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Illustration: Papa tigre et papa mouton - Loys Bruyère

Papa tigre et papa mouton

(Version Intégrale)

Enregistrement : Audiocite.net

Lu par Sabine
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Musique : Daily Beeetle:  Kevin MacLeod http://incompetech.com/music/royalty-free/



Illustration d'après https://pixabay.com/ Domaine public


Pays ou culture du conte : Guyane.

Papa Tigre et Papa Mouton

Loys Bruyère (1835-19..)

Il y a longtemps, le Mouton était redouté de tous les animaux de la savane et des grands bois. Quand il passait le long du chemin, marchant lentement, la figure grave et sévère, avec sa grande barbe et ses cornes recourbées, on était saisi de terreur et les animaux qui le rencontraient lui faisaient de grand saluts, puis se sauvaient à toutes jambes.

 

— Avait-il jamais mangé quelqu'un de ses voisins ?

 

Les commères du pays n'osaient l'affirmer, mais il avait l'air si terrible que comme on dit: mieux valait le croire que d'aller y voir. A force d'entendre répéter qu'il était redoutable, il avait fini par le croire pour tout de bon. Même une fois s'étant penché sur un ruisseau pour y boire, il aperçut son image dans le courant et sauta de frayeur à trois pas en arrière à la vue de sa barbe et de ses cornes.

 

Un tigre, qui demeurait non loin de la case de papa Mouton, s'arma un jour de tout son courage et résolut de faire une visite de politesse à son voisin. Il emmena avec lui son fils, petit tigre déjà haut sur pattes.

 

— Du plus loin qu'il aperçut papa Mouton il le salua très humblement et quand il fut près il lui demanda des nouvelles de toute sa famille.

— Voisin, je suis venu pour vous rendre hommage et ma femme se fût fait un plaisir de rendre ses devoirs à madame Mouton, si elle n'avait été retenue chez elle par une indisposition. Papa Mouton invita papa Tigre et son fils à entrer dans sa maison. Pendant que les deux pères causaient gravement des affaires du pays, petit Tigre alla jouer dans le jardin avec petit Mouton. Sois bien poli avec petit Mouton, lui dit son père, car sans cela il te mangerait.

 

Voilà les deux enfants qui se mettent à jouer; au bout d'un instant petit Tigre saute sur petit Mouton et le culbute. Et petit Mouton de rire !

 

— Tiens, comme tu as de petites dents ! lui dit petit Tigre.

— C'est comme cela dans ma famille; celles de papa sont tout pareilles, reprend petit Mouton.

— Cette répartie fit réfléchir petit Tigre et quand, la visite finie, le père et le fils eurent quitté leurs hôtes, petit Tigre n'attendit pas que papa Mouton eût fermé la porte de sa case pour dire à son père: Papa, papa, petit Mouton a des dents toutes petites et il m'a dit que celles de son père n'étaient pas plus longues que les siennes.

— Tais-toi donc, tais-toi donc, gamin si papa Mouton nous entendait, il nous mangerait tous les deux.

 

Papa Tigre résolut pourtant de savoir à quoi s'en tenir sur ce sujet. Vraiment, papa Mouton lui avait semblé fort gras, et, rien que d'y songer, il en passait sa langue sur ses moustaches. Comment voir les dents de papa Mouton? Ce n'était pas facile. Papa Mouton ouvrait à peine la bouche pour parler et sa barbe lui cachait en outre la lèvre inférieure et le menton. L'occasion vint pourtant au Tigre comme à ceux qui savent l'attendre.

 

— Le jour où papa Mouton et son fils lui rendirent visite, pendant que les enfants jouaient au dehors, il les fit toutes sortes de politesses à Mouton, et lui servit une bouteille de son meilleur vin, puis une seconde et une troisième. Papa Mouton devint d'une gaieté folle, et, perdant son sérieux, il ouvrit la bouche toute grande afin de rire à son aise. Papa Tigre vit alors les petites dents de son convive. Sans hésiter, il sauta sur le Mouton et l'étrangla. Entendant crier son père, petit Mouton se sauva au plus vite et put rentrer chez lui avant que le Tigre, acharné à sa première proie, eût songé à le poursuivre.

 

Ce ne fut le long du jour que pleurs et gémissements dans la case du Mouton. Maman Mouton et son enfant criaient que c'était pitié de les entendre. Au bruit qu'ils menaient, la Reine des Oiseaux accourut du grand bois voisin et se perchant sur le toit de la case, elle demanda à maman Mouton la cause de son chagrin.

 

— Hélas, charitable dame, papa Tigre a mangé mon pauvre mari ! Nous n'oserons plus sortir mon enfant et moi, car il va venir rôder de ce côté pour nous manger aussi. —

 

Émue de sa douleur, la Reine des Oiseaux la consola de son mieux et lui promis une vengeance éclatante. Puis, en quelques coups d'ailes, elle atteignit bientôt la forêt prochaine. A son appel répondirent tous les oiseaux des grands bois: les plus gros Haras aux plumes éclatantes, les Cacatoës à la huppe blanche, des milliers de Perruches émeraudes au bec de corail, les petits Colibris et les Oiseaux-Mouches qui ont l'air de pierres précieuses auxquelles le bon Dieu aurait donné des ailes.

 

La Reine leur raconta la mort de papa Mouton. Jurons de venger notre voisin s'écria-t-elle. Nous le jurons! piaillèrent, sifflèrent, crièrent, les oiseaux, chacun dans son langage A ce bruit assourdissant, les Caïmans coururent se cacher dans les grandes herbes, les Boas et les Serpents à sonnettes rentrèrent précipitamment dans les fentes des arbres.

 

— Ayez confiance, dit la Reine des Oiseaux! Demain, c'est dimanche, je donnerai une grande fête dans la forêt. Aussitôt que la grande messe sera finie, je veux que tous les oiseaux des bois se rassemblent. Mes gentilles perruches, volez de tous les côtés faire des invitations. Disposez tout pour la fête; soyez exactes à l'heure dite et obéissez-moi en chaque chose. Pour moi, je vole inviter papa Tigre. Flatté de la visite de la Reine des Oiseaux, papa Tigre promit de venir au grand bal dans la forêt. Il mit ses plus beaux habits, frisa ses moustaches et, avant de partir, il embrassa sa femme sur la bouche et son fils sur les deux joues.

 

Dès qu'on le vit qui arrivait, la Reine des Oiseaux cria à tous ses sujets: prenez vite vos rangs, formez les quadrilles et que chacun de vous se mette à danser en cachant sa tête sous son aile. Musique, jouez! Et l'orchestre joua :

 

Tig, tig, malinboin

La chelema che tango

Redjoum

La chelema che tango !

 

La Reine des Oiseaux vola au devant de papa Tigre et lui souhaita la bienvenue. Comme c'était beau, la fête! Papa Tigre en était ébloui! De longues files d'oiseaux aux riches plumages se faisaient vis-à-vis. Le quadrille commence seulement, dit la Reine, vous serez mon cavalier. Papa Tigre se mit à coté de sa danseuse et l'orchestre joua :

 

Tig, tig, malinboin, etc.

 

Aussitôt les oiseaux, la tête sous leur aile, se mirent à sauter en cadence. La Reine cacha aussi sa tête, et quand, tout glorieux et marchant la tête haute, papa Tigre voulut faire les premiers entrechats, elle s'écria :

 

«Mais, papa Tigre, vous n'y songez pas ! L'étiquetteà ma cour est que pour prendre part à la danse, il faut n'avoir pas de tête. Voyez plutôt tous mes invités; ils croiraient manquer aux manières de la haute société, que dis-je? à la plus simple politesse, s'ils osaient lever la tête devant leur souveraine. Allez, mon ami, faites comme eux et vous pourrez figurer avec honneur dans le quadrille de la Reine des Oiseaux. Papa Tigre devint rouge de honte !

 

— Ma reine, s'écria-t-il, je vous demande humblement pardon de mon manque d'usage. Je suis chasseur sauvage, habitué à passer des nuits entières à l'affût, et j'ignore tout à fait les coutumes des cours. Veuillez me promettre une contredanse et je reviens à l'instant dans le tenue que vous demandez.

 

En quelques bonds, papa Tigre fut chez lui. Il dit à sa femme: Ma femme ! pour avoir l'honneur de danser chez la Reine des Oiseaux, il faut n'avoir pas de tête; j'ai vu tous les invités qui dansaient de cette façon. C'est l'étiquette de la cour. Prends cette hache et coupe- moi la tête.

 

— Tu l'as déjà perdue, mon pauvre mari, lui répondit maman Tigre. Au lieu d'aller danser avec des reines, tu ferais bien mieux de rester chez toi tranquillement avec ta femme et tes enfants. Je n'aime pas les maris qui plantent là leur femme pour passer la nuit au bal.

— Si tu ne veux pas m'obéir, hurla le Tigre en fureur d'être querellé par sa femme, je t'étrangle à l'instant. Alors maman Tigre saisit la hache, et d'un coup trancha la tête de son mari. Il en mourut bel et bien, comme vous pensez.

 

Des perruches placées en embuscades partirent aus sitôt à tire d'ailes porter la nouvelle de la mort du Tigre à la Reine des Oiseaux. Les oiseaux retirèrent alors leur tête de dessous leur aile; on fit entrer tous les animaux de la forêt; chacun voulut embrasserà son tour maman Mouton et son fils. Ensuite on s'ali gna pour la danse, et l'orchestre se mit à jouer :

 

Tig, tig, malinboin

La chelema che tango

Redjoum

La chelema che tango !

 

Vous dire comme on sauta, comme on se trémoussa ! N'est vraiment pas croyable. Enfin il fallut bien s'en aller, car tout finit en ce bas monde, mais auparavant on fit une quête dont on remit l'argent à petit Mouton et à sa mère.

 

Moutons et vous enfants qui m'écoutez, que la mort de papa Mouton vous serve de leçon: mieux vaut ne pas ouvrir la bouche que de rire avec les gens qu'on ne connaît pas.
Source: http://touslescontes.com/biblio/conte.php?iDconte=820

Cet enregistrement est mis à disposition sous un contrat Art Libre.
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