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LA REVOLUTION VIDE

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Ce n’est pas une expérience. Ce n’est pas « expérience ». Ce sont des dizaines, des centaines, des milliers de fois que cela troue, que cela nous troue. Tandis que tout semble déjà perdu. Et alors, je perds tout de je, et c’est un vide, sans plus rien, et c’est plénifiant. « Nous » perdons tout de « nous », en quelques secondes, et puis le vide redevient l’abîme d’un gouffre de rien qui fait mal, qui nous prend à la gorge devant des millénaires pour rien. Ça semble tel. Mais une valve s’est ouverte à fond de gouffre, et la trouée continue. On entre en tempête comme une épaisseur morbide d’un rien exténué qui résiste méchamment de toute sa fureur de rien n’être à cet assaut involontaire, intrusion, son, immobilité, puissance, cette pénétration inimaginable d’un vide plein et lucide dans un mur de rien agité, terrifié, aux dimensions de la terre, de l’univers… Cela ressemble à une entrée consciente dans l’expérience du mourir… (Nous, une poignée de quelques dés-emparés, réunis sans mot d’ordre précis, dans ce laboratoire de l’imp(a)nsable). {{Le laboratoire l’imp(a)nsable a publié l’effondrement du temps (pénétration I) en 2006, Le Grand Souffle Editions.}}

 


 

 


Il y a longtemps déjà qu’a disparu à nos yeux la moindre chance de s’insurger concrètement par dizaines de millions contre le règne de l’aberration qui nous grignote chaque jour le cerveau, la peau, les os, pas seulement l’espoir. Au début, on croit qu’il s’agit d’une hibernation, d’une longue glaciation — forcément provisoire — de la praxis révolutionnaire, peut-être bien que non. Longtemps revenus de l’imposture démocratique, l’intensité de l’extrême rien a fini par attaquer en nous toute forme de véritable espoir en un sursaut issu de l’extrême gauche. La massification des consciences est telle que le rapport de forces ne se joue plus désormais en termes humains, mais en termes inhumains : infra , et peut-être « sur »-humains. Il n’y a déjà plus grand monde sur la planète « Homme ». Des milliards de matraqués. Une immensité de moignons d’hommes en sursis. Leurs enfants. Une non-résistance générale au suicide lent ou rapide… Atmosphère de la noosphère : un grand bocal de fous meurtris anesthésiés emportés sans contrôle vers… Mais l’espèce est solide, elle en a vu bien d’autres… Soit.

La « révolution » peut-elle être encore sauvée par quelques-uns ?

C’est trahison que de poser la question. Nous la posons. Elle s’impose. L’élan révolutionnaire a tourné si court. Au plan de ce qu’on nommait jusqu’ici le combat « politique », le totalitarisme médiatico-parlementaire mondial ne tolère plus de dehors à la démesure de sa demeure. Stratégiquement, Debord est déjà entré dans son dictionnaire. La bouche dévoreuse a tout bouffé. Les lignes de combats qui lui faisaient face sur son champ d’opérations mortifères sont toutes digérées. Jésus est une valeur capitaliste intégrée au même titre que Rimbaud, Nietzsche, Marx, Trotsky, le Che ou Debord, un certain type de marché qui rapporte, comme un autre, en vue du contrôle biopolitique le plus effrayant qu’on ait jamais connu dans l’histoire. Sinon… Qui ? Où ?

« Relance du désir ? », « Réenchantement du monde » ? « Relance de la philosophie », « action restreinte » au « point d’inexistence ? », « Kaïros, Alma Venus, Multitude », « Droit de résistance à la puissance constituante » ? Ou au contraire, nostalgie et annonce revendiquée d’un retour « révolutionnaire » à l’ère théocratique chrétienne assermentée à l’autorité papale de Benoît XVI, ou aux spéculations de Joseph de Maistre ou de René Guénon ?

Nous ne pouvons parler qu’à partir de notre expérience, forcément très succinctement ici. Pour nous, c’est le centre de gravité de l’ensemble des intensités de l’épreuve humaine en un individu qui conditionne la température, l’humeur, la tournure, le style de sa philosophie, — une stabilisation aléatoire du feu pensant qui tente pourtant de ses flammes le flirt audacieux avec la permanence d’une éternité.

La syntaxe qui s’ébauche dans nos votes-productions hors contrôle s’est donc vue complètement bouleversée par ce régime d’expériences hors limites d’un vide qui s’intensifie dans nos parois d’asphyxiés, du dedans de toutes limites humaines répertoriées. L’une de ses conséquences s’est affirmée par la nécessité de commencer à révolutionner le concept de philosophie avant de révolutionner celui de « révolution ».

À grands traits, risquons ceci : que ce qu’on nomme « philosophie » doive s’exercer sous condition psychanalytique, politique, poétique ou mathématique, elle vit de nos jours, comme à ceux de l’aurore grecque, d’abord sous condition p(a)nsante, partout sur la surface du globe. En clair, c’est un fou normalement raisonnable qui tente d’intensifier son intelligence rationnelle de lui-même, d’autrui et du monde, voire de « l’être », tout en vivant l’assaut énigmatique d’une souffrance originaire d’exister qui submerge quotidiennement son entendement, et qu’il est contraint de refouler en majeure partie pour survivre, fonctionner socialement et réfléchir philosophiquement, y compris sur ce fait.

Dans ce laboratoire de l’impansable, nous nous sommes reconnus génériquement comme ces fous normalement constitués au sein de la folie pansante du sapiens sapiens qui nous tient lieu « d’humanité », avec, au « fond », un irrépressible sentiment d’asphyxie radicale à l’égard de tout ce qu’a pu produire notre culture multimillénaire, et une soif incompréhensible d’AUTRE CHOSE que cette longue scène tragique de la culture humaine depuis ses débuts, eux-mêmes incertains… Cette soif qui, selon nous, n’émane ni de la cartographie métapsychologique décrite par Freud ou par Lacan, ni de la schyzo-analyse deleuzienne, ni de la psychanalyse jungienne, nous a contraints à découvrir la perspective possible d’une autre issue, d’un autre type de dépassement de « l’esprit du nihilisme » qui fornique bel et bien la quasi-nulle marge d’expression politique durant les prochaines élections présidentielles françaises.

Considérant que tous les trésors courageusement conquis par la pensée philosophique sur l’angoisse d’incertitude devant le mystère de la mort, restent en même temps le produit d’un compromis précaire et finalement toujours intenable dans le jeu de négoce obligé entre la raison et cette angoisse aux racines mal-conscientes, et alors que nous nous sentons étrangers à la sacralité présumée de tout texte « révélé » comme à toute foi en un Dieu transcendant, nous avons été contraints d’aventurer consciemment nos souffles dans l’abîme de déraison qui s’ouvre à un éprouvé consenti sans distance de cette angoisse encore insoutenue par toute pensée réfléchissant sur elle, y compris par des panseurs de la trempe de Kierkegaard ou de Heidegger. Autrement dit, nous nous sommes soumis, chacun pour soi, et nous continuons de nous soumettre toujours davantage, au gré de notre détermination, et par excès de fatigue du régime de la pensée questionnante, à l’intensité irreprésentable d’une sensation prolongée d’extrême solitude dans l’angoisse d’exister spatio-temporellement sous condition de « mort ».

Ce n’est pas « expérience », car ce que nous traversons alors nous traverse bien plutôt au point de faire s’ébranler les parois incertaines du temps et de l’espace, parvenant même à faire s’effondrer parfois tout à fait l’épouvantail illusoire de ces limites « ultimes » qui fondent les ressorts tragiques du cirque politique de la fiction pansante.

Que la psyché sapiens sapiens soit une blessure blessante indéfinie d’infini, que la rigueur philosophique soit toujours déjà celle d’une pansée affectée, d’un opérateur d’opérations sous condition traumatique activement refoulé, même en mathématique, c’est ce complexe tragique, situé au cœur des démissions politiques organisées d’aujourd’hui, qu’il s’agit pour nous d’explorer à partir d’une expérience de l’angoisse déprise de ce qu’en panse la pansée d’angoisse, de néant, ou de vide. Cela ne se peut supporter que dans la dimension instantanée de sa respiration. Être attentif à sa respiration ne se peut être si l’on y pense. Immédiatement, c’est un chantier démesuré d’éprouvé lucide du « négatif » qui se révèle. Et c’est la puissance du vide instantané qui œuvre progressivement à faire monter les températures du feu de vision directe du circum tragique. Découverte expérimentale : ce vide instantané est conscient au-delà de toute mesure rationalisante. Une autre instance de vision surgit derrière les yeux bandés de l’analyse et de la synthèse réfléchissante. Cela a lieu à chaque instant, selon l’endurance du contact avec l’impansabilité de l’angoisse d’exister en peaux de pensée de limites. La contraction atroce peut être chauffée par le feu vide d’une bouche d’absorption du mécanisme du séparé. La blessure archi-traumatique peut être épousée, instantanément. Seulement instantanément. Le continent originaire du tragique est visible et traversable. Il peut être pénétré et transmuté. C’est une question de température du cri d’être, de force d’asphyxie. Énormité de la découverte expérimentale : c’est l’entièreté du FAIT DE PENSER À QUOI QUE CE SOIT qui fait résistance à chaque seconde à la plénitude agissante du feu d’être conquérant. Penser est réactif. Structurellement. Penser est enraciné dans la subconscience du maintien traumatique du temps et de l’espace. Même les nombres transfinis sont d’une éternité douteuse, ils sont intra-traumatiques. Réfléchir le vide, sous couvert de métaphysique ou d’antimétaphysique, le vide sans concept qui défonde l’arnaque de la tragi-comédie de finitude, voilà l’exercice de refoulement  sub-conscient privilégié dans lequel aime à se mirer l’imposture narcissique qu’on appelle penser.

Énormité de la révélation-révolution : une loi d’intelligence encore anormale pour nous se cherche dans l’impasse même de la politique de la pansée, dans tous les domaines présents de l’existence. La philosophie de cette mutation implique une mutation radicale du philosophique, c’est-à-dire de l’expérience du souffle conscient actuellement emmuré dans le traumatisme de l’articulation spatio-temporelle. Un empirisme sans l’a priori d’aucune « condition » inaugure l’aventure d’une rigueur étrangère à toutes les disciplines du penser. Dans l’œil de ce nouveau « processus », les pensées de « conditions » sont vues comme issues mécaniquement de la peur sub-consciente que la loi de notre propre vie dépasse tout à fait les pouvoirs de notre entendement sous conditions traumatiques. Ici la nouvelle rigueur se rebaptise très très progressivement dans l’art du contact tangiblement conscient, c’est-à-dire sans pensée, de notre souffle-vision avec la matière en folie du traumatisme pensant : un déconditionnement expérimental de toutes les fausses conditions prétendument « génériques » du « philosopher ». Selon cette vision-éprouver du conditionnement tragique, quotidiennement assumé en terre de solitude, l’amour de la sagesse n’est rigoureusement conditionné a priori ni par le mathème, ni par le poème, ni par le politique, ni par l’érotique. Ce processus expérimental de deuil engagé ici dans le désemparement consenti d’une solitude sans raison implique la destitution de l’axiome fondateur de toute la tradition dite « philosophique » depuis son aube grecque. « Être, penser : le même », tel est pour nous, visible à tout œil déconçu, le moyeu empoisonneur du nihilisme contemporain à l’échelle planétaire. C’est cette religion sans condition de la p(a)nsée, qu’elle soit d’ailleurs religieuse ou athée, qui rabat sans arrêt la surrection du vide dans les limites envenimées de la complication tragique. Affirmer, enfin, contre Parménide et Héraclite, que l’être est, à condition qu’en soit dé-soudé le non-être de la pansée, c’est cela qu’il faut entendre par prendre la bastille philosophique. C’est prononcer la mort du régime dictatorial de la pansée en philosophie, comme partout ailleurs, le révéler pour ce qu’il est depuis toujours : une vaste entreprise culturelle de tromperie « miso-sophique » dirigée par des maître-panseurs incessamment retournés vers la plaie tragique qui les ronge malgré eux pour toujours mieux monter en excellence dans l’art de s’en détourner dans le même geste. Matérialiste ou spiritualiste, révolutionnaire ou conservatrice, la miso-sophie panseuse collabore de part en part au régime subconscient du tragique politique. Et c’est pourquoi nous voyons du bon œil le règne du vide désastrer l’empire du pensable à grands renforts de plaintes et de gémissements contre le « nihilisme » planétaire et la fin du « révolutionnaire ». C’est aussi pourquoi il n’est pas hasardeux que « l’affaire » ou « l’événement » de la pansée d’aujourd’hui (en philosophie comme en astro ou en micro-physique d’ailleurs), tourne autour du « Néant » et du « Vide ». Nous voyons là les multiples tentatives de récupération et d’occultation du coup d’État en cours de l’être-vide contre l’empire d’imposture du non-être pansant. Car le vide qui fait événement à chaque instant, à travers le négatif inversé de l’élection collective du « pire », ne relève pas de la mafia de la pansée, et il demande à nos souffles un risque plus réel qu’une tiède ligne d’allégeance à une mystique de la parole parquée dans les simples limites d’une pansée d’« Axe du Néant » {{ Quoiqu’elle prétende dire au nom du « Néant », la mystique de la parole de « Ligne de risque » repose toute entière sur le sortilège dogmatique parménido-heideggérien d’une « Mêmeté » de l’être et du p(a)nser, cela même qui constitue à notre œil déconçu le véritable nerf ou « dispositif » du nihilisme planétaire contemporain.}}, ou qu’une cathédrale mathématico-fantasmatique destinée à se convaincre à mauvais compte qu’il suffit de refouler la puissance du vide supra-rationnel dans une boîte de conserve conceptuelle étiquetée « vide » pour croire qu’on vient de redonner un nouveau souffle à une raison philosophique en cours d’effondrement comateux déjà fort avancé. Le vide n’est réel qu’en tant qu’il est impansable !

Sagesse et puissance du vide, inefficience et folie sous condition traumatique de la pansée de « néant » ou de la pansée de « vide », sans qu’on puisse jamais faire s’équivaloir vide = esprit, ou vide = matière. La puissance révolutionnaire du vide ici invoquée n’est pas celle de la vacuité bouddhiste. Elle est puissance de traversement et de remise en fusion tangible de toute la matière impériale organisée par la matrix pansante. Ce feu supraconscient ne surgit pas d’un « haut », ni d’un « bas », d’une « droite » ou d’une « gauche », il est d’avance étranger aux catégories binaires de la politique métaphysique mentale. Il surgit de part en part, de nulle part, si ce n’est de nous-mêmes, ici même, pour peu qu’on soit, de tout, sincèrement désespéré, et qu’on soit prêt à tout pour découvrir l’inconnu du passe dans l’impasse. Cette dimension non-tragique du réel de nous-mêmes, inconsciente et nécessairement phantasmatique pour le système pansant qui repose tout entier sur le jeu habile de son refoulement mortifère, cette dimension instantanée confond d’avance toute division catégorielle. L’axe politique du vide instantané est puissance insécable d’immobilité mouvante pénétrant ici l’empire matériel de la mort parlante dans nos têtes jusqu’au-dessous de nos pieds d’argile fictionnés. Son champ d’action ne se joue pas ailleurs qu’au sein du Grand Jeu mondial du malaxage traumatique auquel nous soumet la non-vie politique sous l’ancien régime de la pansée, encore très férocement attaché aux prérogatives de son règne finissant. Il n’a pas à s’inventer des cabines arrière-mondaines d’essence imaginale où se projeter le « récit visionnaire » d’une « hiéro-histoire révolutionnaire », dans le secret invisible des plis herméneutiques d’un quelconque texte sacré pour témoigner du sens de l’immortalité.

Pour les nouveaux dés-emparés du grand dés-œuvrement miso-sophique, il s’agit de consentir par épuisement à la pénétration patiente de l’architraum de finitude, de se laisser introductés voyants dans la structure rythmique des mouvementations d’un trou en feu immobile qui carbonise le papier-plan des murs tragiques de la p(a)nsée. Le verbe « oui » est l’impansable passe cathartique à l’impuissance totale du penser face à l’enfermement qu’il sécrète. S’ensuit une science-friction nouvelle du feu conscient, une re-découverte expérimentale qu’il y aurait peut-être eu lieu d’appeler « travail du négatif », si la peur rusée de froide raison ne l’avait pas à la fois assomptionnée et génialement congelée, chez Hegel, dans la fosse aux glaciers rationnels de la métaphysique de l’Un-Tout. Car il est impossible de « savoir » le tenant et l’aboutissant de ce feu tangiblement supra-rationnel. Nous ne le savons pas, et ne le saurons jamais. Nous respirons l’alphabet nouveau-né d’un traversement possible (ex-périence) du mécanisme-séparé-qui-panse. Une fois mort-vu l’axiome nihiliste de l’équivalence de l’être à la p(a)nsée, le parti philosophique révolutionnaire à laisser être consiste à oser endurer sans limites pensables l’opération cathartique d’un réchauffement climatique soudain de la frigidité rationnelle face aux avances audacieuses de la puissance pénétrante du vide. Sans doute alors y a-t-il un noyau d’appellation à re-sidérer dans « l’identité de l’identité et de la différence » qui fait la génialité nerveuse de la logique hégélienne. Mais qu’en est-il si ce nerf, aujourd’hui, ne dispose plus sous la main d’aucun concept d’unité et de totalité rationnelle pour suppôter la fictionnalité catastrophique de ses stratégies guerrières ? S’il est bien plutôt reconduit à servir la plénitude non-mathématisable d’une méta-mathématique de l’instant hors totalité-une, qui sape déjà, et sapera toujours plus sur son passage historial, les pilotis de misère qui fondent les tours d’ivoire où s’asphyxient frénétiquement les Œdipe Sapiens/pas encore du tout Sapiens ?


Car oui : le fascisme est déjà passé. Et il est déjà passé pour longtemps. Et c’est bien Hitler qui gagne la guerre du monde aujourd’hui. Thanatos est déjà président, et il continuera longtemps encore à se cloner lui-même avec la bénédiction forcée des coc-chit-oyens pris au piège de la drogue dure « démocrasseuse ». Mais ce n’est pas avec la quincaillerie fossile d’un économisme politique freudo-marxien qu’on se destinera à la puissance spontanée de renverser l’ennemi de la révolution qu’appelle aujourd’hui. Aujourd’hui, ce n’est plus contre le gouvernement ultralibéral qu’il faut se révolter, c’est contre la dictature universelle du régime tragique de la mort pansante en chacun d’entre nous. Et c’est pour rester bloquer dans la phase d’un déni infantile à l’annonce de sa propre mort que l’extrême gauche révolutionnaire mondiale voit ses chances de survie chaque jour un peu plus massacrées. La ligne de risque révolutionnaire a changé de niveau logique. La barre est cent fois, mille fois plus haute. Et notre « philosophie » de collabos savants au nihilisme de la pansée s’avère complètement inadaptée par rapport à ce nouveau défi. Notre concept même de révolution est périmé. Nous sommes encore hallucinés par l’imaginaire d’une révolution dans la rue sur le modèle de 1789. Le libéralisme a gagné et personne ne veut en tirer vraiment la leçon. Tout le monde est récupéré. Mais c’est qu’il y a une intelligence là-dedans ! Le XXe siècle est un hyper-concentré de tous les espoirs humains mis dans la fausse commune. Qu’est-ce qui meut tout ça ? Si ce n’est pas le RIEN de tout cela ? Le vrai problème, c’est la soumission hypnotique au régime de l’architraum temporel, cette blessure d’infini abouchée au système de la mort. C’est cela qui fait le règne de la mort sur cette terre, une dictature qui dépasse le pouvoir de transformation de la pensée, parce qu’elle en procède directement… Maintes variations sur le thème de la « résistance », ou de la prochaine révolution politique pourront bien affecter plus ou moins agréablement nos cerveaux rompus à la pratique du concept, susciter même bien des avancées méritoires sur le front permanent des révoltes nécessaires contre l’empire de la barbarie libérale, aucune nouvelle élaboration p(a)nsante ne fera vraiment révolution face à la puissance traumatique qui nous habite d’avance subconsciemment, et qui fait de nous déjà des réactionnaires impuissants. Aujourd’hui, le parti des conservateurs, c’est celui qui alimente mondialement la dictature de l’imposture p(a)nsante, celui de la révolution, c’est celui qui ouvre en soi et en tous un espace illimité de manducation transmutante de l’architraum mortifère par la bouche dévoreuse du vide trans-temporel. C’est beaucoup moins excitant pour ceux qui aiment les bons vieux westerns et les cris aux barricades. Mais voyez, même le rêve d’une insurrection populaire massive contre le méchant oppresseur capitaliste eugéniste a déjà été programmé par le dispositif marchand de la Métropolis hollywoodienne avec un film comme « V pour Vendetta ». Tout a déjà été bouclé. L’attente messianique qui grandit à l’approche de chaque élection politique d’importance repose sur les mêmes bases infantiles que l’opium du sauveur religieux. Il n’y aura pas d’homme ou de femme providentiel. Et la majorité du peuple français ne descendra plus dans la rue mettre sa vie en jeu, la dictature douce peut durer encore longtemps. Trop attachée à ses privilèges, à son confort. Ils y tiennent à leur pouvoir de déléguer leur opinion, de démissionner de la politique de leur propre vie. Car la « crise » n’est pas politique, ni sociale, ni économique, elle est psycho-physiologique, elle est évolutive. C’est Œdipe Sapiens/pas Sapiens du tout qui est révélé en miroir dans l’ampleur de sa folie constitutive de singe malheureux et rétif au changement. Et c’est pourquoi il est peut-être très bien qu’il n’y ait plus de Zorro pour nous sauver des conséquences politiques de l’horreur inexplorée que, riches ou pauvres, nous portons en nous-mêmes par milliards, comme un furoncle inguérissable qui enfle au beau milieu de notre visage de citoyens bien pansants, et duquel nous ne voulons à toute force que nous distraire, par exemple en allant voter le 22 avril 2007, comme si de rien n’était. Nous, nous disons que Zorro a changé d’adresse, qu’il n’y a plus de pansement disponible dans la boutique de la pharmacopée pansante contre le règne du « mal » qui monstre maintenant l’intérieur de ses dents, que tous les héros du militantisme d’extrême gauche sont aujourd’hui aussi réactionnaires que les bobos qu’ils conspuent, et qu’il faudra bien plus que de la « philosophie » et du « courage » pour voir un jour la chute réelle du mur abyssal de folie dont la démocratie médiatico-parlementaire n’est que le symptôme émergé.


L’humain ne passera à autre chose que l’humain que par une overdose de l’humain.

Que faire quand l’ennemi principal n’est plus principalement au dehors ? RIEN. NE PLUS RÉSISTER à l’impuissance révélée de notre pouvoir de contrôle sur nos vies évidées. Impuissance sans limite d’impuissance au pouvoir menacé de la pansée devant l’empire écrasant de la blessure qu’elle panse : nous sommes à ce moment-là.

Le fascisme constitutif de la pansée est la révélation-révolution en cours, la démonstration planétaire en acte du refoulé qui nous hante, cela même que les panseurs du changement politique occulteront jusqu’au bout. De l’intérieur de l’empire de la peur violeuse qui se durcit, le vide lui non plus, lui avant tout, ne laissera rien en place. L’empire de la peur pansante se durcit parce que la puissance révolutionnaire du vide inconcevable est incomparablement supérieure au régime de terreur en lequel s’entretient la fiction pansante.

La révolution française fut quand même l’événement mondial majeur qui a commandé l’histoire du monde depuis deux siècles ? Et après ? Cela nous évite quoi du régime de l’aberration à traverser ici et maintenant, autrement qu’en y réfléchissant ? Tout le bien de cette révolution s’est retourné aujourd’hui contre la vie, et notre « raison » n’a rien pu empêcher. Où est-elle la révolution française ? La révolution française ne pourra plus qu’être récupérée dans le pire de la récupération, comme toutes les issues idéologiques sécrétées sous morphine par la pansée…

 


Pour nous, il n’y a pas encore eu de « révolution ».

C’est pourquoi il est devenu éminemment politique d’affirmer que le lieu de décision stratégique du pouvoir qui commande nos destinées ne se situe pas dans le champ restreint de notre sens du politique, ni dans notre philosophie politique, que c’est précisément là que s’entretient l’hypnose française du ressassement de 1789, et qu’il n’y a là qu’un affreux trompe-l’œil et un affreux chantage du mensonge mortifère.

La démocratie actuelle, pourquoi la faire tenir ? Pourquoi aller voter ? Alors qu’elle n’existe plus. Pourquoi faire tenir cette dernière illusion ? Ceux qui sont sur le devant des planches n’y croient même plus. Pourquoi y tenir ? Qu’est-ce qui reste ? Le rêve de pouvoir retarder une menace de guerre civile, de guerre tout court ? Encore une stratégie pour cultiver la fuite. Tout du monde de la pansée est une mise en scène de la fuite pour retarder le moment du face à face avec le vide et la puissance incoercible de son trou. Les injustices sociales, les camps de concentration, les génocides, tout ça n’est le résultat que de la distraction, de la fuite devant la révélation de l’inconsistance mensongère de la dictature pansante qui nous ronge les sangs de l’intérieur. Nous sommes conditionnés à panser que si on retire la structure politique, il ne restera plus que la barbarie : non ! C’est faux, c’est le chantage stratégique de la pensée-fuite-peur, c’est pour cela qu’on continue à fabriquer des horizons de maintenance du système spectaculaire : avec le retour du religieux, le mythe d’une relance du désir, d’un recommencement de la philosophie, de la lutte révolutionnaire, d’un changement de société par un changement de politique industrielle, etc., Tant qu’on aura la dictature, on aura l’exacte épreuve de conscientisation et de transmutation du refoulé impansable qui nous meut hors contrôle de la pensée. Tant qu’on ne fera pas face individuellement, puis collectivement, à la cause fondamentale de la tragédie qu’est le régime mortel de la pensée.

La pensée est l’ennemi mortel de la révolution. La vérité de la pensée, c’est son néant.


 


L’Odyssée de la traversée de l’architraum tragique de finitude est la révolution qui a déjà commencé. L’aventure d’une autre rigueur que la mal-intelligence pansante. Conquérir en soi la terreur de la solitude sans conditions, sans pensée de « je » et « d’autre », c’est prendre le risque de voir s’ébranler la consistance ontologique des faux « transcendantaux ultimes » que sont la « naissance » et la « mort ».

Découvrir le continent du vide, lui laisser entièrement place dans nos corps, c’est réaliser l’unique lieu réel du commun. La pansée étant le lieu et l’organum même de son désaveu tragique.

Nous n’avons pas encore commencé le grand œuvre politique d’être seul. Nous y pansons, en restant sur le bord. Nous connaissons l’isolement. Mais la solitude, c’est-à-dire le phantasme traumatique de la mort temporelle, nous n’y sommes pas encore entrés vivants. D’où l’échec tragique du « commun », et l’ère du nihilisme, ce remugle insensé d’emmurés politiques.

L’homme est né esclave de la dictature mentale, et partout il reste dans les fers. Et si la révolution ne doit s’arrêter qu’à la « perfection du bonheur », comme en rêvait Saint-Just, il faudra bien que l’humanité sorte héroïquement des cavernes de sa terreur millénaire du mourir et qu’elle consente à se laisser opérer vivante de la mort. Ici même. De ce qui fait la mort. Car c’est un mécanisme. Impensable, mais visible. Dans la tête, dans le cœur, dans les tripes. Jusque dans les fondations de ce qu’on nomme abusivement le « corps ». Découvrir le feu de cette révolution-là est le seul « programme » solitaire et involontaire des asphyxiés du temps zéro. Tout le reste sent le cadavre, ou y conduit.

La dévastation planétaire du panser ne s’arrêtera pas. C’est la « grande politique » du vide qui, partout, fait la « une » de l’« événement » en ce moment, à l’invu de tous les p(a)nseurs de la plaie temporelle. C’est la révolution du vide qui fait « Ereignis », qui fait « événement » chaque soir à l’assommoir du 20 heures, autant de concepts inadéquats truffés d’illusions qui ne diront jamais la chose en soi de l’effondrement de la machination politique en cours qu’on appelle « penser ». Et ce fait, éminemment révolutionnaire, ne peut nécessairement pas concerner un « je-pense », car aucun « je-pense » n’habite le vide, mais elle destine chacun, chaque contrefort pansant dit « humain », en ce moment même, à l’épreuve politique d’un coup d’état infigurable contre l’empire du temps du rien de la pansée aux prises avec les mains sans doigts du vide.

Tel est à nos yeux en parturition l’œil cyclonique du « nihil ». Ce que la pansée nomme « nihilisme » est l’expression caricaturale et torturante, l’ultime figure du dédoublement d’imposture, de duplicité voilante de la révolution vide. L’entrée en la révolution du vide nous astreint ainsi à la perte radicale d’équilibre de tous les repères de la mémoire pensante, et à marcher seuls dans la pénétration inconcevable du traum mortifère, car aucun texte sacré, aucune mystique de la parole pansante, pas plus qu’aucune mystique du peuple, nationale ou cosmopolite, aucune religion de la démocratie laïque, ne feront le poids face à cette gigantesque invasion du vide.

La révolution vide se fait maintenant ici même en nous défaisant de toutes les postures du pouvoir d’imposture du penser : elle est cette donation même du néant désastreux de tous nos ressorts réflexifs. Que plus rien de la politique pensante ne soit tenable — ni la monarchie, ni l’aristocratie, ni l’oligarchie, ni la démocratie, ni l’anarchie — que la totalité des positions pensables soient insupportables, perdent leur pouvoir de fascination et de consolation, c’est ce séisme, cette transhumance forcée vers l’abîme de totale impuissance qui est l’opération même de la révolution vide en cours. Et la sacro-sainte religion de l’actuelle « démocratie » est sans doute la toute dernière des grandes idoles à nous servir de cache-misère pour continuer à ne pas voir en face que toute l’histoire de la fiction humaine doit maintenant toucher l’impasse sans solutions de toutes ses vaines tentatives de « solutions ».

Ici « déconstruire » les fondements (introuvables) de la démocratie (elle est toujours déjà hantée par sa condition « fasciste ») ne suffit pas, reste un marquage de conservatisme, pas plus qu’une éventuelle déconstruction de la déconstruction.

Nous ouvrir plutôt, par saturation d’impuissance, à la nécessité évolutive de la radicalité de cette mutation immense déjà partout à l’œuvre, voter, nous vouer au processus de déprogrammation, de destitution irréversible de l’empire hypnotique de la pansée sur nos vies, cette volte seule est pour nous « révolution ».

Et cette façon de « grande politique » ne signifie aucunement un retrait « hors » du monde, mais, au contraire, de plain-pied dans l’immanence, un commencement d’atterrissage lucide dans le défi de la catharsis radicale du tragique sur cette terre désastrée. Ainsi, s’il y a un apolitisme de rigueur dans l’actuelle catastrophe généralisée de la pansée, c’est qu’une désertion est obligatoire face à l’enrégimentement forcé dans le mécanisme du bluff de soi et d’autrui en matière de « politique »: il n’y a jamais eu de « peuple », il n’y a jamais eu « d’individu », il n’y a jamais eu de « communauté ». Nulle part nous n’aurons jamais été « ensemble ». Le petit jeu de la « démocratie », qui repose hypocritement autant sur le crime que toutes les autres figures du régime dictatorial de la pensée, n’est plus ainsi aujourd’hui qu’un alibi de plus en plus intenable pour continuer à vi-voter dans le rêve. Car, génériquement pensant, l’homme est un rêve, et c’est pour cela qu’il arrive à sa fin, comme tout rêve…

Nous sommes entrés dans l’évidence d’une asymptote géocidaire qu’il est aussi vain de nier que de combattre par la pansée de l’intérieur du spectacle pansant qui tourne dans nos cerveaux. Une mutation qui n’est pas plus prioritairement écologique que politique, sociale économique ou culturelle. La priorité des priorités, ce n’est donc pas de signer le pacte écologique de Nicolas Hulot. C’est de commencer à réaliser que nous sommes entrés irréversiblement dans une mutation évolutive qui affecte l’ensemble de la formule de homme/monde et ébranle jusqu’au mythe mensonger de la naturalité même de la nature cosmique. La « catastrophe écologique » en cours est à nos yeux un aveu d’inauthenticité de la « nature » de la nature. Si « harmonieuse » qu’elle se présente, cette nature n’en porte pas moins le germe pulsionnel de mort qui préside à la loi mensongère de nos souffles coupés. Portant le nœud tragique du biocide au cœur de son sein, elle ne pouvait donc selon nous, à terme, « naturellement », que produire elle-même le dispositif de son propre suicide. Et nous sommes à l’heure de ce terme. Toute la Terre conspire ainsi, apparemment, à son propre géocide, comme l’espèce dite « humaine ». L’atome, le quark, la cellule, la molécule, le pulsar, tous ces concepts opératoires révèlent le caractère intégralement artificiel de la « nature ». Introduits dans la révolution vide, nos souffles conscients s’habituent à oser envisager qu’il n’y a peut-être pas lieu de chercher à préserver à tout prix la « nature » telle qu’elle est, (que cela ne sert peut-être à rien, que c’est même désormais impossible), pas plus qu’il n’y a lieu de préserver le règne mortifère d’une machine fêlée à fictionner le « pire » qu’on nomme « l’humanité de l’homme ». « Homme », « nature » : une seule et même mécanique traumatique universelle en cours d’effondrement.

Nous entrouvrons les yeux au fait que l’espèce pensante étant une espèce de transition, le « mal » apparent qui la met à « mal » est le verdict de sa caducité, et qu’elle est déjà engagée, par la négative, dans le processus de son propre dépassement évolutif… Aux confins de l’enfer rigoureusement sondé du camp de pollutions chimiques aux dimensions planétaires, l’expérience nue {{l’expérience nUe, ce livre tournant d’aurélien réal, a été publié dans la collection l’imp(a)nsable en mai 2006, Le Grand Souffle Editions}} d’un corps asphyxié révèle que cette effroyable mise à « mal » est sans doute plus profonde qu’elle n’est un « mal »… 

AUTRE CHOSE est en train de naître dans la rigueur inconcevable de l’impasse intégrale du pouvoir pansant, du dés-espoir nécessaire de toute forme de communautarisme, comme de tout anti-communautarisme, dans le désert accompli du « lien », comme dans celle de l’agonie « inacceptable » de la nature mortifère. AUTRE CHOSE que « nous » est en cours de naissance par les cris du vide dans le placenta temporel.

Tel est ainsi l’effondrement du rêve tragique qui nous voue à ne pas aller voter en avril 22 de l’enrôlement 2007 pour le gouvernement de l’imposture temporelle, cette machine inconsistante qui ne voit pas, qui panse et subit férocement, sans cesse apparente, le refoulé qu’elle sécrète par le fait même de le panser, cette bastille d’agonisants par milliards en cours d’effondrement sous la puissance des coups d’un instant vide sans mesure, à mesure que vous ne le pansez plus. N’y pansons plus, voulez-vous ?…



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