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Illustration: Le voyage de Jules - Sabine Huchon

Le voyage de Jules

(Version Intégrale)

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Lu par Sabine
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Musique : Carpe Diem; Fretless; Carefree; Anguish;Kevin MacLeod (incompetech.com)
Illustration d'après pixabay.com


Sabine HUCHON

***

Le voyage de Jules 

Chapitre I Sylvette

— Tu ne dors pas, Jules?

— Non, maman, j'ai trop chaud.

— Dors bien vite. Il est déjà neuf heures. Tu as de l'école demain.

Ce soir Jules ne parvient pas à s'endormir. Alors, comme lui a conseillé son amie Sylvette, la fille des voisins, il compte les moutons. Un mouton… Deux moutons… Trois moutons… Au douzième mouton, Jules abandonne:

— Ça ne marche pas, son truc.

Il pense au Petit Prince: « S'il vous plaît… dessine-moi un mouton ! » Quelle chance il a, ce Petit Prince. Il en a fait, un grand voyage!

 Juste à cet instant, la sonnette de la porte d'entrée retentit.

— Tiens? Qui vient si tard à la maison? se demande Jules.

Par la porte de sa chambre qui reste toujours entrouverte, il entend que la conversation est animée dans le salon.

— Il faut que j'aille voir ça!

Alors Jules sort de son lit et marche à pas de loup jusqu'au salon, où il reste caché. Jules est un garçon téméraire, il n'a pas peur. A bientôt dix ans, on est un grand.

Il est surpris de voir que les invités ne sont autres que les voisins, les parents de Sylvette. Mais il est encore plus surpris quand il entend le voisin dire à son papa:

— Nous sommes trop pauvres depuis que je n'ai plus de travail. Nous ne pouvons plus payer le loyer de la maison. Nous serons obligés de déménager si je ne trouve pas d'argent au plus vite.

 

Catastrophe! Sylvette va déménager? Sa Sylvette?

 

Jules est très triste. Sylvette est son amie depuis qu'ils sont tout petits. A l'école maternelle, déjà, ils étaient dans la même classe. Ils ont toujours habité dans la même rue, dans des maisons qui se font face. Ils ne se sont jamais quitté. Et elle est si gentille, Sylvette. Elle est toujours de bonne humeur.

En regagnant sa chambre sur la pointe des pieds, Jules murmure, les larmes aux yeux:

— Non! Je ne peux pas laisser faire ça! Sylvette ne peut pas déménager. On ne peut pas séparer des amis…

Puis il s’assoit sur son lit et réfléchit. Mais la fatigue le rattrape et il s'endort.

 

***

A l'école, le lendemain, pendant la récréation, Jules demande à Sylvette:

— C'est vrai que vous allez déménager?

— Très certainement, lui répond Sylvette. Nous irons où papa trouvera du travail.

— Mais moi je ne veux pas que tu me quittes, s'écrie Jules.

— J'en ai parlé à ma maman, reprend Sylvette en souriant. Rassure-toi. Elle m'a dit que nous pourrons nous voir quand-même si on ne déménage pas trop loin. Pendant les grandes vacances, par exemple, ou à Noël.

Jules fait la moue.

— Oh, toi, rien ne te fait de peine. Tu ris toujours de tout.

 

Arnaud, un camarade de classe, s'approche des deux amis:

— Eh, vous deux. On fait une chasse au trésor, mercredi après-midi, au Champ aux Oiseaux. Mon cousin m'a dit qu'il y a un vrai trésor enfoui là-bas. C'est notre grand-mère qui lui a révélé le secret.

— Tu parles, réplique Jules. Ça n'existe pas les vrais trésors.

Arnaud s'indigne:

— Dis donc! Ma grand-mère n'est pas une menteuse! Alors? Vous venez avec nous?

— Un trésor… soupire Sylvette. Si papa avait un trésor, il n'aurait plus besoin d'aller travailler ailleurs.

Sur ces paroles la cloche sonne et les enfants entrent en classe. On voit alors un sourire se dessiner sur la face de Jules:

— Mais oui! Un trésor! C'est la solution! Il faut que je trouve ce trésor.

 

Alors cette fois-ci, le soir, Jules fait semblant de dormir quand sa maman éteint la lumière. Mais aussitôt qu'elle sort de la chambre, il prépare son sac à dos: quelques vêtements de rechange, le paquet de biscuits et la petite bouteille d'eau qu'il a chipés un peu plus tôt dans le placard, et sa lampe de poche. Ça peut servir, dans le noir. Il ouvre la fenêtre, saute à pieds joints sur la pelouse et on entend:

— A moi le trésor!

 

Et voilà Jules parti pour le Champ aux Oiseaux.

 

Chapitre II

Au zoo

 

Jules marche très vite. Il court, presque. C'est un peu loin le Champ aux Oiseaux. Il passera par l'allée qui traverse le zoo, c'est plus court, à pied. Il aurait préféré prendre son vélo, mais il est rangé dans le garage. Et la porte du garage grince très fort, papa l'aurait entendu. Trop risqué.

Peu importe. Jules aime bien le zoo. Le lion l'impressionne bien un peu, mais les singes sont à mourir de rire. Tiens! Justement ils font les clowns. Jules s'arrête.

— Coucou les singes. Pas encore couchés?

— Et toi? Que fais-tu tout seul, dehors, dans la nuit? répondit un singe.

Là, il a beau être bien éveillé, Jules croit rêver. Il balbutie:

— Vous… Vous… Vous parlez!!!

— Naturellement. Tous les animaux parlent. Seulement, on ne parle qu'aux enfants, quand il n'y a pas d'adultes.

— Ça alors! Il faut que je le dise à maman! s'exclama Jules.

Les singent éclatèrent de rire:

—  Ah, ah, ah! Certains enfants ont déjà essayé de le dire à leurs parents. Tu sais comment ça a fini?

— Euh… Non… Non…

— Les parents ne les ont pas crus et ils ont été punis pour leurs mensonges.

— Mais ils ne mentaient pas!

— Essaye, tu verras… dit le zèbre d'un air narquois. Mais dis donc, avant de jouer au petit rapporteur, explique-nous un peu ce que tu fais là, tout seul, dans la nuit.

Pendant ce temps, tous les animaux du zoo s'étaient rassemblés devant Jules. Il dit un peu tristement:

— Oh, ce n'est pas la peine. Vous ne pouvez rien faire pour moi.

— Raconte quand même, dit une voix qui venait du ciel.

Jules leva la tête. C'était la girafe:

— Qu'est-ce que tu risques? dit-elle.

— C'est que… Il faut que…

Jules ne savait pas par où commencer son histoire. La cigogne vint à son secours:

— Eh, petit, tu pourrais commencer par te présenter.

— Moi je sais qui tu es, dit le plus petit des singes. Tu t'appelles Jules.

Jules fut impressionné.

— Wouaaaah… Comment tu sais ça?

— Devine…

Jules réfléchit et fit non de la tête.

— Quand tu es venu avec ta classe, le mois dernier, j'ai entendu ta maîtresse te disputer alors que tu essayais de récupérer ta casquette rouge qu'un de tes camarades t'avait volée. Enfin… C'est ce que tu croyais.

— Bien sûr. C'était Stéphane. Il est méchant.

Le petit singe rit très fort, en se tenant les côtes.

— J'ai compris, dit Jules, un peu dépité. C'était toi le voleur, petit farceur.

Le singe rit plus fort encore:

— Ah, ah, ah… Quelle tête tu faisais! Et ton copain, accusé à tort! Ah, ah,ah.

— Celui-là, dit Jules, ce n'est pas très grave. C'est pour toutes les fois où il embête les autres et ne se fait pas attraper.

La cigogne, d'un coup d'aile se campa devant Jules.

— Ce n'est pas juste! claqueta-t-elle.

— La justice des hommes est l'affaire des hommes, affirma le gorille.

La girafe s'impatienta:

— Bon. Elle vient cette histoire?

Jules s'assit sur une grosse pierre qui se trouvait là, et commença à raconter:

— C'est vrai, je m'appelle Jules et j'ai bientôt dix ans. J'habite la rue des Tilleuls, en face de Sylvette. Sylvette c'est ma meilleure amie.

— Oui, c'est ton amoureuse, ricana la hyène. Elle est belle, au moins, ta Sylvette?

— C'est la plus belle de toute l'école! lui répondit Jules. Elle a des grands yeux noisettes qui rient tout le temps.

La hyène insista:

— C'est ton amoureuse! C'est ton amoureuse!

Le crocodile se fâcha.

— Elle va se taire, celle-là, ou je l'avale d'un seul coup de mâchoire.

La hyène ravala sa langue et ne prononça plus un mot.

Jules avait presque les larmes aux yeux:

— Sylvette va déménager car ses parents sont devenus pauvres, maintenant. Alors je vais au Champ aux Oiseaux pour trouver le trésor.

Soudain très intéressés, les suricates se hissèrent sur la pointe des pieds:

— Le trésor? Quel trésor? demandèrent-ils tous en chœur.

— Arnaud dit que sa grand-mère a révélé un secret à son cousin: il y a un vrai trésor dans le Champ aux Oiseaux. Et la grand-mère d'Arnaud ne ment jamais.

— De quel champ parles-tu?

— On l'appelle le Champ aux Oiseaux, mais c'est plutôt une prairie recouverte d'herbe. C'est celle où il y a une vieille maison presque toute écroulée. Nous, les enfants, on n'a pas le droit de rentrer dedans, c'est trop dangereux.

De l'herbe et une vieille bicoque? Les suricates furent très déçus.

Par méchanceté ils répliquèrent:

— Tu peux rentrer chez toi. Les trésors, ça n’existe pas.

Le lion rugit doucement et tous les animaux s'écartèrent pour le laisser passer. Il s'assit en face de Jules.

— Mon pauvre enfant. Même s'il y avait un trésor, dans ton champ, comment ferais-tu pour tout creuser tout seul. Tu n'as même pas un outil.

Mince! Jules n'avait pas pensé à ça.

— Cependant, reprit le lion, j'ai déjà entendu mon père parler de ce trésor. Il disait que les oiseaux avaient vu un vieil homme cacher un grand coffre aux alentours de la maison, qui, à l'époque n'était pas écroulée du tout.

Jules ne fit qu'un bond.

— Où? Dis-moi où est enterré le trésor.

Mais le lion resta muet.

Le pélican osa prendre la parole:

— Voyons, le lion. Tu ne vas pas laisser le petit garçon sur sa faim. Aller, cesse donc de jouer au grand chef et dis-lui comment il doit faire.

Le lion sourit gentiment.

— Ne t'énerve pas, Grand-Bec.

Puis s'adressant à Jules:

— La réponse est certainement dans Le Grand Livre des Vérités.

— Qu'est-ce que c'est, Le Grand Livre des Vérités? demanda Jules.

— C'est un livre où un grand sage écrit toute la vie de tous les animaux. Dans ce livre, tu trouveras sans aucun doute le récit des oiseaux qui ont vu le vieil homme cacher son trésor.

— Mais personne ne sait où est le Grand Livre! s'exclama le pélican.

Le lion prit un air mystérieux en emmenant Grand-Bec un peu à l'écart:

— Je vais te le dire en secret.

Il murmura une longue explication à l'oreille du pélican. Ce dernier hochait régulièrement la tête, quand soudain il s'exclama:

— C'est trop loin! C'est de l'autre côté de la mer! Le petit Jules ne pourra pas y aller à pied!

— C'est pour cela que c'est à toi que j'ai révélé l'emplacement du livre et non pas au petit Jules. C'est toi qui le conduiras sur ton dos. Avec tes ailes, vous serez vite arrivés. Mais attention. Le lieu doit rester secret. Ainsi, un peu avant d'arriver, tu banderas les yeux du garçon pour qu'il ne devine pas où il est. Et toi, jure devant tous les animaux que tu respecteras le secret pour le reste de la vie.

— Je jure de ne jamais révéler où se trouve le Grand Livre des Vérités, dit bien fort le pélican en gonflant le torse.

— Tout est bien, vous pouvez partir.

Jules enjamba le pélican.

— Accroche-toi bien à mon cou pour ne pas glisser.

Tous les animaux du zoo les saluèrent:

— Bon voyage.

— A bientôt.

— Soyez prudents!

 

Chapitre III

Le voyage

 

Le début du voyage fut un enchantement pour Jules. Vu d'en haut, sur le dos du pélican, les lumières des villes faisaient de grands feux d'artifice.

Ils survolèrent bientôt la mer. Malgré les rayons de la lune, on n'y voyait pas grand-chose.

— Comment fais-tu pour ne pas te perdre? demanda Jules à Grand-Bec.

— Je me sers des étoiles comme une boussole.

— Mon chat aussi voit dans la nuit. Il faudra que je lui demande si lui aussi se sert des étoiles.

 

Le jour se leva enfin. Grand-Bec eut besoin de repos.

— Voilà une île. Nous allons nous y arrêter un peu. Regarde, il y a une rivière.

Ils atterrirent sans encombre, mais à peine Jules eut-il mis les mains dans la rivière pour en boire l'eau claire, qu'il vit apparaître à sa surface deux yeux énormes. Il poussa un grand cri, remonta à toute vitesse sur le dos du pélican:

— Un monstre! J'ai vu un monstre qui sortait de l'eau!

Sans discuter et sans perdre un instant, nos deux amis s'envolèrent à tire-d'aile!

Cependant, quand ils eurent repris leur souffle, Grand-Bec réfléchit. Il avait déjà visité cette île, autrefois, et jamais il n'avait croisé de monstre.

— Il était comment ton monstre? demanda-t-il à Jules, d'un air soupçonneux.

— Euh... Ben... Il avait des yeux!

—  Des yeux? C'est bien maigre comme description. Il était de quelle couleur, ce monstre?

— Ben...

Grand-Bec maugréa:

— Oui, je comprends. Tu as cru voir deux yeux dans la rivière, tu as imaginé je ne sais quelle histoire, et tu as pris peur.

Jules devint rouge de honte. Pour ne pas passer pour un poltron:

— Non, pas du tout. Il était énorme. Tout vert. Avec de grosses dents, dit-il.

— Oui, oui, c'est cela... répondit Grand-Bec qui ne le crut pas. Où va-t-on se poser, maintenant? C'est que je commence à avoir rudement faim, moi.

— Regarde! s'exclama Jules. A droite, un bateau!

—  Tu as de la chance, ronchonna Grand-Bec. Accroche-toi bien, je vais me poser en haut du plus grand mat.

Le pélican dut s'y reprendre en trois fois, mais nos deux camarades furent bientôt installés sur le mat. Jules, toujours installé sur le dos de son ami, grignota quelques biscuits.

— Tu en veux, Grand-Bec?

— Les pélicans ne mangent pas de biscuits!

— Que vas-tu manger, alors?

— Du poisson.

— Je n'ai pas de poisson dans mon sac! Comment vas-tu faire?

— Je vais le pêcher, pardi.

— Ah?...

— Descends de mon dos et accroche-toi bien au mat. Je n'en ai que pour un instant.

En effet, en moins d'une minute, Jules vit Grand-Bec plonger dans la mer et en ressortir avec un grand poisson qu'il goba d'un seul coup.

— Beurk! pensa Jules. C'est dégoûtant, du poisson cru.

Ils se reposèrent encore un moment sur le mat, puis reprirent leur voyage.

 

Il fallut voler encore une bonne partie de la journée et le soir de gros nuages commencèrent à se former dans le ciel.

— Nous sommes bientôt arrivés, dit Grand-Bec. Il faut mettre ton bandeau.

— Oh, non! Je vais avoir peur, moi, avec ça sur les yeux! Et crois-moi; je ne sais pas où on est.

— J'ai promis au lion.

— Et je te promets que je ne lui dirai rien si tu m'autorises à ne pas porter ce bandeau.

— Une promesse est une promesse. Si tu n'enfiles pas ce bandeau, nous devrons faire demi-tour.

Jules pensa à Sylvette. S'il ne trouvait pas le trésor, elle déménagerait. Alors, courageusement, il sortit de son sac le large bandeau noir que le lion lui avait remis.

Grand-Bec l'encouragea:

— Je suis fier de toi. Patience, nous n'en avons plus pour longtemps.

Seulement, Jules sentit quelques gouttes d'eau tomber sur lui.

— Zut! Il pleut.

Et bientôt les quelques gouttes devinrent une vraie averse, et le tonnerre gronda.

— Tiens-toi bien à moi, Jules. C'est la tempête!

Jules eut très peur cette fois-ci. Il entendait les éclairs claquer, le tonnerre qui ne cessait de gronder, et un terrible vent qui les poussait tantôt à droite, tantôt à gauche, qui les soulevait encore plus haut dans le ciel. Et le pauvre Jules qui ne voyait rien!

 

L'atterrissage ne se fit pas en douceur!

Grand-Bec souffla:

— Ouf! On a eu chaud. Tu peux descendre et enlever ton bandeau, nous sommes arrivés. Vois, il y a une grotte, juste en face. Courrons nous mettre à l'abri. Bigre, il fait noir ici.

— Attends, j'ai apporté une lampe de poche, répondit Jules. Malin, le petit Jules! ajouta-t-il, fier de lui.

La grotte leur apporta un peu de réconfort. Mais Jules était trempé, il grelottait.

— Il faut faire un bon feu pour te réchauffer, dit Grand-Bec en ramassant déjà des brindilles avec son bec.

Le feu fut vite allumé. Les deux amis s'y installèrent, et à défaut de poisson, Grand-Bec accepta de partager le reste des biscuits.

Ainsi séchés et restaurés, épuisés, les deux amis s'endormirent près du feu.

 

Chapitre IV

Le sage

 

Un maigre rayon de soleil qui avait réussi à pénétrer dans la grotte réveilla Jules au petit matin.

— Debout, Grand-Bec. Il faut rejoindre le sage, maintenant.

Grand-Bec prit son temps. Il s'étira le cou, puis les pattes et lissa longuement ses ailes.

Jules s’impatientait.

— Allons allons, dit le pélican. Nous avons tout notre temps. Nous ne serions pas très avisés de réveiller le sage de si bonne heure, il serait de mauvaise humeur. Nous allons finir le chemin à pied. Mes ailes sont trop fatiguées pour voler encore. De toute façon la caverne est toute proche d'ici.

 

En effet, après un temps qui lui sembla très court, Jules aperçut l'entrée de la caverne où habitait le sage. L'entrée était recouverte de feuilles mortes et de pommes de pin, et de nombreuses araignées y avaient tissé des toiles gigantesques. C'était plutôt répugnant. Mais une fois dans la caverne, tout n'était que splendeurs. De magnifiques tapis richement brodés jonchaient le sol. Les murs étaient recouverts de jade et d'or. Et partout, de superbes statues de marbre semblaient désigner le chemin à suivre.

— C'est merveilleux, murmura Jules, admiratif.

— Suivons les statues, ordonna Grand-Bec.

Ils longèrent quelques galeries toutes plus belles les unes que les autres, éclairées par d’innombrables torches accrochées aux murs, et parvinrent dans une très grande salle toute éclairée d'une lumière inconnue qui ressemblait tant au soleil que Jules et Grand-Bec en furent tout éblouis. Une fois ses yeux habitués à cette clarté, Jules découvrit un trône de pierre sculptée, au fond de la salle. Et sur ce trône était assis un majestueux tigre, vêtu d'une grande cape aussi richement brodée que les tapis, et coiffé d'une couronne ornée de pierres précieuses. C'était le grand sage.

Grand-Bec s'agenouilla pour le saluer et tira Jules par la manche pour qu'il en fit autant.

— Soyez les bienvenus, voyageurs, dit le tigre.

Jules fut impressionné par la force de sa voix, mais le regard du sage était bienveillant.

— Quel hasard vous a conduit dans mon palais?

— Ce n'est pas le hasard qui nous à conduit jusqu'ici, répliqua Grand-Bec.

— Non? s'étonna le tigre avec un léger mouvement de surprise.

Alors Jules et Grand-Bec racontèrent à tour de rôle leur grand voyage et la raison pour laquelle ils étaient là.

— Très bien, jeune homme. J'ai bien écouté ton histoire. Mais avant de te révéler la cachette du trésor, comme tu me le demandes, il faut que je consulte le Conseil des Animaux.

Le sage claqua deux fois des mains, et l'on vit s'approcher des dizaines d'animaux du monde entier.

Silencieusement, deux chats géants emmenèrent Jules et Grand-Bec dans une petite pièce au fond d'un nouveau corridor, où un festin de roi les attendait. Toujours sans un mot, les chats les invitèrent à s'installer à table et à manger. Jamais les deux amis n'avaient mangé d'aussi délicieux mets ni bu d'aussi douces boissons. Quand ils furent repus, les deux chats les reconduisirent à la grande salle. Il ne restait que le tigre, toujours assis sur son trône, mais cette fois-ci il avait un grand livre recouvert de cuir, posé sur une tablette de cristal, à côté de lui.

 

Jules tremblait. Et si les animaux refusaient de lui dire où était le trésor qui sauverait la famille de Sylvette?

Le tigre prit la parole:

— Le Conseil des Animaux est d'accord pour que je te révèle où est caché le trésor.

Jules soupira de soulagement.

— Approche-toi. Nous allons chercher ensemble dans le Grand Livre des Vérités.

Le tigre, toujours vêtu de sa cape et coiffé de sa couronne, tourna lentement plusieurs pages en parlant dans ces moustaches, revint en arrière, puis tourna à nouveau beaucoup de pages. Jules perdait espoir, quand le tigre posa un doigt sur une des pages.

— Voici le récit des oiseaux. Voyons, voyons...

Le livre était écrit dans un langage que Jules ne comprenait pas, mais le pélican approuvait du bec.

— En effet, reprit le tigre. Il y a un trésor près de la maison du Champ aux Oiseaux. Mais il n'est pas tout à fait enterré dans le champ. A la prochaine lune, tu te placeras à la porte qui se trouve derrière la maison. Tu feras cent-sept pas tout droit, et tu seras alors dans la forêt. Le trésor est enterré au pied du dix-septième arbre sur ta gauche.

A cette déclaration du sage, Grand-Bec s'agita. Il sauta d'un pied sur l'autre en s'écriant:

— Mais la prochaine lune, c'est ce soir. Nous n'aurons jamais le temps de rentrer!

— Chuuuut... fit le tigre.

A nouveau il claqua deux fois des mains, et deux gazelles majestueuses apparurent.

Elles raccompagnèrent Jules et Grand-Bec à l'entrée de la caverne, et soufflèrent très fort sur les feuilles mortes. Aussitôt les feuilles se transformèrent en milliers de minuscules lumières qui encerclèrent les deux amis. Et comme par magie, Jules et Grand-Bec se retrouvèrent au milieu du Champ aux Oiseaux.

 

Chapitre V

Le trésor

 

— Vite, la nuit tombe déjà et la lune sera pleine dans un instant, dit Grand-Bec.

Pas encore revenu de sa surprise, Jules bafouilla en désignant la maison du doigt.

— C'est... C'est... par ici.

Ils coururent à la porte de derrière la maison, et Jules avança en comptant cent-sept pas. À ce moment, la lune devint toute ronde.

— Au dix-septième arbre à gauche, dit Jules comme à lui-même.

Et il partit... vers la droite.

Heureusement Grand-Bec le rattrapa. Il riait.

— Malheureux, tu ne sais pas reconnaître ta droite de ta gauche?

Une fois devant l'arbre, Jules fut bien dépité. Comment creuser? Il n'avait toujours pas de pelle. Grand-Bec leva la tête, la tourna à droite, à gauche:

– Pas de panique, s'exclama-t-il. Regarde.

Et en guise de pelle, il se servit de son bec pour creuser.

– Décidément, il sert à tout ton bec! commenta Jules.

En moins de dix minutes le coffre sortit de terre. Il était un peu lourd! Il fallut encore moins de temps à Jules pour trouver comment on l'ouvrait.

 

Le coffre était rempli de pièces d'or!

 

– Vite, Grand-Bec. Portons-le au papa de Sylvette.

– Tu perds la tête, Jules! D'abord, à l'heure qu'il est, tout le monde dort. Ensuite, si tu arrives en criant « J'ai trouvé le trésor, j'ai trouvé le trésor! », tous tes copains te prendront pour un voleur.

Il fut convenu entre les deux amis qu'ils déposeraient discrètement le coffre sur le paillasson de Sylvette, et qu'ils iraient se coucher, Jules dans son lit, Grand-Bec au zoo.

 

 

Imaginez la joie de Sylvette, sortie de sa maison, le matin, pour se rendre à l'école, quand elle découvrit un trésor sur le seuil de sa porte!

 

Une grande fête fut organisée dans le jardin, où la famille de Jules, naturellement, fut invitée.

Les convives posaient des questions au papa de Sylvette:

– Où avez-vous trouvé cela?

– Combien y a-t-il de pièces d'or?

– Alors, vous ne déménagez plus?

Hormis pour dire qu'ils habiteraient toujours là, les parents de Sylvette ne savaient que répondre...

Sylvette et Jules étaient assis sur un muret, à l'écart du bruit de la fête. Ils discutaient tranquillement, en amis.

– Quelle chance vous avez eue de trouver ce trésor, Sylvette.

– J'en suis bien heureuse, Jules. En réalité, j'étais très triste de devoir te quitter. J'aimerais tant connaître celui ou celle qui a déposé ce coffre à notre porte pour le remercier.

Jules avait décidé de ne rien dire de son aventure. Qui l'aurait crû? Un voyage par-dessus la mer à dos de pélican, un grand sage tigre... Sylvette la première se serait moqué de lui. De toute façon, le plus important était qu'il avait réussi sa mission: Sylvette ne déménagera pas.

 

Le chat de Jules s'approcha d'eux.

– Dis-moi, Grisounet, comment fais-tu, toi, pour voir dans la nuit? lui demanda Jules.

Mais le chat passa sans répondre. Les animaux ne parlent pas!

 

***

Les enfants du village passèrent plusieurs mercredis au Champ aux Oiseaux, à la recherche d'un trésor. A force de ne rien trouver, ils abandonnèrent, les uns après les autres. Cependant, Arnaud y croyait toujours. Il rendit visite à sa grand-mère pour glaner plus d'indices qui l'aideraient. Mais sa grand-mère lui sourit gentiment:

– Mon pauvre Arnaud! Il n'y a pas de trésor dans ce champ!

Arnaud ouvrit des yeux ronds.

– Pas de trésor? Mais...tu as dit à mon cousin...

– Oui, oui... Je lui ai dit. C'est parce qu'il s'ennuyait tellement tous les mercredis, que je voulais lui trouver une occupation.

Elle continua, un peu honteuse:

– Alors, j'ai inventé cette histoire de trésor secret....

 



Cet enregistrement est mis à disposition sous un contrat Creative Commons. Creative Commons License


Commentaires :


Message de Sabine

Merci Jake 6000. Ce fut un plaisir pour moi aussi.


Message de Jake6000

Chapeau et merci !


Message de Sabine

Merci Alina!


Message de alina

votre histoire est très adorable merci


Message de Anonyme

adorable merci



Message de Anonyme

Merci, Toi et nous!


Message de toi et nous

Sabine votre histoire est adorable et vous lisez très bien


Message de Anonyme

merci


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