clarinette et vous qui seriez l'aveugle.

 

Eh bien ! Je trouve la plaisanterie un peu forte. Vous oubliez qu'entre le compositeur et les instruments il y a les musiciens. Ranger, sans eux, sur une estrade, les flûtes, les hautbois, les saxophones et les trompettes, et dites à Wagner lui-même de souffler. Je ne crois pas que vous n'obteniez autre chose que la grande symphonie du silence, préférable peut-être à la musique de Wagner, mais qui n'attirerait pas non plus grand monde chez Pasdeloup.

 

Eh bien ! mon cher monsieur, puisqu'il faut vous mettre les points sur les i, nous sommes aux poètes ce que les musiciens sont aux symphonistes. Et je vous garantis que pour interpréter Molière ou Corneille, pas plus que pour interpréter Beethoven, il ne suffit d'être de bois.

 

L'interprète a son mérite, si le poète a le sien. Et quelquefois, vous le savez, le poète et l'interprète se confondent. Avez-vous réfléchi, quand vous avez fait la caricature du comédien phtisique, crachant le sang le jour et jouant le soir, que c'est à Molière que vous vous attaquiez là ? De Molière qui, " poète et philosophe, mais, en même temps, modeste homme de probité, honnête entrepreneur de spectacles, voulut mourir au milieu d'une farce doublement sanglante, en scène, les chandelles allumées, le visage couvert de fard, pour assurer le pain quotidien des braves gens qui l'attendaient de sa représentation du soir."

 

J'extrais ces lignes d'une lettre éloquente, presque déchirante, monsieur, que m'a adressée de son lit de douleur, à l'occasion de votre article, une femme, une de mes camarades de la Comédie-française, qui s'est sentie atteinte, à travers ses souffrances physiques, dans " sa conscience de comédienne et d'honnête femme ".

 

Et vous voyez, c'est à notre grand et vénéré patron qu'elle a pensé tout de suite. Ah ! monsieur, vous n'y avez donc pas pensé, vous ? Avons-nous donc beaucoup de gloires qui vaillent celles-là ? Y en a-t-il beaucoup ailleurs ? Songez qu'une seule l'égale : celle de Shakespeare, qui, lui aussi, monta sur les planches. Il est doux d'être insulté en pareille compagnie.

 

Vous regrettez le temps où de pareils hommes, méprisés vivants, n'obtenaient pas après leur mort un peu de terre sainte pour recouvrir leurs os. Et là-dessus vous faites de l'érudition. Vous parlez de l'antiquité, de Sophocle, que sais-je ? Hé ! monsieur, dans l'antiquité, le théâtre et la religion se confondaient. L'autel de Bacchus était sur la scène, où Aristophane, comme Shakespeare et Molière, paraissait sous le masque. Les mystères étaient de véritables drames. On dansait dans le temple. Aujourd'hui vous nous y faites chanter.

 

Qu'est-ce que les prêtres ont à nous reprocher ? Nos costumes ? Ils en ont. Notre mise en scène ? Et la leur ! Notre fard ? Mais quand un de leurs saints expire, et qu'ils l'exposent en chapelle ardente, ne m'a-t-on pas assuré qu'ils lui peignent les joues et les lèvres, pour ne pas diminuer la vénération par l'horreur ?

 

Non, non, ne narguez pas le comédien. Bossuet en chaire, c'est Bossuet en représentation. Lui aussi, pourtant, a maudit Molière, comme vous faites aujourd'hui. Ah ça ! j'y pense. Les précieuses lui ont pardonné, les médecins aussi ; les cocus ne lui en ont jamais voulu… Est-ce que vous ne seriez pas parent de l'autre , celui qui ne pardonne pas, le camarade en noir, le client de M. Loyal ? Heuh !… mais non, vous êtes simplement, je crois, un bon jeune homme, que le bruit qui se fait autour de nous ennuie. C'est à propos de mon procès que vous vous êtes senti si vertueux. Vos premières lignes en font foi. Trop de monde là-bas, pour entendre Coquelin. Je comprends ça : chacun sa boutique. Vous m'avez rappelé, tenez, un prêtre,-un autre, -un prédicateur italien, ce brave homme qui, voyant ses ouailles une à une déserter la chaire pour aller écouter sur la place de l'église un bateleur dont le nasillement faisait écho à ses fortes paroles, apostropha les fidèles en grande colère, brandissant son crucifix, en criant : " Ecco, ecco il vero Pulcinella !… "

 

Il y a d'autres raisons. Il y a le ruban. On croirait, à vous entendre, qu'il n'est accordé, parmi nous, qu'à ceux qui reçoivent le plus de coups de pied dans le cul.(Pardon : c'est Molière qui me revient.) Ce serait nous assimiler aux diplomates, dont la fonction consiste, comme vous savez, à en recevoir, il est vrai en les dissimulant. Mais le fait est que les coups de pied ne sont pour rien dans l'affaire. On décore, on décorera ceux de nous qui mériteront cette faveur autant par leur vie honorable que par leur talent. D'ailleurs, j'en suis fâché pour vous, la question est jugée. Vous n'étiez pas au Théâtre-Français le soir où Got, qui venait de recevoir la croix , a reparu en scène ? Non, vous n'y étiez pas. Car si vous aviez vu l'émotion de tous, cette salle entière debout et applaudissant, dix minutes de suite, et cet élan de cœur emportant ensemble le public et son ami de trente ans, à voir la belle colère qui respire à propos de rien aujourd'hui dans votre article, je suis convaincu que, ce soir-là, vous ne vous en seriez pas tiré à moins que de l'apoplexie.

 

Vous allez me dire, je le sens, que vous respectez infiniment le talent et le caractère de Got. Vous avez raison. Je ne vous ferai pas remarquer l'anomalie qu'il y a à penser de chacun de nous particulièrement le contraire exact de ce que vous penser de nous en général. Ce serait oiseux. Mais croyez que la profession où l'on rencontre des hommes capables d'exciter et de mériter une sympathie si ouverte et si universelle n'est pas une profession indigne.

 

Du temps de Molière les rapports de police constataient qu'il n'en était pas où le nombres de gens ayant encouru les rigueurs de la justice fût moins considérable. En savez-vous où soit mieux observée la loi de nature : il se faut entr'aider ? Enfin, si c'est par la charité qu'on se sauve, quel comédien, quelle comédienne le bon Dieu aura-il le courage de damner ?

 

Et puis, notre métier a cela de bon qu'il ne nous expose pas, comme le vôtre, à nous livrer à des attaques inconsidérées et violentes contre tant d'honnêtes gens à la fois.

 

Où votre article est amusant, c'est quand il dit que les journaux ne s'occupent de nous qu'à leur corps défendant (à leur âme défendant, pardon) et seulement pour constater si le public nous jette des fleurs ou des gros sous. Comme cela fait bien dans une feuille qui nous consacre tous les jours, Dieu merci !- une si bonne place- à charge de revanche, naturellement !

 

Non, tout cela ne vaut pas la peine qu'on si arrête. Quittons l'auteur et l 'article, auquel tant de bonnes et cordiales réponses ont été faites que je rougis d'en ajouter une.

 

Le comédien ne demande pas une place d'honneur dans la société. Il réclame le droit commun, voilà tout. Le droit, en travaillant beaucoup, de gagner sa vie, d'élever sa famille et de préserver son nom de l'insulte. Il exerce un art difficile, qu'il adore, parce qu'on aime d'autant plus son art qu'il vous prend davantage, et que celui du comédien veut, en effet, presque tout l'homme. Aucun n'exige plus de sacrifices, que le comédien fait, soit simplement pour amuser les honnêtes gens, soit aussi pour pouvoir faire passer dans leur âme le frisson du sublime ou les voluptés du bien ; ces sacrifices, le comédien ne s'en plaint pas ; mais on n'a pas le droit, le but en étant honorable, d'en tirer argument pour décréter sa déchéance. Quel que soit le costume, le cœur reste entier dessous ; le cœur à qui rien d'humain n'est étranger. Quand nous pleurerions, dans cent rôles, toutes les larmes des autres, cela ne nous empêche pas d'avoir les nôtres aussi, réelles et saignantes, respectables par conséquent. Nous enterrons nos parents comme tout le monde, pauvres chères bonnes gens, à qui, comme tout le monde, nous avons causé beaucoup de peine, et nous aimons nos enfants comme tout le monde. Enfin, comme tout le monde, nous avons notre dignité, et le frottement de Molière ou de Corneille ne la diminue pas.

 

C'est le sentiment que j'ai de ma dignité, renforcée de celle de mon art, qui me donne cette capacité d'indifférence que je confessais au début de cette lettre. Bien faire et laisser dire : tout est là. Ce n'est pas un article, emphatique, ennuyeux, sans mesure et sans vérité, qui me fera changer d'avis, quelques bruits qu'il ait voulu faire. Hé ! quoi, c'est un coup de pistolet. Beaucoup de bruit, et rien ! Allons, chers camarades, haussons les épaules et passons. Coquelin

L'affaire se poursuit dans le Nouvelliste de Paris du 31 octobre 1882.Voici La lettre de M. Mirbeau.

A M. Francis MAGNARD, rédacteur en chef du FIGARO.

Monsieur le rédacteur en chef,

Il y a quinze jours environ, dans votre cabinet, nous causions de l'article à faire :

-Ah ! me dites-vous, ces cabotins commencent à m'énerver. Ma parole ! ils prennent tous les jours une importance plus insupportable… Il faut les éreinter. Et, avec votre vibration, vous qui ne devez pas les aimer, vous ferez très bien cet article.

Votre proposition correspondait à ma manière de voir. Comme vous, je n'aime pas les comédiens : c'est une affaire de goût. Je me chargeai de l'article.

Une indisposition m'ayant empêché pendant quelque temps de paraître au journal, vous m'écriviez la lettre suivante :

 

" Lundi.

" Mon cher collaborateur,

" Un mot de vous à Valter m'apprend que vous allez mieux ; j'en suis fort aise. Je crois que le procès Mayeur-Coquelin, qu'on plaide mardi, donnera de la saveur à votre article sur " le Comédien ".

" Très cordialement,

" F.MAGNARD. "

 

Le lendemain, autre lettre :

 

" Mardi soir.

" Mon cher collaborateur,

" Vous savez que je compte absolument sur vous pour demain soir mercredi. Toujours " le Comédien ", n'est-ce pas ? Vous avez dû réussir cela.

" Très cordialement,

" F.MAGNARD. "

 

L'article paraît. Vous n'étiez pas absent du journal. Vous l'avez vu, corrigé, approuvé.

Mieux encore, le soir de l'apparition de l'article, vous ne m'avez pas marchandé vos félicitations.

-Très bien ! bravo ! c'est votre meilleur ! Et puis quoi ? Ils crieront ? Le public sera ravi ! Excellent !

Tel est l'historique exact de notre article " le Comédien ".

Là-dessus, tapage énorme, discussions, réunions, revendications et provocations.

-N'allez pas au Figaro, me dit un de nos confrères, il y a un débordement de comédiens. Laissez moi voir Magnard auparavant. Je vous tiendrai au courant.

Notre confrère va vous voir. Après vous avoir vu :

-Tenez-vous tranquille, me dit-il. Vos droits seront pleinement sauvegardés par Magnard. Vous pouvez dormir sur vos deux oreilles. Le lendemain, je lisais dans le Figaro le désaveu de l'article publié dans le Figaro ; l'idée première venait de vous, monsieur le rédacteur en chef du Figaro. Galamment même, vous faisiez rejeter sur moi seul toute la responsabilité.

Mon sentiment absolu, - et le sentiment des hommes autorisés dont j'avais immédiatement pris conseil, - était que je ne devais aucune réparation. Car, de l'aveu unanime, il n'y avait aucune méprise possible, en dépit de M.Vitu, sur le caractère impersonnel, purement philosophique et littéraire de ma thèse.

C'est dans ces dispositions que, hier samedi, accompagné d'un de nos amis communs, j'allai au Figaro porter ma démission.

- Mais non, mais non, avez-vous objecté. Vous avez jusqu'ici très mal conduit votre affaire. Il ne vous reste qu'un moyen d'en sortir… Mon petit, faut vous battre.

C'était le cadet de mes soucis. Et, lassé de voir s'éterniser toutes ces discussions, et contrairement à la ligne de conduite tracée d'un commun accord entre mes conseils et moi, j'admis le principe d'une réparation à accorder aux comédiens faisant partie de l'Association des artistes dramatiques.

Une note, signée de moi, fut conçue dans ce sens. A onze heures du soir, je venais moi-même voir l'épreuve. Et alors, à tête reposée, je pus spécifier que le comédien auquel j'étais tout prêt à accorder satisfaction, au nom de tous, serait désigné par le comité de l'Association. C'était plus logique, plus précis, et c'était mon droit le plus élémentaire.

Comme vous n'étiez pas là, je priai M. Bataille de vous notifier ce détail, et… j'allai me coucher en attendant le Figaro du lendemain matin.

Or, le Figaro du lendemain matin, qui, par l'organe de son rédacteur en chef, avait collaboré à mon article ( mon cher collaborateur, vous ne le nierez pas) ; qui l'avait désavoué ensuite, qui voulait me faire battre après, - ne contenait rien du tout.

 

Eh bien ? monsieur Magnard, " mon cher collaborateur ", je reprends ma proposition, je la maintiens et je la complète :

1° Vous recevrez demain la visite de deux de mes amis, chargés de vous demander réparation de la double injure que vous m'avez faite en me désavouant, et en n'insérant pas ma note destinée à clore l'incident ;

2° Il est entendu que je me tiens à la disposition de celui de MM. les comédiens qui sera désigné, au nom de l'Association, par le comité même de l'Association des artistes dramatiques, sous la présidence de M. Halanzier.

Je vous connais assez, " mon cher collaborateur ", pour être assuré que vous n'hésiterez pas à vous tenir, comme moi, à la disposition de ce même comédien, ou d'un autre, si vous l'aimez mieux, puisque notre responsabilité est égale dans cette aventure, et que nous sommes deux complices.

O. Mirbeau

 

Ce même jour,31 octobre 1882, le Nouvelliste de Paris publie aussi: L'Ordre du jour du théâtre du Château-d'Eau.

 

Ainsi qu'il avait été décidé, un grand nombre d'artistes dramatiques, deux cent cinquante environ, se sont rendus hier au foyer public du théâtre du Château-d'Eau, pour discuter la conduite à tenir à la suite de l'agression de M. Mirbeau.

 

MM. Emile Petit et Allart avaient été préposés à l'entrée de la réunion pour prier, dans les termes les plus amicaux, les membres de la presse de ne pas assister à leur petite cuisine de famille, afin de laisser toute liberté aux membres présents d'épancher leur bile, sans se sentir sujets à une surveillance gênante.

 

Chose amusante, c'est M. Chincholle, du Figaro, qui, le premier, vint essuyer le feu de cette mesure.

 

Avec toutes les fleurs de rhétorique possible, il va sans dire qu'il fut éconduit spécialement, en dehors pourtant de sa personnalité qui n'avait rien à voir dans ce refus.

 

Voici quelle était la composition du bureau :

M. Saint-Germain, président ;

MM. Bellevaut et Péricaud, assesseurs ;

M. Sévin, secrétaire.

 

Parmi les assistants, on remarquait : MM. Lorrain, Collin, Fugère, Belhomme, Cobalet, Grivot, Clerh, A. Lambert, Chelles, Maillet, Valnay, Verlé, Bessac, Péricaud, P.Achard, Munié, E. Petit, Moisson, Faille, Montlouis, Guyon père et fils, Mondet, Luguet, Riga, Gaillard, Didier, Darman, Allart, Garnier, Chalmin, Tony-Riom, Milher, Meigneux, Numa, Martin, Brémond, Numès, Guy, Barlet, Dalbert, Brunel, Guimier, Bartel, Tony-Seiglet, Vavasseur, Duparc, Charpentier, Georges, Depay, Livry, Stéphen, Renot, Jolly, P. Albert, Riva, Rinaldi, Gothi, Dorgat, etc., etc.

 

Après un speech de M. Saint-Germain, divers comédiens ont pris la parole pour exposer leurs idées.

 

M. Volnay, régisseur général de l'Odéon, a fait valoir avec beaucoup de sagesse combien la Société des artistes gagnerait à se grouper autour d'un syndicat reconnu par la loi, qui pourrait, comme pour les autres corporations, prendre et défendre efficacement les intérêts de tous et de chacun.

 

Sur quelques paroles complémentaires de M. Munié, le vœu émis fut adopté pour être traité à fond dans une autre réunion. On va donc jeter les bases d'une chambre syndicale, dans le sein de laquelle entreraient des directeurs, des auteurs et des comédiens, chargés de débattre le bien général de la Société et de lui assurer la protection efficace qu'elle désire.

 

Enfin, la grande question Mirbeau fut vivement débattue, et, après de longs pourparlers, l'adresse suivante, proposée par M. Péricaud, fut adoptée pour être envoyée à tous les journaux parisiens, le Figaro y compris. C'est à l'insistance de M. Gailhard, qui s'est efforcé d'amener la question sur le terrain de la conciliation, qu'est due la phrase relative à M. Vitu :

 

" Les comédiens de Paris, réunis en assemblée au théâtre du Château-d'Eau, remercient messieurs les journalistes qui ont bien voulu prendre leur défense contre l'article inqualifiable paru dans le Figaro du jeudi 26 octobre, et particulièrement M. A. Vitu, parlant au nom de la rédaction entière du journal - et expriment à M.O. Mirbeau, qui se dérobe après ses insultes, leur dédain et leur mépris. "

 



Après quoi les signatures de tous furent apposées, et une collecte fut faite à la sortie au profit de la Société de secours mutuels des Artistes dramatiques.

 

Source: http://www.bmlisieux.com/curiosa/comedien.htm

Cet enregistrement est mis à disposition sous un contrat Art Libre.
Cet enregistrement est mis à disposition sous un contrat Creative Commons BY (attribution) SA (Partage dans les mêmes conditions).


Commentaires :


Message de Wahid

Merci


Message de Boukar

Chère Sabine ,
Merci pour cette amusante lecture !
Comme à l'accoutumée, votre interprétation est parfaite !
Je suis certain que tous ceux qui l'ont écoutée sont de mon avis.
J'attends toujours vos nouvelles prestations avec impatience !
Merci encore pour ce beau travail que vous faites si gentiment !


Message de Sabine

Voilà, Boukar, vos demandes sont enregistrées. "Le comédien par un journaliste" m'a beaucoup fait rire (J'ai un petit faible pour Mirbeau!).
Le 5 textes sont plaisants à lire, j'espère qu'il le seront tout autant pour vous à écouter.
Bonne "lecture" à vous.
Sabine


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