#1 09-02-2020 11:30:00

Troubadour
Membre
Inscription : 05-02-2020
Messages : 7

Je me souviens

https://archive.org/details/jemesouviens_202002

Dans les années 80, Georges Pérec publia un merveilleux recueil : Je me souviens
« Je me souviens » est la devise du Québec…

Quelques années plus tard, l'extraordinaire Sami FREY mit en scène et joua lui-même ce monologue de plus d'une heure, et pendant lequel il ne cessait de pédaler sur un vieux vélo, comme s'il partait à la recherche de sa mémoire...
Extraits :
« Je me souviens des petites pâtes alphabet dans la soupe.
Je me souviens d'un très grand trésor : une lampe de poche.
Je me souviens du tennis, de Mc Enroe (colérique), Gerulaitis et Vilas.
Je me souviens de ma première érection provoquée par une lecture interdite
Je me souviens du marchand de glace, qui passe dans la rue avec sa drôle de musique.
Je me souviens qu'on demandait pour descendre de table.
Je me souviens que les voitures avaient des "bulles" qu'on fixait aux fenêtres l'été »

                                                    ********************
Je ne pédale pas, sauf dans la semoule parfois, peut-être, mais je me plais à plagier ce grand auteur méconnu :

"Je me souviens des premiers numéros de Playboy, lus en cachette
Je me souviens des scoubidous qu'on léchait à la récréation.
Je me souviens de notre premier dîner, cet abruti maladroit qui renversa de la sauce sur mon pantalon.
Je me souviens de son sourire espiègle lorsqu'elle tenta de nettoyer ma braguette.
Je me souviens quand du corps s'éveille la mémoire.
Je me souviens de nos premiers courriels interminables.
Je me souviens du vent puissant en haut des falaises.
Je me souviens de mon émotion en regardant avec elle la Naissance du Monde.
Je me souviens de sa gêne lorsque je lui dis que sa toison était dans le même état.
Je me souviens de notre premier baiser, à la fois timide et torride.
Je me souviens de son long soupir de soulagement en apprenant que j'étais marié.
Je me souviens d'une promenade dans les bois de Saint-Cloud sous une pluie battante.
Je me souviens de mon éclat de rire en la regardant faire pipi derrière un arbre.
Je me souviens combien elle aimait que je lui récite « la boucle retrouvée » d'Apollinaire.
Je me souviens de nos interminables conversations au téléphone.
Je me souviens combien elle n'aimait pas reconnaître qu'elle aimait que je sois très grivois quand elle ne pouvait répondre.
Je me souviens de la première fois où elle glissa sa main glacée dans mon pantalon.
Je me souviens des étoiles qui habillaient son regard quand elle était heureuse.
Je me souviens du jour où elle m'appela pour me dire : « reviens souvent me prendre dans la nuit ».
Je me souviens la tendresse envahissante quand se souviennent la peau, les lèvres
quand les mains croient sentir, croient toucher à nouveau.

Je me souviens de l'odeur du cuir de ce bar si cosy
Je me souviens de l'éclat de ses yeux en écoutant Warum ou regardant Julien Clerc dans Hair
Je me souviens de ses frissons quand je lui pris la main et de mon émotion quand elle la serra si fort
Je me souviens de ma gourmandise devant la religieuse qu'elle croquait à pleines lèvres
Je me souviens de la pudeur de ses sentiments et de l'exquise impudeur de ses élans
Je me souviens du parfum de ses lèvres lorsque ses bas crissaient
Je me souviens de sa peur quand elle s'embrasait et je me souviens de ma langueur lorsqu'elle m'effleurait des yeux
Je me souviens de sa soif d'apprendre tout ce qu'elle avait oublié
Je me souviens de Sexus qu'elle aimait me lire en disant qu'elle était heureuse que je ne ressemble pas à l'auteur
Il se souvient d'une rencontre peu ordinaire.
C'était hier, ou peut-être avant-hier; c'était intemporel en fait. Une rencontre qu'il portait en lui.
Cela lui fait penser à Cecilia, celle de Moravia dans l'Ennui.
Sans s'identifier avec Dino, il s'est souvent interrogé sur le rapport de l'homme avec lui-même.
Sur la difficulté de communiquer. Avec l'autre. Avec soi.
Il se souvient de cette femme peu ordinaire, de son silence si expressif qu'il lisait en elle par son regard.
Intimité non exprimée mais intensément désirée.
Elle parlait , elle parlait beaucoup, sans jamais rien dire vraiment;
elle avait peur de ce qu'elle ressentait, de ce qu'elle aspirait à ressentir.
Il se souvient qu'elle lui avait confié aimer terriblement le sexe,
mais qu'elle parvenait bien rarement à son apogée.
Elle lui avait alors demandé de lui apprendre la langue du coeur,
de lui expliquer mot à mot la langue universelle du Désir pour enfin pouvoir jouir dans son cerveau de tous les désirs.
Il se souvient qu'elle était plus à l'aise en parlant la langue du cul, elle avait toujours ressenti moins de gêne à exprimer les attentes de son cul que celles de son coeur.
Il se souvient de cette femme peu ordinaire car elle est toujours là, au fond de sa tanière.
A l'inverse de Cecilia qui jouissait en offrant l'intimité absolue de son ennui, elle avait tellement peur d'abandonner son intimité cérébrale autant que son intimité amoureuse, ses aspirations érotiques qui, chez elles, étaient tellement liées au bouillonnement de son cortex.
je me souviens qu'il y avait Elle au  début et qu'il y avait moi
je me souviens de ce Pomerol partagé bouche à bouche
je me souviens du creux de son  cratère incandescent et de son sourire candidement provocant
je me souviens du p'tit bonheur de Félix Leclerc
je me souviens que depuis qu'il y eut Elle et moi elle se sentait femme de feu
Je me souviens des mots oubliés, tous ceux que j'ai répétés
Je me souviens de la pression de sa main quand mes yeux caressaient ses attentes
Je me souviens du plaisir échangé dans le silence torride de nos désirs
Je me souviens de son envie d'un bain de notre désir de douceurs
Je me souviens des élans de tendresse
Hier, demain, un jour, je me souviens comment je prenais sa bouche pour la déguster longtemps
Pendant qu'elle caressait mon ventre doux et moelleux
Je me souviens de ses frissons quand je caressais ses fesses
De sa gourmandise à téter ma queue pour qu'elle lui donne son lait
Je me souviens sentir sa main dans mes cheveux pour me dire de continuer
A lui parler avec une si ferme douceur
Je me souviens combien elle mouillait le cordon de ses désirs
Jour de grande marée, perlant sous mes doigts, écumant sous mes assauts
Je me souviens que mes mots n'étaient pas toujours les siens, forcément,
Qu'elle aurait prononcé les mêmes mais différemment,
Coincée par le double fond de crainte et d'espoir(s),
Je me souviens de cette ineffable dualité si nécessaire faite de cérébralité et d'extrême sensualité.
Où était-ce ? Quand était-ce ?
L'ai-je rêvé ? Ai-je oublié ?
De cela, je ne me souviens pas.

Hors ligne

Pied de page des forums

Propulsé par FluxBB